« Khfif Drif », que l’on pourrait traduire par « vite fait, bien fait », résume la manière hâtive dont l’installation a dû être réalisée par ces artistes vivant des deux côtés de la Méditerranée. Située dans le centre culturel de l’Union de la Jeunesse Internationale, dans les anciens locaux de Tati Barbès, l’exposition Khfif Drif a ouvert ses portes le 18 décembre.

Le Collectif 220, composé de dix photographes algériens, et Camille Millerand, photographe français, offrent un instantané de l’Algérie contemporaine.

Raconter la banalité du quotidien

Les clichés des photographes algériens, disposés à même les murs en béton, racontent de manière brute la société. Dans un style photo-documentaire, on y retrouve des thématiques habituelles : les manifestations du Hirak ou encore des portraits de celles et ceux qui portent la mémoire de la guerre d’indépendance.

Toutefois, la banalité du quotidien y trouve également sa place. Les artistes questionnent, par exemple, la différence du rapport à la mort entre ruraux et citadins. Le rapport au temps, l’enfermement ou encore l’expérience de vie de ceux considérés comme marginaux.

« C’est important que des artistes algériens prennent la parole »

Bombers en cuir et bonnet vissé sur la tête, le sourire de Camille Millerand ne le quitte pas durant le vernissage de l’exposition. Le photographe est visiblement heureux de présenter ce travail de plusieurs années avec ses confrères algériens. « Photographier le quotidien de la société algérienne, je n’y arrivais pas. Mes confrères algériens font ce travail mieux que moi », explique le photographe.

Lorsque le photographe français se voit proposer d’exposer ses photos, il lui apparaît donc indispensable d’avoir ce regard croisé avec le reste de la société algérienne. C’est ainsi qu’il s’est associé avec une dizaine de photographes du Collectif 220.

« Lorsque j’ai rencontré des photographes du Collectif 220 en 2014, j’ai compris qu’il valait mieux que je me concentre sur l’histoire de cette maison (Derwisha, NDRL) et sur le sujet de la migration sur lequel je travaille depuis 15 ans. C’est important que des artistes algériens prennent la parole et retranscrivent leur ressenti sur ce qui se passe aujourd’hui dans le pays », insiste Camille.

« Ces personnes vivent dans une sorte de société parallèle à la société algérienne »

Au milieu de cette fresque sur deux étages, certains clichés viennent surprendre notre visite par leur présence au sol. C’est là que se trouve le travail de Camille Millerand. Depuis 2014, le photographe travaille sur « Derwisha », une maison informelle située à Aïn Benian, en banlieue d’Alger. Ce lieu voit passer de nombreux migrants venus principalement d’Afrique de l’Ouest et souhaitant rejoindre l’Europe. Une quarantaine de personnes y vivent le paradoxe de l’enfermement sur la route de l’exil.

« Il y a ces personnes enfermées dans cette maison de deux étages sans toit. Ce sont principalement des aventuriers camerounais et ivoiriens qui ont en tête d’aller vers l’Europe. Ils vivent dans une sorte de société parallèle à la société algérienne. Les gens se croisent peu, sauf au travail ou lors d’achats. Au niveau de l’installation, ils sont au sol et autour, sur les murs, il y a l’Algérie qui tourne », décrit Camille Millerand.

Les photographies témoignent de leurs conditions de vie. En nous partageant une part de leur intimité, ils nous invitent à nous questionner : lorsqu’on est en exil, que tout est temporaire, comment se vit le quotidien : grandir, manger, aimer ?

Avec cette exposition, c’est l’Algérie contemporaine dans son ensemble qui est représentée. Sans volonté de juger ni de caricaturer. À découvrir jusqu’au 8 janvier 2023.

Yasmine Mrida

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