C’est la boule au ventre que je suis allée voir « Khamsa », espérant ne pas être traumatisée. J’en suis sortie simplement bouleversée. Le dernier film de Karim Dridi, projeté dimanche à Paris dans le cadre du festival Les Pépites du cinéma, prend aux tripes. Pas de scènes gores ou obscènes, hormis une paire de fesses (je suis un peu vieux jeu sur ces choses-là). « Khamsa », c’est le regard d’un enfant. Un regard plein de rêves et de rage qui en dit long sur le vécu de ce petit garçon de 11 ans et demi. Marco Cortes, joli minois et petit accent gitano-marseillais, qui joue pratiquement son propre rôle, crève l’écran par son aisance et l’émotion qu’il nous procure.

Le film, ce sont les aventures de Marco, Coyote et Rachitique, qui passent la plupart de leur temps à courir, voler, se battre mais aussi à rire et s’amuser. Que va t-il arriver au petit Marco, surnommé « Khamsa » en raison de la main de Fatma qu’il porte autour du cou ? Réponse à la fin. J’ai donc vu un très beau film même, porté par des acteurs pas comme les autres. Karim Dridi, présent hier au cinéma « L’Archipel », dans le 10e à Paris, explique que tous les acteurs sont de vrais Gitans. « On a eu de petits problèmes pendant le tournage, mais rien de grave. Les rapports entre Medhi, qui joue Rachitique, et les autres Gitans étaient un peu chauds, ils s’insultaient de « sale Bicot » ou de « sale Gitan » mais ça a été ensuite. » Le réalisateur ajoute que le film a été « très bien été accueilli par la population », du moins pour la partie d’entre elle qui l’a vu.

On ne comprend pas d’emblée tout ce qui se dit dans « Khamsa », l’oreille doit se faire au langage. Les dialogues sont comme improvisés. « Il n’y a eu aucune scène d’improvisation, tout était écrit. Mais il y a avait une véritable préparation avant, raconte Karim Dridi. Les trois mois avant le tournage, trois fois par semaine, on montait des ateliers où on répétait les scènes. Cela m’a permis de mieux les comprendre, de m’imprégner d’eux pour réécrire un scénario avec leurs mots et leur manière de parler. »

Le jeune Marco – son prénom est désormais sur toutes les lèvres – vit à Marseille. « On est restés copains, comme avec tous les membres du film, d’ailleurs, poursuit le réalisateur. On avait fait un an et demi de casting pour trouver nos acteurs, et on avait trouvé notre acteur principal pour incarner « Khamsa ». Malheureusement, trois mois avant le tournage, celui-ci a fait une connerie et n’a pas pu tourner. On est tombé ensuite sur Marco. Aujourd’hui il continue le foot, d’ailleurs il est très bon et puis, il veut maintenant devenir acteur. Je lui ai expliqué que pour ça, il fallait bien travailler à l’école, alors il s’y est mis. » Et les autres ? «  Marco est celui pour qui tout va pour le mieux. Tony n’a que 17 ans et il n’a pratiquement rien, en plus il est malade. Coyote, lui, tient un peu les murs dans le camp. » Après les questions de la salle, j’en pose deux à Karim Dridi, entre quatre z’yeux.

Vous avez dit vouloir parler d’une enfance dans ce film, mais n’est-ce pas aussi une dénonciation des conditions de vie des Gitans ?

Non, pas du tout. Ce film témoigne de la situation des Gitans et c’est vrai que les Gitans sont les citoyens français les plus pauvres. Mais le film ne dénonce rien du tout. Il parle de l’enfance précaire, l’enfance sacrifiée, celle qui est ignorée. Je voulais raconter l’histoire d’un enfant de 12 ans poussé à vivre par lui-même, c’est ça, la base de ce film.

Comment avez-vous approché les acteurs ?

On a fait des allers et retours dans le camp pendant un an et demi pour discuter avec les adultes, traîner avec les enfants et puis, j’étais un peu connu là-bas, vu qu’il y a 15 ans, j’avais réalisé « Bye Bye », qui se déroulait aussi à Marseille. Tout ça n’aurait pas pu se faire sans l’aide de Sofiane Madjid Mammeri, qui les connaissait déjà un peu. Du coup, j’ai pu expliquer mon projet et ils étaient tous plutôt ouverts puisque rien n’avait été fait en France sur eux.

Ndembo Boueya

Ndembo Boueya

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