Elle m’accueille dans ses locaux de Montreuil, au deuxième étage d’une pépinière d’entreprises où se côtoient vendeurs de vins, sociétés d’expertise et agences de communication. Elle, c’est Laurence Lascary, une productrice de cinéma qui a fondé en 2008 sa société de production De l’autre côté du périph’ (DACP).

Dans le local 206 dénudé se trouvent, pêle-mêle, des cartons et des meubles avec des post-it « Cité », « Guillaume » ou « À vendre ». La raison de ce remue-ménage ? DACP déménage. « La pépinière où je suis est généraliste alors qu’à la Cité je serai vraiment dans mon domaine avec mes ‘pairs’ du cinéma », m’explique cette entrepreneuse. « Je vais partir sur une surface plus petite car c’est plus cher qu’à la pépinière de Montreuil mais en terme d’avantages, on sera là où ça se passe et ça va énormément booster nos projets ».

Ses relations avec EuropaCorp – la société de production de Luc Besson – remontent à la production du court-métrage Hasaki ya Suda (Les sabres) de Cédric Ido (2011). Par le biais d’un de ses amis, le réalisateur franco-burkinabè reçoit un soutien matériel et technique pour finaliser son film de samouraïs qui vient de recevoir le Prix Qualité du CNC après une belle carrière internationale. « C’était un sacré coup de pouce pour un film qui n’avait bénéficié d’aucune aide », affirme Laurence Lascary. Gardant le contact avec le directeur d’EuropaCorp Urban Alain Etoundi (aka Beef), la jeune femme s’est vu un jour proposer des locaux au sein de la Cité du Cinéma, chose dont elle rêvait déjà en 2009 mais qui ne change en rien l’éthique de sa société : « On reste toujours de l’autre côté du périph’, dans le 9-3».

Les actions d’EuropaCorp en direction de la banlieue sont nombreuses. Partenariat avec des festivals tels que Génération Court à Aubervilliers, production de premiers longs-métrages de réalisateurs repérés – comme La planque d’Akim Isker (2011) adapté d’un court-métrage du même nom – et création de La cité du cinéma, ensemble architectural de 62000m2 qui accueille une école de cinéma gratuite, des studios de cinéma, des entreprises et sociétés de production ainsi que l’École normale supérieure Louis Lumière, anciennement basée à Noisy-le-Grand.

Pour faire taire les détracteurs qui avancent que la Cité du cinéma serait « une utopie », « un fiasco » ou «un gouffre financier », cette ancienne balbynienne argumente simplement qu’il s’agit d’une attitude française « classique » : « J’ai eu droit aux mêmes critiques sceptiques et pessimistes quand je montais ma boîte. Malheureusement dans ce pays, quand les gens ont des initiatives, on les descend avant que ça soit fait et quand ça marche, tout le monde dit que c’est formidable et tout le monde suit ».

Pour preuve, le parcours de Laurence Lascary correspond à celui des gens qui « ne sont pas du sérail » mais qui croient en leurs objectifs. Diplômée d’un Master Marketing et Distribution dans l’industrie audiovisuelle européenne délivré par l’INA et l’Université de la Sorbonne (« je ne savais même pas comment payer cette formation, finalement j’ai fait un prêt »), cette productrice a toujours voulu faire du cinéma : « Je n’avais pas forcément tout le capital confiance au départ mais c’est comme si ça s’imposait à moi ».

Après moult stages en production et distribution et un séjour à Londres pour perfectionner son anglais, elle intègre Studio Canal en ventes internationales puis s’exile à New York au sein de l’agence UniFrance : « Je repoussais mes limites à chaque fois ». Là-bas, elle gagne confiance en elle, découvre l’enthousiasme et l’énergie des gens et revient avec le projet de monter sa propre société de production. Sélectionnée au niveau régional pour l’édition Talents des Cités 2008, elle remporte le Grand Prix national parmi douze autres projets et démarre DACP. En 2011, elle initie les Journées des jeunes producteurs indépendants (JJPI) afin de « faire en sorte de décloisonner l’industrie pour rencontrer les décideurs de chaînes de télévision ». Après 4 projets signés en 2011, l’édition 2012 des JJPI a même accueilli des producteurs de cinéma et initié la création d’une fédération de trente jeunes sociétés de production.

Sélectionnée au prochain Forum de coproduction du Festival international du film francophone de Namur pour l’adaptation du livre Un tocard sur le toit du monde de Nadir Dendoune, la société qui produit « des histoires sans clichés ni stéréotypes avec des populations sous et/ou mal représentées à l’écran » continue son joli parcours. Avec un pied dans la Cité.

Claire Diao

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