Trois amis décident de partir tels des reporters, à la recherche de réponses sur le conflit malien. De leurs réponses, ils en ont fait un film documentaire : 365 jours au Mali disponible depuis le 22 mars sur la toile.

« J’ai grandi en France, mais je connais bien le Mali, j’y suis très attaché. C’est mon pays de coeur, il est certes modeste, mais si paisible et chaleureux. Malheureusement aujourd’hui il semble faire partie des endroits les plus préoccupants du monde, d’ailleurs en écoutant les pseudos spécialistes de la question malienne et autres experts en terrorisme en apprend que très peu de choses finalement » livre d’entrée de jeu le réalisateur Ladj Ly [du collectif Kourtrajmé] dans 365 jours au Mali . Le ton est donné.

Après 365 jours à Clichy Montfermeil, un film documentaire consacré aux émeutes de 2005, il réitère en co-réalisant sous fond de retour aux sources avec ses amis : Said Belktibia (collectif Kourtrajmé) et Ben Sangaré. Ils livrent un regard intimiste sur un conflit dont il est difficile de connaître tous les tenants et les aboutissants. Le reportage commence là où d’autres se finissent… Caméra aux poings, tambour battant l’immersion est totale. Nous voilà plongés, dans un mix entre « Faut pas rêver » et « Zone interdite » avec en prime moins d’artifices. Tels des reporters sans frontières, ils sillonnent les villes en direction du Nord, une zone où l’Aqmi, milices et Touaregs se préparent à en découdre. Les témoignages s’enchaînent, illustrés par des images archives reflétant les visions qui s’opposent de part et d’autre dans cette région… Chacun expose librement son point de vue sans concessions.

« Notre but c’est la pratique de la charia dans tout le Mali, on ne revendique ni un état Arabe, ni Touareg, ce que l’on revendique c’est un état musulman. Ce qu’on veut retrouver c’est que tout le Mali soit un État musulman qui pratique la charria à 100% parce que notre guerre, c’est une guerre sainte, c’est une guerre licite au nom de l’islam », déclare Omar Amahra (chef d’état-major du MUJAO) à Tombouctou.

On voit par la suite un jeune plombier de 25 ans résigné sur un lit d’hôpital, expliquant que son état est lié à l’application de charia. Il a annoncé son crime, un vol qui se solde par la perte d’une main. « C’est une erreur qui est commise par notre frère… On a traité son cas conformément à ce que Dieu nous dit, c’est la charia. Je pense que lorsque l’on fait une petite comparaison entre l’application de la charia à ce que l’on fait d’entre d’autres lieux, surtout dans le Mali et dans les pays voisins. Dans ce genre de comportement, je pense que c’est très peu » minimise Senda Ould Bouamama (Porte-Parole d’Ansar Dine). Pendant que plus loin à Sévaré la population s’organise pour libérer le Nord. Hommes, femmes c’est le même combat, tous ont été formés pour se lancer dans l’offensive le jour J.

« Il y a nos parents qui meurent là-bas. On leur coupe les mains. Nous ne sommes pas d’accord avec ces pratiques. La charia, la charia, ils ont trouvé l’islam là-bas. Ce ne sont pas eux qui ont construit les mosquées que l’on trouve là-bas. Il les ont trouvés en arrivant… Nous, nous sommes des laïques, on reste laïques. Le Mali est un, et indivisible » lance un combattant de la milice FLN révoltée par l’occupation.

httpv://www.youtube.com/watch?v=fgICYZgIroU

365 jours au Mali est une fresque réaliste et touchante qui mêle géopolitique, histoire, religion, mais surtout la déchirure sociale d’une population forcée à choisir son camp… À l’image de ce vieux Touareg qu’il rencontre à plus de 40 bornes de Tombouctou dans le désert. « Moi je te dis que je ne bouge pas, parce que je n’ai rien fait, je reste ici. Si je pars en Mauritanie, je serais un étranger. Si je pars en Algérie, je serais un étranger. Si je pars en France, je serais un étranger. Je suis malien, je vis malien, je meurs malien ».

Lansala Delcielo

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