Les absents ont toujours tort. L’adage a dû résonner assez fort pour les élèves du collège Thomas Mann (13e, Paris) qui ont raté la venue du rappeur Jok’air. De retour dans son ancien établissement, le rappeur parisien a distribué des exemplaires de sa nouvelle bande dessinée à ces élèves en décembre dernier.

« J’étais un peu fou quand j’étais jeune », se remémore le rappeur revenu pour un jour dans ce lieu qui l’a vu grandir. « Tu vois cette salle là-bas, on l’appelait “la salle des exclus” et il n’y avait pas une journée où je n’y étais pas », raconte-t-il lors de la séance de dédicaces.

Jok’Air retrouve le collège où il s’est découvert une passion pour le Rap / ©CharlotteSteppé

Un élève perturbateur devenu artiste engagé

Melvin, de son véritable prénom, a fréquenté l’établissement entre 2002 et 2007. Un pan de sa vie déterminant, car c’est ici qu’il grattera ses premières rimes en compagnie du rappeur, Hache-P. Ensemble, ils feront partie du groupe MZ (comprendre : “Mafia Zeutrei”). Un trio a connu un plébiscite dans les années 2010.

Mais avant les succès commerciaux que l’on connaît, le rappeur du 13e a vécu une enfance tumultueuse. Melvin l’avoue, il n’était pas l’élève modèle adulé par ses professeurs : « J’avais quand même quelques facilités quand j’étais ici. Mais comme l’a dit mon ancien CPE tout à l’heure, j’étais une véritable pile électrique ».

Jok’air le raconte également dans sa BD, il était un ado difficile à canaliser, aussi bien au collège qu’à la maison. Depuis, Melvin s’est assagi. Son nom figure désormais parmi ceux des pontes du Rap français. Mais il n’en oublie pas là d’où il vient. Avec l’association « La mélodie des quartiers », créée en 2020 par son frère, Jok’air veut transmettre le goût de l’art aux jeunes de quartiers populaires.

Quand tu grandis dans une cité, il y a forcément des gens qui t’ont donné, donc c’est normal de rendre 

« Quand tu es une personnalité et que tu as un peu de notoriété, je trouve ça normal de rendre », estime le rappeur. Il revendique « une fibre associative », de celle que l’on trouve dans les quartiers défavorisés. « Quand tu grandis dans une cité, il y a forcément des gens qui t’ont donné ou qui t’ont inspiré. Donc une fois que tu deviens grand, tu redonnes », explique-t-il.

Cet engagement se vérifie aussi dans certaines de ses prises de position. Le rappeur ne craint pas de soutenir des causes telles que la lutte contre les violences policières et « de sensibiliser les gens sur certaines causes ». Jok’air a ainsi soutenu Assa Traoré dès le début de son combat et l’a invitée sur la pochette de son quatrième album solo : VI République, sorti en 2020.

Jok’Air dédicace sa BD autobiographie, 9 décembre 2022 / ©CharlotteSteppé

Sensibiliser les plus jeunes aux métiers de la musique

La visite surprise organisée par l’association et l’artiste a ravi les élèves du collège Thomas Mann. Ces derniers se sont précipités dans le hall d’entrée afin d’obtenir une dédicace. Les plus chanceux ont même eu droit à une photo ou une vidéo comme Abdoul-Aziz, élève de 3ème et auditeur assidu de Jok’Air : « Je suis content de l’avoir vu ! Ma sœur me l’avait fait découvrir quand j’étais petit et ça m’a fait plaisir de le voir et de lui avoir parlé ».

L’action de la Mélodie des quartiers ne s’est pas limitée uniquement au collège Thomas Mann, puisque Jok’air a sillonné l’hexagone le mois dernier afin de partager des exemplaires de Melvin de Paris. Une belle publicité pour l’association : « On organise des tournées de dons plusieurs fois par an, pour offrir des objets culturels à des jeunes de milieu populaire », précise Line-Marie Bastard, la responsable administrative de l’association.

« À travers nos actions, on veut aussi présenter les métiers de l’industrie musicale à des jeunes qui ne se sentent pas forcément concernés par ce genre de métier. On leur présente ces métiers dès le plus jeune âge : graphiste, ingénieur du son, etc. », développe Line-Marie Bastard. L’association prévoit également une distribution en Afrique de l’Ouest, notamment en Côte d’Ivoire d’où est originaire Jok’Air.

Félix Mubenga

Crédits photos : ©CharlotteSteppé / @cha.step

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