Après 108 lettres de candidature envoyées en quatre mois et toujours pas de réponse positive pour son stage, Ali (Rashid Debbouze), jeune étudiant en bac pro Mécanique goûte à la discrimination à l’embauche.  Nasser (Mohamed Nachit), avec un casier judiciaire pas très vierge et un sang un peu trop chaud, se retrouve à la rue après avoir frappé un homme pour un « sale arabe » de trop. Nicolas (Ymanol Perset), alias Hamza est récemment convertit à l’islam. Trois jeunes de la banlieue lilloise, trois destins qui croisent celui de Djamel (Yassine Azzouz), le recruteur spécialisé en djihad qui rôde dans la cité, en polo Ralph Lauren et barbe de trois jours, à l’affut de jeunes prêts à déstabiliser. Objectif : attaquer le siège de l’OTAN à Bruxelles et mourir en martyrs  pour un accès VIP au paradis.

Philippe Faucon, le réalisateur, montre. Avec un rythme rapide. Il montre le malaise des jeunes de quartiers, leur perte de dignité, l’intégrisme, le terrorisme, la citoyenneté, le repli identitaire, la discrimination, les inégalités, le chômage, la pauvreté. P. Faucon questionne aussi. Comment devient-on un Khalid Kelkal ou un Zacharias Moussaoui ? Pourquoi des jeunes issus des quartiers, nés en France, de nationalité française, musulmans non-pratiquants, parfois, répondent présents à l’appel de manipulateurs comme Djamel et sont prêts à donner leur vie et briser celle des autres ?

Avec une voix grave et basse, presque hypnotisante, le message de Djamel est clair : « à partir de maintenant, vous n’êtes plus des Français, ni des Marocains, ni des Algériens (…). Vos frères sont les moudjahidines, ceux qui se battent en Palestine et en Afghanistan. » Ces mots marquent un tournant dans la vie de trois jeunes lillois. C’est le moment où tout bascule définitivement. On s’installe dans une violence sans retour possible. La désintégration est prête à s’exprimer.

Ali est un jeune ambitieux. Bon élève, il fait ce qu’il faut pour réussir et trouver un stage. En bon fils, il voudrait aider ses parents déjà usés par le travail. Au fur et à mesure de ses discussions avec Djamel, Ali devient aigri et frustré au point de décider de quitter l’école et de se débarrasser de ses cours.

Djamel, campé par Yassine Azzouz (Jihad – Canal +) est central. Subtil, mielleux mais surtout ordinaire. Il représente celui qui sait, qu’on écoute, qui est déjà passé par là mais surtout celui qui semble suffisamment érudit pour lire et comprendre l’arabe du Coran,  l’islam mais aussi la géopolitique. Il en impose face à ses jeunes qui ne peuvent que l’admirer, bluffés par son érudition et sa sagesse. Alors quand Djamel parle de cette République en panne qui, après avoir saigné à blanc leurs parents sur les chantiers et au ménage, n’est pas prête à les accepter et à leur offrir la même dignité que le reste des citoyens français, Ali, Nasser et Hamza n’ont plus aucun doute et signe pour mourir en martyrs à Bruxelles.

Finalement, La désintégration du talentueux Philippe Faucon n’est pas un film sur le terrorisme religieux. Sans jamais tomber dans les clichés, il brosse davantage le portrait d’une société qui permet à certains de ses citoyens d’accumuler suffisamment de frustrations, d’humiliations et de mise à l’écart pour pouvoir, un jour, basculer du côté de la violence et de l’extrême. A la manière de l’affiche du film où le bleu du drapeau français bascule du côté du rouge.

Latifa Zerrouki

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