« Fracture », c’est l’histoire d’Anna Kagan, jeune professeur d’histoire-géographie qui effectue sa première rentrée dans un collège de Certigny, ville imaginaire située en Seine-Saint-Denis. Elle a affaire à une classe à problèmes. A la lecture du programme télé, je m’attends à un film à la « Esprits rebelles » version française. Souvenez-vous, Michelle Pfeiffer qui accepte d’enseigner à l’East Palo Alto Highschool pour aider des jeunes à couteaux à s’en sortir.

Hier soir, ce que j’ai vu c’est Lakdar qui perd l’usage de sa main droite suite à une erreur médicale et qui décide de se venger. Il ne faut pas oublier de préciser que Lakdar vit seul avec son loser de père, que son frère sort tout juste de prison où il a rencontré de vrais musulmans, que leur mignonne de cousine s’ en est sortie en ouvrant un salon de coiffure, et que toute la famille pense qu’elle s’ habille comme une pute. Et un clin d’œil à Jamel Debbouze qui a lui aussi perdu l’usage de la main droite – « Jamel, lui, il dessine pas ! » dixit Lakdar. Cet ado de 15 ans va donc se venger d’un médecin de confession juive en kidnappant son fils avec la complicité de son ami.

Bien que je ne remette pas en cause la qualité du travail du réalisateur, j’ ai eu l’impression d’un téléfilm fourre-tout : un grand Black de 15 ans qui met des claques au petit blond qui a un pote rebeu qui prend sa défense sous le regard d’une prof d’ histoire-géo juive qui a honte de dire sa religion… Le tout saupoudré d’allusions au conflit israélo-palestinien.

Après le film, j’ai suivi le débat avec la plus grande attention. On y retrouve comme invités Julia, jeune et jolie professeur d’histoire-géographie calquée sur la prof du film ; Romain, professeur stagiaire agrégé ; Nicolas Feld, principal du collège Debussy à Aulnay-sous-Bois ; et enfin Emilie, professeur démissionnaire. Le débat commence et la première question est de savoir si la fiction colle à la réalité. Tout le monde est d’ accord sur ces difficultés de langages, de violences, d’apprentissage, de manque de formation, montrées dans « Fracture ».

Mais, à entendre les invités du plateau d’Hondelatte, j’ai quand même l’impression que ce n’est pas si grave que ça. Personne, y compris la prof qui a laissé tomber l’Education nationale, ne s’offusque vraiment des conditions d’enseignement. Les invités semblent heureux d’enseigner. Ils dédramatisent. De plus – contrainte télévisuelle oblige ? – ils sont tellement beaux, ces invités, qu’ils donneraient envie à des collégiens de gâcher leur scolarité, ou, à l’inverse, de mettre la gomme pour se faire bien voir.

En deuxième partie de débat, même Benjamin Lancar (les Jeunes pop de l’UMP) tombe d’accord avec Bruno Julliard (PS) sur les « propositions ». Sans surprise, la prod a invité un rappeur, Brasco, pour nous servir sur un plateau de kebab, le slogan « illicite, sport ou rap ». Le débat finit sur un reportage sur un internat d’excellence à Montpellier, où la prof de sport est super cool, où on y fait du kitesurf, où on choisit ce qu’on veut faire, etc. Ça serait donc ça, la solution ?

Il n’y a pas si longtemps, j’étais formateur pour un public de jeunes de moins de 26 ans. Certains d’entre eux étaient déscolarisés dès la classe de 3e et plus rarement après la classe de 4e. Selon eux, il n’était pas nécessaire d’avoir de l’ambition à l’école. C’est en se lançant sur le marché du travail qu’ils se sont rendu compte de leurs lacunes. Dans leur esprit, les cours, les professeurs c’était loin de la réalité ou de leur réalité. Le programme scolaire les rongeait d’ennui, disaient-ils. On ne s’intéressait pas eux.

Parmi mes anciens collègues, des professeurs d’histoire-géo, des instituteurs, qui tous avaient choisi l’enseignement par défaut au terme de leurs études. Leur métier m’a semblé très peu valorisé. « Est-ce que t’as déjà eu un prof sain d’esprit ? », ma demandé un jour un prof d’histoire-géo désabusé. Alors, oui, c’est dur pour un professeur de banlieue de travailler dans la violence physique et verbale, au milieu des difficultés sociales, dans l’omerta de l’Education nationale, où un prof n’ose pas dire que dans son cours, ça ne va pas, par peur être mal noté. Aujourd’hui, le plus dur pour un prof de banlieue, c’est de devoir continuer à faire croire à des élèves qu’en travaillant dur à l’école, ils auront un diplôme qui leur permettra de trouver plus facilement du travail.

