À l’occasion de la réédition de l’album feu de Nekfeu et de sa consécration disque de platine, j’ai pris le temps d’écrire cet article pour vous décrire Paris Sud et son nouveau petit emblème : « Nek le fenek ».

Souvent pris pour un bobo, critiqué pour son rap « conscient intello » car il cite par moment des oeuvres littéraires comme si un rappeur devait se justifier de lire. Je pense que Nekfeu cultive un style, un flow et une plume qui sort de l’ordinaire. Artiste complet, il fait tout en indépendant, Nekfeu est l’exemple du mec fidèle à sa clique.

Mais encore, même si je ne suis pas de la même génération (nous avons 10 ans d’écart), la plupart de mes potes et moi, on s’identifie bien à lui, sa musique et ses groupes comme « l’entourage », « S-crew » ou « 1995 ». En écoutant leurs musique, on se rend compte que le Paris Sud qu’ils décrivent est aussi notre Paris Sud.

Tous les jours, comme eux à leurs âges, on est confronté à l’ennui de l’école. On fait les mêmes conneries, on cherche nos limites… Comme eux on est des jeunes lambdas cherchant à se démarquer des autres, cherchant à passer le cap du banal adolescent.

Cet article me permet aussi d’en placer une pour Paris sud, sombre et lumineux, mignon et vicieux, ce grand quartier où pauvres et riches vivent ensemble, se confrontent et se rassemblent.

Cet article, me permet aussi d’en placer une pour Paris sud, sombre et lumineux, mignon et vicieux, ce grand quartier où pauvres et riches vivent ensemble, se confrontent et se rassemblent. Entre HLM et immeubles haussmaniens, il m’arrive d’être perdu, dans le sud de la Ville Lumière, il s’y passe parfois des choses obscures où le «vice», comme dans Dragon Ball Z, reprend le dessus.

Je trouve ça triste de voir qu’à 15 ans on me propose presque tous les jours de tirer non pas dans un ballon mais plutôt sur de l’herbe. D’autres commencent à vendre cette substance, l’argent facile, la motivation de pouvoir s’acheter du Nike, du Lacoste ou du Ralph Lauren est plus grande que la peur du risque. Ces mêmes substances circulent ensuite dans les palaces bourgeois du XVIème et du VIIème que j’infiltre le samedi soir avec mon équipe de guignols. On se déporte du XVème pour côtoyer le luxe, on le touche, se perd dans des duplex de 200m2, et on tente de charmer les jeunes parisiennes. Je rentre toujours avant la fin de «On est pas couché», car le silence qui peut parfois être plaisant de Laurent Ruquier, de ses chroniqueurs, et de ses invités sonne le signal d’alarme pour mes parents.

Pour moi, une journée classique, se partage entre les cours, les potes et les filles. Quand on commence à manquer d’espace en classe, il arrive qu’on épargne à nos professeurs notre présence… Alors on se défoule au terrain de basket-ball, qu’on appelle «la cage» car c’est une cage avec deux paniers de basket. Si elle est fermée on l’escalade, ou alors on va à Saint-Léon, c’est un foyer chrétien mais il y a autant d’enfants musulmans, juifs et chrétiens, et cela représente encore bien le sud de Paris. Ils  nous donnent un goûter, un ballon de football et ils essayent éperdument de contrôler si collégiens et écoliers font bien leurs devoirs. Mais ces derniers sont trop malins et trouvent toujours un moyen d’y échapper. Par moments, avec un de mes meilleurs amis, Clément, on s’égare dans les rayons de la Fnac Montparnasse, on lit des mangas et on écoute les derniers albums de rap. Dans une pub pour la Fnac Nekfeu dit «J’ai fait la fnac». J’aimerais lui répondre : «nous aussi on va la faire mais en attendant on erre».

httpv://www.youtube.com/watch?v=ovvn5h8VpBo

Le lieu qui définit le plus pour moi Paris Sud, c’est Montparnasse. Je l’appellerai volontiers «le mont des cultures», car il y a un mélange culturel qui sonne comme une symphonie au milieu de toute la cacophonie, des théâtres, des cinémas (grand public ou érotique, sans citer la rue de la Gaîté), des «massages thaïlandais», ou encore de tous les restaurants…

Comme le dirait Florès : «la France c’est comme une mobylette, pour qu’elle avance il faut du mélange». Ainsi, Montparnasse ne fait qu’avancer, même si les contrôles au faciès sont toujours présents et qu’ils peuvent parfois être violents. C’est justement aussi pour ce mélange qu’1995, l’Entourage et S-Crew représentent bien Paris Sud et en particulier Montparnasse car c’est là qu’ils ont fait leurs débuts,leurs premiers freestyles pas encore filmés, bien avant les rap contenders, les planètes rap, et les tournées. Aujourd’hui, comme la Mac Cain Family (le nom qu’ils ont donné pour nommer le rassemblement de tous leurs groupes), on galère quotidiennement en attendant vivement notre tour.

Pour finir, je vous laisse en douceur avec une petite liste comportant des morceaux et freestyles, ceux qui m’ont ambiancés, marqués, ou interpellés qu’ils soient actuels ou anciens…

J’avais un rêve (S-crew) : httpv://www.youtube.com/watch?v=N5yj2fIBYAo

Comme un grand (1995) : httpv://www.youtube.com/watch?v=W377VpT9EHM

Et comme dirait Nekfeu :

«Les keufs aiment matraquer les prolos ressentent l’invincibilité, c’est pas attaquer les homos qui rendra ta virilité».

«Je suis coupable si jl’écris pas, une partie d’ma mif est musulmane, mon cousin porte la pipa». Nekfeu

Jean Ben Aych

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