Vainqueur de l’Urban Film Festival, le réalisateur lyonnais Jean-Charles Mbotti Malolo, 29 ans, était récemment en compétition au Festival international du film d’animation d’Annecy avec son court-métrage Le sens du toucher. Portrait.

Regard lumineux, visage aux traits fins, Jean-Charles Mbotti Malolo a tous les atouts d’un mannequin. C’est pourtant du côté du popping et du dessin qu’il s’est fait remarquer. Deux sources d’inspiration aujourd’hui indissociables de son cinéma : « quoi que je fasse, la danse est dans ma tête, comme le dessin : quand je suis dehors, je regarde les gens bouger pour essayer de comprendre comment ils fonctionnent ».

Avec son deuxième court-métrage Le sens du toucher – prix ARTE France du Festival international du film animé d’Annecy 2011 – Jean-Charles Mbotti Malolo a remporté la Bourse des Festivals (offerte par KissMan Productions et le CNC) de l’Urban Film Festival 2014. Une histoire d’amour dansée où un couple de malentendants manie le langage des signes et du corps pour s’exprimer. « J’ai été très proche d’une famille qui a accueilli une petite malentendante. Elle a appris la langue des signes et j’ai un peu appris avec elle. Le signe, en tant que danseur, m’a toujours passionné».

La danse, donc, et plus particulièrement le popping (danse debout aux rythmes saccadés née en 1978 sur la côte Ouest des Etats-Unis, NDLR), nourri Jean-Charles Mbotti Malolo depuis 1998. « J’ai fait du break pendant plusieurs années mais je n’arrivais pas à trouver le rythme qui me faisait vibrer avec la musique », explique ce membre de la compagnie Stylistik qui a côtoyé les célèbres membres du Pockemon Crew (triples champions du monde de break-dance, NDLR) sur le parvis de l’Opéra de Lyon (69) : « Quand tu arrivais comme nous de la campagne, c’était intéressant : il y avait très vite des battles et il fallait se faire sa place ».

Né à Vaulx-en-Velin (69) en 1984 d’un père camerounais plastronnier-coupeur de costumes et d’une mère bourguignonne responsable d’une boutique de chaussures, Jean-Charles Mbotti Malolo est le cadet d’une fratrie de deux garçons. De son enfance « riche » (« on nous a toujours poussé à être créatifs, à sortir, nos parents nous ont transmis plein de valeurs ») à Charvieu-Chavagneux (38), une « petite ville bordée de forêts, de champs et de vaches », Jean-Charles Mbotti Malolo se souvient d’une grande liberté et de mentalités limitées. Tiraillé entre deux mondes (parents propriétaires n’ayant pas trop de moyens, amis issus d’univers différents), il subit souvent le poids de son métissage : « le racisme anti-arabe, je pouvais le subir comme le racisme anti-noir, même si les gens te disent souvent que ‘Toi, c’est pas pareil’ ».

Élève « moyen » (« les profs voulaient m’envoyer en bac technique et avaient écrit dans leurs recommandations que je n’étais pas fait pour les études »), Jean-Charles Mbotti Malolo intègre un lycée privé lyonnais pour pouvoir obtenir un Bac L option Arts-Plastiques. Après un an de sociologie à l’Université Lyon 2 (« plutôt pour faire du graff et mettre de l’argent de côté »), il songe à intégrer l’école d’animation Les Gobelins de Paris puis renonce (« je n’avais aucune ressource financière pour vivre à Paris et je n’étais pas prêt à quitter mon cocon et mes amis »). Son projet d’intégrer l’école Emile Cohl de Lyon enthousiasme tellement ses parents (« c’est génial mais on n’a pas les moyens… ») qu’il prend la lourde décision de faire un prêt « que je finirai enfin de payer en septembre 2014 ! ».

Après trois années de formation compétitive « très bonnes qui permettent de gagner beaucoup de temps », Jean-Charles Mbotti Mololo sort diplômé avec les félicitations du jury et gagne la reconnaissance de la profession avec son premier court-métrage Le cœur est un métronome, Debut Prize du Festival international du film d’animation d’Hiroshima 2008 (Japon).

Pour lui qui a été marqué dans l’enfance par La cité de la peur : « comme il y avait le mot peur dans le film, j’ai flippé pendant toute la séance !», la culture cinématographique s’est faite par le biais d’Emile Cohl à travers les grands noms du cinéma (Hitchcock, Godard, Capra, Keaton) (« il fallait se créer une banque de référence ») puis par des films comme Crash de Paul Haggis ou Punch Drunk Love de Paul Thomas Anderson.

S’il travaille aujourd’hui comme décorateur sur des longs-métrages d’animation et a réalisé un film de commande, Le boubou (2011), pour l’émission Karambolage d’ARTE, Jean-Charles Mbotti Malolo reste lucide sur la difficulté du milieu de l’animation  (« sa place conférée à l’enfance dans la tête des gens est compliquée ») et sur l’avantage de l’Hexagone dans ce domaine : « la force de la France est d’avoir des sujets ; aux Etats-Unis, c’est un entonnoir technique ». Alors, pour lui qui a aujourd’hui envie de faire des films « quels qu’ils soient », la réalisation demeure un moyen de « toucher » et « faire évoluer » des gens, « sans prétention, mais à ma façon ».

Claire Diao
Crédit photo : Urban Film festival

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