Malik, 19 bougies, une condamnation, un voyage en prison. Six années, enfermé. Son visage, abîmé par les lames qui l’on perforé violemment. Son visage, égratigné par les coups. Les gifles. Les points. Pas un visage, une gueule (photo). Une gueule à l’ombre des barreaux qui s’y dessinent parfaitement. Et une gueule illuminée, à trois reprises seulement. Trois sourires, dents éclatantes, qui envahissent le grand écran. On ne voit que lui, ce sourire lumineux, radieux, qui frôle le divin.

La première fois, premier shoot avec un compagnon de cellule. C’est Noël, la prison prend des couleurs, mais le Père Noël ne passera pas. Le second sourire, pure et intriguant, c’est lors d’une permission. Pas lorsqu’enfin il sent la liberté, non, mais quand il fusille et explose des crânes. Des crânes de mecs qu’on lui a demandé d’assassiner, froidement. Il l’a fait. Enfin, dernier sourire, lorsque… On n’en dira pas plus. Ces trois scènes, exceptionnelles, résument à elles seules le film de Jacques Audiard, « Un Prophète ». Un conte noir et sombre, jonché d’espoir, porté par un acteur qui n’a pas de fini de monter.

On a dit beaucoup du film d’Audiard. Mais on a quasiment oublié un aspect. La religion qui s’invite en milieu carcéral. Des corps s’abaissant au nom d’Allah, qu’aperçoit de loin Malik. Il ne les rejoindra pas, croit-on. Restera avec les Corses, sous leur protection. Mal vu par les « barbus », Malik, parce qu’il s’attarde dans le camp opposé. Et mal vu par les Corses parce qu’il devrait être avec les siens, les Arabes. Tiraillé, déchiqueté, comme renié de tous les côtés, Malik.

Des barbus qui magouillent eux aussi et se font justiciers dans les bagarres qui éclatent. Qui donnent du « frère » à Malik et lui font les yeux doux pour qu’il les rejoigne. Les djellabas face à des Corses tout aussi manipulateurs et avides de pouvoir sur la prison. Malik, l’enjeu : qui rejoindra-t-il ? Ralliera-t-il seulement un camp ? La religion islamique, elle, se diffuse comme une fumée inodore dans les allées des prisons.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

mehdi_et_badroudine

Articles liés

  • Hip-Hop 360 : La philharmonie de Paris met le rap sur le devant de la scène

    Le Hip-Hop mondial et francophone a pris ses quartiers pour plusieurs mois, jusqu'au mois de juillet prochain à la Philarmonie de Paris. L'exposition "Hip-Hop 360" met à l'honneur un mouvement culturel longtemps dénigré par institutions et politiques, qui a fini par s'imposer aux yeux du monde entier. Reportage.

    Par Félix Mubenga
    Le 18/05/2022
  • Younès Boucif : « L’humour, un moyen de dire des choses en avance »

    Révélé au grand public avec la série Drôle, Younès Boucif a déjà une carrière bien lancée et ne compte pas s’arrêter là. Si Netflix a décidé que la série n’aurait pas de saison 2, l’artiste de 27 ans originaire de la banlieue de Rouen, a des projets plein la tête. Écriture, humour, prochain album, projet hollywoodien… On a discuté de tout ça avec Younès. Entretien.

  • Des K7 au streaming, Driver raconte son histoire du rap

    Paru le 25 mars dernier chez Faces Cachées Éditions, l’autobiographie du rappeur Driver, co-écrite avec le journaliste Ismael Mereghetti a beaucoup plus à notre contributeur Ryan Baruchel. Dans ce livre on découvre l’évolution du mouvement Hip-Hop français depuis les années 1990. Un livre qui démonte les clichés du rappeur, instaure des messages fort et raconte la vie d’un homme. Rencontre.

    Par Ryan Baruchel
    Le 04/05/2022