Pari gagné pour Adji. Sous un soleil radieux, le festival « Jeunes talents du 19e » a réuni près de 1000 habitants sur la place de Stalingrad, dimanche 12 juillet, dans le 19e arrondissement de Paris. Les jeunes comme les familles du quartier ont répondu présents à l’appel de l’adjoint au maire, chargé de la jeunesse. Ce festival se voulait une vitrine du « vivre ensemble » dans un arrondissement qui connaît parfois des tensions intercommunautaires. La musique y a tenu une bonne place. La manifestation a été suspendue le samedi pour que les jeunes juifs qui observent le shabbat (du vendredi soir au samedi soir) puissent participer aux festivités.

C’est le rappeur Oxmo Puccino, « l’enfant du pays » – il est né dans l’arrondissement – qui a clôturé cet événement par un concert et des paroles de sagesse à l’attention des jeunes. « Je vous souhaite la paix à tous dans le 19e », a-t-il répété entre quelques rimes.

Diplômé d’un bac G3, Oxmo Puccino (photo : au centre, assis) dit avoir « tout exploré professionnellement ». « Mais je n’ai réussi que dans la musique ! », ajoute-t-il. Il écrit des textes qu’il définit lui-même comme « poétiques » depuis 15 ans déjà ; il sait qu’il fait partie des rares privilégiés qui ont la chance de faire carrière dans le cercle restreint du rap. S’il a répondu présent ce dimanche, c’est pour soutenir Adji dans sa volonté d’améliorer la coexistence dans ce quartier qui recense pas moins de 60 000 jeunes de moins de 25 ans. Il déplore tout de même « l’absence des médias parisiens » lors de ce festival. « Malheureusement, on ne va pas parler de cette initiative dans les grands médias. Il n’y a que les choses négatives qui font parler d’elles. » Mais on est là, nous, le Bondy Blog, c’est pas rien, quand même !

La sécurité est assurée par les Braves garçons d’Afrique, bien connus dans le 19e, reconnaissables à leurs t-shirts orange. Est-ce pour cela qu’aucun dérapage ne s’est produit pendant et après la fête ? Personne n’a semble-t-il trouver « chelou » le regard de l’un ou de l’autre, qui aurait pu donner prétexte à en découdre entre bandes. Le regard, ce fléau moderne qui suffit parfois à déclencher une bagarre entre des jeunes. Mais le festival est organisé et encadré par les jeunes du quartier, donc pas d’embrouilles à relever.

Parmi le public, je retrouve Yacouba, 22ans, de la cité Laumière. Cette animation lui plaît mais le laisse sceptique quant à l’impact positif qu’elle pourrait avoir dans l’arrondissement. Il argumente : « Vu le bordel, ça changera pas. Entre les bagarres, les contrôles policiers forcés, c’est normal que ça dérape souvent. – Mais que vient faire la police dans les relations entres habitants ? rétorqué-je. – On (les jeunes) n’est pas les seuls fautifs. La police, elle a une haine envers nous, on a la haine envers eux. Tu trouves normal de se faire contrôler six fois par jour. Tu marches dans la rue avec te copine, tu te fais contrôler, tu sors du métro, tu te fais contrôler… – Mais tous les problèmes ne sont pas liés à la police, elle n’est pas responsables des tensions parfois palpables entre certains ados, quand même ! – Les jeunes, répond Yacouba, ils écoutent pas, ils veulent rien savoir. Mais il y a aussi le problème de boulot. On galère trop pour en trouver. J’ai mis un an pour trouver la formation en mécanique que je fais en ce moment. Je me levais tous les matins de la semaine à 7 heures. Après, t’as aussi ceux qui veulent leur territoire… »

Il reste du pain sur la planche, personne ne dira le contraire. Après les affrontements de 2008 et les morts qu’ils ont laissé sur le bitume, il y a eu un tournoi de foot avec Anelka, un concert d’Abd Al Malik et l’intervention de bien d’autres stars encore dans l’arrondissement, en faveur de la paix. Les élus locaux et les associations font appel à ces célébrités, car on estime que les jeunes sont plus enclins à écouter la voix et les conseils des personnes qu’ils aiment, comme les sportifs ou les rappeurs.

Si nos stars ont un réel impact sur les problèmes de quartier, peut-être faudra-t-il à l’avenir demander la venue sur scène des idoles des parents. Car sans la participation et l’implication des géniteurs qui restent le pilier de l’éducation de ceux qu’ils ont mis au monde, la recherche du « vivre ensemble » risque de durer une éternité.

Nadia Méhouri

Nadia Méhouri

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