Si Antoine de Caunes a tenu pour la huitième fois sa place de président, comme prévu et sans surprise, la soirée promettait d’offrir émotion et talent à gogo. Les plus grandes figures du cinéma français étaient en effet présentes et tout le monde attendait, aussi bien derrière son écran que devant l’entrée du théâtre, l’arrivée de « Jean of the garden » comme le surnomme les Américains. Je trouvais d’ailleurs qu’il avait bien l’air détendu. Faut dire que maintenant il a l’habitude.

Omar Sy, troisième personnalité préférée des Français soigne son arrivée sans son acolyte François Cluzet. Le voir le sourire aux lèvres, comme à son habitude, et ému d’être ici laisse présager que la soirée va être riche en émotion. Maïwenn, quant à elle, monte les marches du Châtelet juste après les acteurs de Polisse, confiant au micro de Laurent Weil, qu’elle a cassé une de ses chaussures dans la voiture. Leïla Bekhti, entourée de Karine Viard et Marina Foïs, se réjouit elle aussi de faire partie du jeu ce soir : « Pour moi, mon César je l’ai déjà en étant invitée à cette cérémonie aux côtés de si grands acteurs. » A 21 heures tapantes, Guillaume Canet déclare la 37e cérémonie des César ouverte. Et c’est parti pour quasiment 3 heures de cinéma, d’hommages, de pleurs, de remerciements.

La soirée débute avec la remise du César du meilleur espoir féminin. Ce dernier est remis par Tahar Rahim à Clotilde Hesme pour son rôle dans Angèle et Tony et à Naidra Ayadi, pour son interprétation dans Polisse. Elle est passée de Nora, la brigadière à Naidra, meilleur espoir féminin sous le regard de Maïwenn, en pleur.

Et parce qu’avoir le premier rôle c’est bien, un second rôle se doit aussi d’être récompensé. Michel Blanc remporte le César du meilleur second rôle dans L’exercice de l’Etat, au grand désespoir de Mathilde Seigner, qui annonce franchement en direct qu’elle aurait préféré que ce prix soit décerné à son « Didou », alias Didier Morville alias JoeyStarr, pour son rôle dans Polisse. « Pas mal cet hommage innatendu pour une cérémonie en direct » me dis-je d’abord, avant de découvrir sur Youtube que la même Mathilde Seigner descendait, quelques années auparavant chez Thierry Ardisson le groupe NTM, du moins ses membres, qu’elle trouvait « sales et moches… » L’avantage de suivre la cérémonie chez moi, c’est de tomber sur des dossiers du genre. Qu’importe, la cérémonie suit son cours, je ne veux pas en rater une seule miette.

« Sans costumes, les acteurs sont nus », ça paraît logique, et comme une évidence, Anaïs Roman remporte le César du meilleur costume pour le sulfureux L’Appolonide, souvenirs de la maison close. Pour le César du meilleur décor, Laurence Benett est récompensée. C’est le premier César de la soirée pour The Artist. Un prix qui se révélera plus tard le point de départ d’une ascension pour le film muet de Michel Hazanavicius.

Place aux dessins animés. Le Chat du Rabbin, adaptation de la BD éponyme, empoche un César dans la catégorie meilleur film d’animation. Comme quoi, un chat parlant, ça paie. C’est Aure Atika qui remet le prix du meilleur espoir masculin. Un César décerné à Grégory Gadebois,  deuxième César pour le film Angèle et Tony.

Pour débuter dans le milieu du cinéma, il faut plaire dès son premier film. Pour Le cochon de Gaza, c’est dans la poche. Ce film sur le conflit israélo-palestinien de Sylvain Estibal remporte en effet le César du meilleur premier film. Entre deux prix, Julie Ferrier nous montre les joies du dressage d’animaux dans le cinéma et enchaîne sans transition en remettant le prix du meilleur film documentaire. C’est le film Tous au Larzac qui retrace onze années de résistance des paysans français contre l’Etat qui repart avec le prix.

Moment fort de la soirée, la remise du César d’honneur à Kate Winslet. Elle est la deuxième actrice britannique à recevoir cette récompense. Une rétrospective de ses rôles les plus célèbres retrace le parcours de l’actrice. Titanic, The Reader, Les Noces Rebelles, Carnage. Tout ça ne la rend pas jeune. Et nous non plus d’ailleurs.

Fidèle à lui-même, Kad Merad, s’est régalé dans la mise en scène de son intervention. Arrivé en trottinant sur scène, il tombe et brise le pupitre. Effet garanti, la salle ri, un appel d’air pour cette cérémonie souvent décrite comme ennuyeuse. Il remet le prix du César de la meilleure actrice dans un second rôle à Carmen Maura, -actrice chère à Pedro Almodovar, pour son rôle dans Les femmes du 6ème étage. Surprise : Mathieu Kassovitz, le même qui déclarait quelques jours plus tôt « J’encule le cinéma français » est tout de même présent pour remettre le César de la meilleure photographie à Guillaume Schiffman, le deuxième pour The Artist.

Après l’hommage rendu à Annie Girardot, disparue en 2011 -qui avait notamment raflé le prix de la meilleure actrice en 1997, la fin de la soirée approche. Le César de la meilleure adaptation revient à Yasmina Reza et Roman Polanski pour Carnage, faisant de Polanski le cinéaste le plus récompensé dans l’histoire des César… Le prix du meilleur montage est attribué au film Polisse. Le César du meilleur film étranger récompense le film iranien Une Séparation. C’est un peu long. Mais hors de question pour moi d’éteindre la télé sans connaître le winner dans la catégorie du meilleur acteur, mon chouchou étant Jean Dujardin.

Les César les plus intéressants arrivent : The Artist se voit alors récompensé à l’image d’un couple : Michel Hazanavicius pour le César du meilleur réalisateur et Bérénice Béjo pour le César de la meilleure actrice. Le moment tant attendu arrive. Et c’est Omar Sy qui reçoit finalement le César du meilleur acteur, détrônant ainsi Jean Dujardin. Visiblement très ému, il n’a pas la force de faire des vannes, lui qui ne s’y attendait pas. Preuve en est, il n’a pas préparé de discours. Il remercie le duo Toledano-Nakache, les réalisateurs d’Intouchables « à qui (il) doit ce titre ».

La Cérémonie se termine avec le César du meilleur film remit par Guillaume Canet. The Artist remporte son sixième titre de la soirée. Rien que ça. Viens l’heure de la photo de famille des lauréats : « Gloire aux vainqueurs, honneur aux vaincus et vive le cinéma français ». Le rideau se baisse. Les lumières s’éteignent. Enfin, pas complètement encore pour le film muet en noir et blanc. Cette nuit, place aux Oscar à Hollywood. On croise les doigts.

Jessica Fiscal

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