« Si ça avait existé à mon époque, je serais venu ici »
. C’est en ces mots que Kery James décrit la première promotion de classe Alpha, accueillie dans son 94, le département du Val-de-Marne où se situe le siège de l’INA à Bry-sur-Marne. Composée de 100 jeunes âgés entre 17 et 25 ans venus de tous horizons, la classe Alpha promeut l’insertion dans le secteur de l’audiovisuel. Les étudiants de la première promotion du projet, initié en octobre 2020, ont un point commun : leur intérêt pour les métiers de l’audiovisuel comme ceux de la production et de la technique.

Accéder aux métiers de l’audiovisuel sans diplôme

La formation qui recrute sans conditions de diplômes, prépare ces jeunes au monde de l’audiovisuel à l’ère du numérique. « Le but n’est pas de les mettre dans une voie garage » répond Pierre Michel, lorsqu’on évoque le comparatif avec les autres formations universitaires qui forment à bac+3 ou bac+5. Malgré la crise sanitaire, et la paralysie autour des événements culturels, le directeur de la session Alpha assure qu’il y a de la place dans le métier pour ces étudiants.

Kery James pour une masterclass faite de rap, de cinéma et de transmission.

Cette formation permet de « leur mettre le pied à l’étrier » selon les mots de Pierre Michel qui insiste sur l’aspect pratique de la classe Alpha. Comme dans beaucoup de secteurs artisanaux, l’audiovisuel est un secteur qui propose un large panel de métiers essentiels, mais parfois boudés par une majorité de jeunes actifs. « Les petits métiers comme ceux de la post-production (qui correspondent au montage, à la retouche photo ou au mixage, NDLR) n’intéressent que peu les Bac +2 à Bac +5 », avance le directeur de la formation, pour qui la classe Alpha peut faire le lien entre étudiants en quête de travail et des offres d’emploi laissées vides.

Kery James est un artiste cohérent avec la mentalité Alpha. 

« De l’alpha à l’oméga », de la première à la dernière lettre. C’est avec cette expression grecque que la relation enseignants/étudiants et le suivi de ces derniers sont décrits par le directeur de la formation. Organisée en groupe de dix étudiants, la classe Alpha insiste sur l’accompagnement de l’équipe pédagogique et l’avantage de suivre des cours en petits groupes. Au début de l’année, plusieurs spécialités ont été proposées aux jeunes comme la production ou encore la réalisation pour leur permettre de se spécialiser en fonction de leurs aspirations et envies.

Idir et Alan, deux étudiants de la formation font eux partie du groupe dédié à l’organisation des masterclass. Avec Ilona, une autre de leur camarade, ils ont eu la chance d’être désignés pour animer cette masterclass avec Kery James. Pour expliquer leur choix d’invité, ils évoquent une décision collective, au cours de laquelle le nom de  Kery James « est revenu le plus régulièrement ».

Pour eux, il ne s’agit pas seulement d’un choix personnel mais aussi professionnel, presque stratégique. « C’est l’occasion pour nous, de voir un parcours différent, qui sort des codes habituels », explique Idir, 23 ans et fan de Kery James depuis la première heure. « De par son parcours, Kery James est un artiste cohérent avec la mentalité Alpha », ajoute Alan, 20 ans, un peu stressé avant de retrouver l’artiste sur le plateau aménagé pour l’occasion.

Pendant plusieurs mois les étudiants de la classe Alpha sont formés aux métiers de l’audiovisuel à Bry-sur-Marne au siège de l’INA. 

Échanges et discussions stratégiques avec les étudiants

« On y va dans 5 minutes », annonce t-on sur le plateau. Fin de l’interview, place au show. Après de longues minutes d’attente remplies d’excitation et d’un peu de panique, Kery James arrive. Applaudissements, sifflements, joie. L’une des figures du “show-business” vient s’installer au milieux des étudiants qui forment le public pour regarder la première partie de l’événement : la représentation des quatre rappeurs de la classe Alpha.

À l’issue d’une performance appréciée par le rappeur, lumières, caméras, décors sont positionnés en vitesse sur le plateau pour accueillir l’entretien de Kery James. Le jeu de questions/réponses peut enfin commencer. Trouver un producteur, des diffuseurs, choisir son équipe, etc. : autant de thèmes abordés par le néo-réalisateur avec des étudiants qui se sentent proches de lui et de son parcours. Certains ont même pu échanger avec lui sur des questions plus personnelles qu’ils se posaient.

J’ai galéré 3 ans pour qu’on produise Banlieusard.

Pour Kery James, le tout est de croire en ses rêves. Quand il est question de parler de la représentation de l’art des banlieues, on parle souvent de rap. Mais depuis quelques années, il n’est plus anormal de voir un rappeur au théâtre ou des « jeunes de quartiers » faire de la musique classique. « Certaines institutions veulent nous donner la parole » explique Kery James. Celui qui a « galéré 3 ans pour qu’on produise Banlieusard », encourage les jeunes à suivre leurs rêves. « Si  vous avez envie d’écrire votre film, faites-le».  L’artiste qui a appris sur le tas se réjouit de la création de cette classe Alpha, «qui sent la jeunesse ».

Nolwenn Bihan

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