Anouar Boukra

« On rigole aussi » dans les collèges de banlieue

A 20h45, je suis devant ma télé. Le film a déjà commencé à 20h35, j’ai du mal avec le nouveau système de France Télévision depuis qu’il n’y plus de publicités . La « Fracture » est un mot regroupant pas mal d’idées quand on y réfléchit, on pense à cassure, lésion et puis une fracture laisse toujours des séquelles. Enfin bref, on comprendra exactement le sens du titre par la suite. Un téléfilm assez « cliché » à mon goût.

C’est l’histoire d’une jeune prof d’histoire-géographie qui remplace un de ses collègues dans un collège de Seine-Saint-Denis, le professeur est absent depuis quatre mois. L’histoire tourne autour d’ Anna, une jeune femme qui enseigne pour la première fois et d’une de ses classes, la 3°B avec entres autres, Lakdar (joué par Samy Seghir, de « Neuilly sa mère ! »), 15 ans.

On remarque rapidement dans cette classe, Moussa, un black de 17 ans qui fait une tête de plus que son professeur, par son insolence, sa vulgarité et sa violence. Passé plusieurs fois en conseil de discipline, l’équipe pédagogique ne sait plus quoi en faire. Il est extrêmement violent avec ses camarades. Des mesures seront finalement prises par la justice puisqu’il se retrouve condamné à 3 ans ferme de prison pour vol et vandalisme.

Anne est juive, quand les élèves l’apprennent, ils lui en parle : « – Madame c’est quoi votre religion ? – Cela ne vous regarde pas et cela n’a rien à voir avec le cours. Je suis athée. – Ah bon il y a une rumeur qui dit que vous êtes « feuj ». – Mais n’importe quoi, enfin bon on reprend le cours s’il vous plaît !!!!! Oh un peu de silence ! – Vous voyez, elle s’énerve comme une feuj ! ».

Lakdar, quant à lui est un élève sérieux au début de l’histoire mais il est vite influencé et rentre dans la délinquance. Son grand frère qui sort tout juste de prison, se rapproche de la religion musulmane. On remarque qu’il n’a pas de mère, mais sa cousine Zohra (interprétée par Leïla Bekhti), joue le rôle de grande sœur. Quand Zohra parle de son nouveau petit ami, le grand frère de Lakdar s’énerve : « Regarde comment t’es sapée : comme une pute et tu passes d’un mec à l’autre ! ». Mais Lakdar qui veut être dessinateur de BD, perd l’usage de sa main droite dans un accident.  Son rêve s’effondre. C’est à ce moment qu’il tombe dans la délinquance (kidnapping du frère du médecin qui l’a mis dans la situation, sèche les cours, fume des joints…).

Il y a bien sûr des références aux émeutes de 2005 : les voitures brûlent, les casseurs sont dans les rues, des couvre-feux sont mis en place, des balles de flash-ball sont lancées… La bibliothèque du collège est brûlée. Anna refuse alors de faire cours à ses élèves parce qu’elle trouve cela inadmissible et propose un débat sur un thème au choix. Un élève lance : « Sur Secret Story !! – Vous n’avez donc rien dans le crâne ? – C’est comme si vous nous insultiez ! Bien sûr qu’on en a dans la tête, vous nous prenez pour qui ? ». Anna finit par craquer, pleure et sort de la salle.

Le professeur principal de cette classe décide quant à lui de prendre ses cliques et ses claques. A 56 ans, il en a marre : « Je vais aux Antilles, j’entendrai plus « j’m’en bat les couilles » au moins ». Et lui donne un conseil : « Fais pas comme moi, tire-toi ! ». J’espère que tous les profs n’ont pas le même avis parce que si chacun se « tirait » il n’en resterait plus beaucoup… En Seine Saint Denis tous les élèves ne sont pas comme cela et heureusement, beaucoup veulent s’en sortir et réussir leurs études.

Au final Anna tiendra le coup et ce, malgré le départ de trois de ses élèves (Lakdar se suicidera et deux se retrouveront en prison). Le film sera suivi d’un débat animé par Christophe Hondelatte. Le sujet « Profs en banlieue » est lancé sur la même chaîne. Julia Dumont, 24 ans prof d’histoire à Clichy-sous-bois raconte son parcours, on verra également une prof de Français qui a démissionné et quelques hommes politiques qui essaieront de trouver des solutions. Heureusement qu’il y avait le proviseur d’un collège d’Aulnay-sous-bois pour dire que tout n’est pas noir dans les collèges de banlieue et « qu’on rigole aussi ».

Sarah Ichou

L’article d’Imane Youssfi sur le tournage du téléfilm à Aulnay-sous-Bois.

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