Felix Mubenga : Tu reviens un peu plus d’un an après ton projet « Temps additionnel ». Quel bilan en fais-tu ?

Kpoint : L’album précédent était un projet où je me cherchais musicalement, je cherchais plusieurs trucs différents. Ça fait partie de mon parcours et cet album NDRX représente un peu une finalité.


La collaboration avec Dosseh, un des points culminants de l’album NDRX. 

Cela te semblait important de revenir si vite ? 

« Si vite », non je ne pense pas, un an c’est beaucoup quand même entre deux projets ! Mais c’est vrai que j’aime bien prendre mon temps pour donner le meilleur de ce que j’ai, je ne suis pas une usine (sourires) ! J’aime bien prendre le temps de réfléchir. Pour NDRX j’ai pris plus d’un an pour le faire.

Dans « NDRX » on retrouve plusieurs invités dont Dosseh et Leto. Pourquoi les avoir choisi eux particulièrement ? 

Ce sont des coups de cœur, c’est des mecs que j’ai beaucoup écouté et que je trouvais intéressant d’avoir dans l’album. J’ai aussi choisi deux autres artistes qui représentent mes origines : Joé Dwet’ Filé pour mon côté antillais et Tenor pour mon côté camerounais.

Le rock est assurément un fil rouge dans ta carrière. Qu’est-ce qu’il te plait dans ce style musical ? 

Je pense que c’est le fait que ce soit à la fois brut et musical en même temps, j’ai été bercé par ça jusqu’à mes 18-19 ans environ…

Quel artiste ou album t’a donné envie de t’orienter vers le rap ? 

Salif ! J’ai découvert le rap assez tard par rapport à mes proches, j’ai découvert le rap avec Sexion d’assaut, La Fouine ou Salif au moment où ils étaient au top. Avant ça j’ai écouté beaucoup de variet’ parce que c’est ce qu’écoutaient mes darons (rires), j’ai eu du mal à me détacher de ça. Mais Salif par sa voix et son écriture m’a vraiment donné l’envie d’écouter du rap.

Dans « NDRX » un morceau retient particulièrement l’attention étant donné le contexte, c’est « Peur du noir ». Pourquoi te semblait-il important d’inclure ce morceau dans le projet ? 

C’est important pour moi de représenter toutes mes facettes, « Peur du noir » est un moyen pour moi d’exprimer mon mécontentement dans notre place dans la société. C’est un son que j’ai pris le temps de bien réfléchi.

Je me suis mangé des ‘hagras’ par les keufs : des ‘sale noir !’

Et tout ça est resté dans un coin de ma tête mais j’attendais le bon moment pour l’exprimer. Parce que je me considère comme engagé mais je ne suis pas non plus un homme politique. Je peux que m’exprimer par ma musique.


Le morceau « Peur du noir », un moyen pour Kpoint de s’exprimer sur le racisme et la négrophobie. 

D’autant plus que ton engagement auprès de la communauté noire de France semble faire écho à celui de tes grandes sœurs… 

Je pense qu’on est tous engagé dans la famille et bizarrement tout ça n’était pas calculé, mais les planètes étaient alignées on va dire. C’est pour ça que je trouvais intéressant d’inviter mes sœurs à mon Planet Rap, pour qu’elles en parlent. Je pense qu’on est sur la même longueur d’onde. Ma sœur a sorti une marque de T-shirts [Black Swagata] sur lesquels est écrit des messages positifs pour la communauté tout en n’excluant pas les autres. C’est vraiment pour redonner confiance à la communauté noire et dire que « L’Afrique n’est pas un pays » par exemple : des gens sont déjà venus me demander si je parlais africain tu vois (rires). Je trouve important de laisser ce genre de message pour que les plus petits ou les gens qui se sentent seuls sachent qu’on est ensemble, et qu’on se donne la force.

 

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Black Swagata (@blackswagata) le

La marque « Black Swagata » créée par la soeur de KPoint, tente de déconstruire les clichés sur le continent et les afro-déscendants. 

D’où est-ce que vous tenez ce côté militant tes sœurs et toi ? 

Je pense que c’est dans le sang (rires). Personnellement il y a un film qui a été un déclic c’est « Malcom X ». Il m’a vraiment impressionné, c’est un mec parti de rien comme nous pour en arriver au niveau auquel il était. Le film a participé a changé le futur et il m’a choqué. Nous on est des battants, d’ailleurs mon nom de famille veut dire « guerrier » (rires).


Réalisé par Spike Lee en 1992, le film a été un « déclic » politique pour Kpoint. 

Tu as également décidé de t’engager publiquement auprès d’Assa Traoré. Pourquoi était-ce nécessaire pour toi ? 

Assa dit tout haut ce que la communauté pense, elle sait construire sa réflexion, elle a un combat à mener qui nous concerne tous. Comme je le dis souvent j’aurais pu être son frère, elle aurait pu être ma sœur. Dans son combat je me retrouve facilement donc je trouvais ça archi-normal de l’inviter dans mon Planet rap pour qu’elle puisse parler de son combat au plus grand nombre de gens. Dès que j’ai pris connaissance de l’histoire et que j’ai vu la ténacité qu’elle avait en tant que femme noire, je me suis senti impliqué directement.

Qu’est-ce que tu nous prépares pour la suite ?

Ce que je vous prépare pour la suite ? P**ain… (rires). Comme je te dis NDRX signe le projet où je suis arrivé à une certaine maturité, aujourd’hui j’ai 30 ans et j’ai envie d’apporter quelque chose de nouveau. Je n’ai pas envie de rentrer dans une case, je suis un challenger de base et créer une case ça met plus de temps mais je me sens capable de faire ça.

Articles liés

  • « Destins liés » : science fiction et débrouille en série

    "Destins liés", c'est l'histoire d'un projet qui veut encore croire que le cinéma n'est pas qu'une industrie mais aussi la promesse d'un rêve commun. Tourné avec les moyens du bord, ce projet de web-série mêle science-fiction aux problématiques des quartiers populaires. Reportage sur les lieux d'un tournage pas très autorisé...

    Par Sarah Belhadi
    Le 21/10/2020
  • « Papa, tu te souviens du 17 octobre 1961 ? »

    Le 17 octobre 1961 à Paris, une répression sanglante de la police dirigée par le préfet de Police Maurice Papon, tue plus d’une centaines de manifestants algériens venus à Paris pour protester, contre le couvre-feu mis en place pour les « Français musulmans d’Algérie ». 59 ans plus tard, Samira Goual, pour son premier article au BB, a voulu discuter de cette nuit avec son père Mohammed, présent ce soir là. Entretien.

    Par Samira Goual
    Le 17/10/2020
  • Rap français, violences sexistes et sexuelles : à quand la fin du tabou ?

    Près d'un mois après les accusations d'agressions sexuelles qui visent Moha La Squale et Romeo Elvis, Felix Mubenga, habitué des chroniques d'albums de rap au BB, pose la question du silence de l'industrie du rap face aux violences sexistes et sexuelles. Alors que Moha La Squale vient de sortir du silence d'une manière hasardeuse, où en est le rap français face au #Musictoo ? Edito.

    Par Félix Mubenga
    Le 14/10/2020