Une péniche sur le bassin de la Villette (19° arrondissement), quai de Seine. Le Anako a embarqué l’artiste Karimouche et ses moussaillons. La croisière commence par une conférence de presse sous le signe de l’engagement associatif avec l’AFEV (Association de la Fondation Étudiante pour la Ville). Une table, des micros, Karimouche, Thibault Renaudin (secrétaire général de l’AFEV), ainsi que deux bénévoles dans cet hémicycle improvisé. Karimouche c’est le surnom qu’on lui donnait plus jeune, mais aussi la contraction de son patronyme Carima Amarouche. Celle qui s’autoproclame « Charentaise berbère » (Maroc) est la marraine de l’association. Elle n’hésite pas de donner le ton et de sa gouaille. « Il m’a mis l’AFEV pendant des heures… », balance l’artiste avec humour devant un public conquis, ce qui déclenche l’hilarité dans l’assemblée. « Si vous voulez, j’en ai plein d’autres dans le même genre ! »
« Des ponts, plus que des digues »
Le secrétaire général prend la balle au bond pour présenter les grandes lignes de son engagement associatif. « Le partenariat entre l’AFEV et l’artiste n’est pas nouveau, de nombreux artistes nous ont accompagné, sont nos parrains, mais là on est au début de quelque chose de nouveau. L’AFEV, c’est une assez jeune association qui commence à avoir de la bouteille avec 23 ans d’existence, le but est de participer à réduire les inégalités dans les quartiers populaires… Faire en sorte qu’il y ait moins de jeunes en échec scolaire. On est dans une période particulière, car les gens sont si nombreux à essayer de nous diviser à essayer de faire en sorte que nous soyons encore plus différents, plus opposables les uns aux autres… Nous essayons de construire des ponts, plus que des digues ! Nous avons à cœur de ne plus dire, malgré nos différences, mais grâce à elles… »
Avant de mettre tout le monde au diapason par ses mélodies positives et entrainantes, Karimouche parle à cœur ouvert de son engagement. « Il est clair que c’est un honneur d’être marraine de l’AFEV, ça me touche puisque j’ai vécu dans des quartiers populaires, voire des quartiers difficiles. J’ai grandi dans une famille très nombreuse avec beaucoup d’enfants, certains sont venus petits du Maroc, alors qu’ils ne maitrisaient pas bien le français… Dans le quartier, il n’y avait pas d’associations pour venir à notre rescousse. Valoriser tous ces jeunes qui perdent confiance en eux, je trouve ça fort, surtout avec tout ce qui se passe en ce moment, c’est de plus en plus dur… Il y a beaucoup plus de jeunes qui baissent les bras parce qu’ils se sentent rejetés, même si ça paraît cliché, c’est une réalité. Avoir des bras tendus ça leur redonne de la confiance. Pour moi ces associations là, ce n’est ni sympathique, ni joli, c’est vital pour que l’on grandisse ensemble, parce que la France c’est la mixité. »
La chanteuse de 38 ans, soutien, porte ses jeunes, mais n’est pas à son premier coup d’essai pour autant. « C’est la première fois que je suis contactée par une association de cette ampleur. Sinon j’ai déjà fait pas mal de concerts et des ateliers d’écriture en prison, des ateliers musique ou beatbox et des concerts dans des quartiers difficiles, des ateliers dans des centres avec des enfants autistes. J’ai passé une semaine dans une petite école à Mayotte où l’on a aidé des jeunes à faire des instruments de musique et monter un spectacle. Je m’engage aussi quand il y a des concerts pour la Palestine, comme le “Bateau”. Il y avait des concerts dans plein de grosses villes en France, l’argent était récupéré, pour l’envoyer à un bateau en partance pour Gaza avec des médicaments. ».
Carrousel artistique
La Lyonnaise se livre plus en détail sur son parcours atypique, semblable à un carrousel artistique qui mêle chanson, danse, costume et stand-up avant de monter sur scène. « Je suis entré dans la musique naturellement… Durant l’adolescence, je chantais sur des instrumentales de mes cousins, de mes potes, du quartier dans lequel j’habitais où je posais des textes de Jacques Brel, d’Édith Piaf sur du rap. Après je voulais faire du stand-up, donc j’ai commencé à faire des One Woman Show dans des cafés théâtres. Un jour, je me suis dit au lieu de faire un sketch, je vais faire une chanson sur une instrumentale de Dr Dre… ça a donné Le P’tit kawa ! Le déclic s’est fait le jour où une personne a entendu une de mes maquettes, qu’une des mes cousines lui avait filée, pendant que je tournais avec la compagnie Käfig en tant que costumière/danseuse… Il m’a dit, ça te dit, de faire un disque !».
Ce qui va donner son premier album en 2010 Emballage d’origine. Ces va-et-vient dans ses disciplines artistiques complémentaires vont l’aider pour la musique.  « C’est important d’avoir des notions, de danse, de théâtre quand tu interprètes. À la base, je ne suis pas chanteuse, j’avais très peur de chanter devant les gens… Ce qui m’a beaucoup aidée ce que j’avais l’habitude du public et que le stand-up c’est la même règle que la musique, c’est le sens du rythme. En sortant de mon école de mode, donc avant mon entrée dans la compagnie Käfig j’étais habilleuse sur une tournée d’un opéra… Je donnais des cours de couture à la chanteuse dans sa chambre pendant qu’elle me donnait des cours de chant
Action
Après un album, une tournée de 400 dates, les premières parties de Zebda, Stromae, Karimouche revient avec son deuxième album Action. « Faire des premières c’est sûr que c’était des moments de grâce, même si j’ai eu l’impression de faire celle d’Obama. Stromaë c’est un artiste que j’aime beaucoup, que je respecte. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui lui ont dit avant de sortir son disque : ‘de la chanson à texte sur de la musique qui bouge, ça ne va pas le faire ! ’ Il ne s’est pas préoccupé des idées reçues et il a eu raison. C’était un pari qu’il a gagné, mon challenge à moi c’est de faire groover la langue française qui est musicalement plus complexe que l’anglais.»
L’album est un florilège de chanson où l’on découvre une artiste qui met en scène sa propre vie… Parfois alternant humour, légèreté, fantasme, amour, désillusion… Action est un album éclectique où l’on se laisse bercer par une musicalité venant d’un peu partout : “Les mots démodés”, tango, “Ki C Ki MAIME”, musique orientale, “mon nom est personne”, du blues, avec une vibe hip-hop qui accompagne tout l’album, amenée par du beatbox qui électrise les morceaux… Autant de raisons pour se plonger dans l’Action et de la retrouver.
Lansala Delcielo
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Credit photo : Victor Delfim
 
 

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