Du haut de ses 32 millions d’albums vendus, de la pléthore de certifications accumulées, et de ses 21 Grammy Awards, il est indéniable de dire que Kanye West une figure majeure de la musique contemporaine, depuis plus de deux décennies.

Outre ses projets considérés pour beaucoup comme des chefs d’oeuvre, nombreux sont les artistes importants comme Drake et Kendrick Lamar (rien que ça) qui revendiquent avoir été inspiré par celui qui depuis quelques mois se fait appeler tout simplement « Ye » (prononcez Yé). Ayant également produit pour les plus grands tels que Jay-Z, Mariah Carey ou encore Beyoncé, il est difficile de croire que le natif de Chicago aura autant galéré avant d’éclabousser la face du monde de son talent. Et pourtant…


La bande-annonce de cette trilogie sortie en février dernier sur Netflix.

Le premier épisode de la série documentaire nous propose une plongée dans la conception de son premier album The College Dropout aujourd’hui considéré comme un classique du Hip-Hop mondial. A l’instar d’un Clément Cotentin qui a filmé son frère Orelsan dès ses débuts dans le rap, Clarence « Coodie » Simmons a décidé sa prometteuse carrière d’humoriste pour celui qui deviendra son ami, caméra à la main à partir de 2001, convaincu du génie de Kanye. Le réalisateur laisse tout tomber à Chicago pour rejoindre l’artiste à New York.


Le documentaire offre des images d’archives exclusives où des pointures comme Jay Z ou encore Pharrell Williams seront sous le choc du talent de Kanye.

Loin des déclarations provocantes et incontrôlées de ces dernières années, le rappeur en devenir n’est pour le moment qu’ producteur. Un architecte sonore de génie, plébiscité dans le milieu en raison de la justesse de ses productions majoritairement basées sur des samples de morceaux de soul et funk des années 1960 et 1970. Kanye dégage déjà énormément de confiance insufflée par sa mère Donda, l’autre figure centrale de ce documentaire. Cette professeur d’anglais qui aura élevé son fils seule à la suite de son divorce en 1980, et aura été une fan inconditionnelle de Kanye dès lors qu’elle l’a entendu rapper ses premières rimes.

Dans Jeen-Yhus, on dissèque au fur et à mesure des échanges, des monologues de Kanye une timidité touchante et la fragilité de celui qui à peine sorti de l’adolescence se voit déjà comme une superstar. On comprends aussi une hypersensibilité face au monde extérieur, face au manque de reconnaissance, qui pour autant ne fait flancher à aucun moment le jeune homme. Entre impatience et détermination, on voit un Kanye ronger son frein avec impatience, lorsqu’on le cantonne à la production d’instrumentales pour d’autres artistes.

À une époque où le mélange des genres n’est pas encore la norme, l’industrie musicale voit d’un mauvais œil que le Kanye producteur devienne soudainement Kanye le rappeur. Bien que celui-ci soit particulièrement doué pour le maniement des mots, beaucoup peine à voir l’avant-gardisme de West, en témoigne cette scène devenue virale sur les réseaux sociaux dans laquelle Kanye fait entendre l’un de ses premiers classiques au personnel du prestigieux label Roc A Fella fondé par Jay Z. Séquence où personne ne laisse paraître le moindre sentiment alors même que l’artiste leur joue All Falls Down, considéré à ce jour comme l’un de ses meilleurs morceaux.

Tout au long du documentaire le spectateur est tour à tour gêné, attristé et en empathie avec le jeune Kanye qui ne demande juste qu’à pouvoir exprimer son art. Coodie nous offre une plongée rétrospective dans une époque où les baggies et t-shirts triple XL étaient légions, et qui permet au spectateur de comprendre énormément de choses.

Tout d’abord sa motivation sans limite qui l’a conduit à être l’un des rappeurs les plus influents de l’histoire. Également sa longue dépression et ses frasques à la suite du décès brutal de sa mère en 2007, bien qu’il se soit exprimé dessus dans plusieurs chansons, avec « Hey Mama », ou encore le hit « Clique » dans lequel il déclarait : « Went through, deep depression  when my mama passed » (J’ai traversé une profonde dépression quand ma mère est partie). 


Le moment où Kanye West fait découvrir le concept ‘Slow Jamz’ à Jamie Foxx. 

Le documentaire nous permet de voir la conception surréaliste du premier album de Kanye West, entre les séances studio annulées en dernière minute, son label qui refuse de lui allouer des fonds pour la production de son projet, des invités peu convaincus par la vision de l’artiste…  Sans la foi du prodige de Chicago il y a fort à parier que le monde n’aurait jamais entendu une seule note de The College Dropout. Le film illustre aussi une scène rap sclérosée au début des années 2000, avec un Gangsta Rap surreprésenté, et qui empêche d’autres artistes différents de s’imposer.

Mais la motivation de Kanye aura eu raison sur tous ses détracteurs, The College Dropout est à ce jour l’album le plus vendu de l’artiste, multi-récompensé et est condiéré par le prestigieux magazine musical Rolling Stone comme l’un des 500 plus grands albums de tous les temps.

Félix Mubenga

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