Vous avez pris le RER B ce matin et vous avez croisé de jolies poupées en porcelaine vivantes, Naruto ou encore une banane géante, c’est normal, c’est l’effet Japan Expo. Cet événement qui fête cette année ses 10 ans d’existence se déroule au Parc des expositions de Villepinte (93), du 2 au 5 juillet. La Japan Expo c’est LE rendez vous des fans du Japon et de sa culture sous différentes formes : mangas, musique, vêtements, jeux vidéo, cosplay (consiste à se déguiser en héros de mangas ou encore en star), mais aussi culture traditionnelle.

« C’est la cinquième fois que je viens à la Japan Expo. Au début, c’était au CNIT de La Défense mais depuis, ça a beaucoup évolué, raconte Mély, 20 ans. Aujourd’hui on peut rencontrer des auteurs, des groupes de musique ou des chanteurs et ça s’est aussi ouvert sur d’autres pays asiatiques comme la Corée du Sud ou l’Inde avec le phénomène Bollywood. » Le jeune femme originaire de Livry-Gargan est habillée dans un style dit kodona . « C’est entre le style enfantin et adulte inspiré de l’époque victorienne. Le petit short pour l’enfance et le chapeau pour l’âge adulte. »

Thibault, à ses côtés, est vêtu dans un tout autre style : colliers avec des piques et un cadenas comme pendentif, vêtements rattachés par des épingles à nourrice et deux lentilles différentes, une en spirale et l’autre bleu clair. Un regard qui donne l’impression d’observer deux personnes différentes. « Les enfants s’agrippent à leur mère lorsqu’ils me croisent, dit-il. Ça ne me dérange pas, au contraire, j’aime me faire remarquer. » Même s’ils sont fiers d’arborer un style différent, Mély et Thibault ne s’habillent pas de la sorte dans la vie de tous les jours. « La Japan Expo est le seul endroit où on peut venir habillé comme on veut sans être jugés, mais maintenant on est décidés à s’habiller comme ça plus souvent. »

Tatsuki, Miyuki, Sushi et Imo ont entre 15 et 16 ans. Les deux premières se sont rencontrées lors de la Japan Expo, l’an dernier, et ont fait connaissance avec les deux dernières une heure plus tôt dans le RER. Alors que Tatsuki et Miyuki habitent en région parisienne, Sushi et Imo sont venues du lointain Pays Basque. « Ce que je préfère c’est l’espace Jeunes Créateurs (vêtements), les concerts ou les dédicaces mais c’est aussi l’occasion de donner rendez-vous à des gens rencontrés sur des sites spécialisés par exemple », explique Miyuki.

C’est entre deux vannes que Miyuki nous décortique son style : « Je suis un mélange de Kawaï (mignon), Lolita et Visual (sombre). » Sushi est la seule du groupe à assumer son style quotidiennement. « Moi, j’ai pas le droit, au collège », feint de bouder Imo. Et le regard des gens ? « On a parfois droit à des insultes comme « Satan » ou alors, des gens se signent en nous voyant », disent-elles d’une voix amusée. « Un jour, dans le métro, il y avait trois places de libre à côté de moi, une vielle dame qui avait vraiment l’air de vouloir s’asseoir a préféré rester debout », se souvient Miyuki, en riant. « Toute seule, c’est dur de supporter le regard des autres, quand on est à plusieurs c’est plus facile. »

Angeline, 17 ans, a « horreur »  des mangas et de la musique japonaise. « Ce que je préfère, c’est le style vestimentaire original et déstructuré qu’ont les Japonais, mais j’aime aussi les jeux vidéo et la culture traditionnelle nippone. » C’est la deuxième fois que la jeune femme s’aventure à la Japan Expo et c’est toujours avec « plaisir » qu’elle s’y rend « pour se faire connaître en tant que model ». Elle prend naturellement la pose devant l’objectif. Angeline arbore un style d’inspiration « victorienne » : bustier et dentelles noirs, rehaussés d’un soupçon de fantaisie par le bleu de son éventail en totale harmonie avec son maquillage. Mais combien dépense-t-elle pour ses tenues ? « C’est vraiment très cher, alors je repère les modèles qui me plaisent et je m’en inspire pour fabriquer mes propres créations. »

Le succès de la Japan Expo s’accroît d’année en année, 150 000 à 200 000 visiteurs sont attendus à la présente édition. C’est la crise et les vacances, donc si vous n’avez pas assez d’argent pour vous payer un billet d’avion pour le Japon, offrez-vous un billet de RER pour la Japan Expo.

Ndembo Boueya et Mathy Mendy

Ndembo Boueya

Articles liés

  • « Freda » : Ôde à la résistance haïtienne et féminine

    Présenté dans la catégorie Un Certain Regard et deuxième film haïtien à être présenté au festival de Cannes depuis 1993, Freda est un film important et immersif sur la jeunesse féminine haïtienne telle qu’elle est. Analyse et interview de la réalisatrice Gessica Généus.

    Par Farah El Amraoui
    Le 18/10/2021
  • « Reconnaître le 17 octobre 1961 c’est reconnaître les autres combats contre un système d’impunité »

    Le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 n'est toujours pas reconnu comme un crime d'État. Malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, la France ne se considère toujours pas responsable d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Fabrice Riceputi, historien, revient sur cette nuit sanglante et rappelle les enjeux d'une reconnaissance encore loin d'être gagnée. Entretien.

    Par Amina Lahmar
    Le 17/10/2021
  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021