Lundi 13 juin 2016, rue Francoeur, Paris 18e. Après avoir gravi les escaliers de l’école de cinéma supérieure et publique La Fémis où flotte fièrement le drapeau « Etudiant-e-s en d’art en lutte », c’est dans une salle Jean Renoir bien remplie que la Ministre de la Culture Audrey Azoulay, le directeur de l’école Marc Nicolas et le président du Conseil d’Administration Raoul Peck entament leur discours.
Il est 19h et déjà se remarque le plaisir d’être arrivé au bout d’un projet imaginé par la regrettée Aïcha Bélaïdi (fondatrice du festival Les Pépites du Cinéma, décédée en janvier 2016), aujourd’hui coordonné par Florence Auffret.
D’avril 2015 à décembre 2015, quatre jeunes dont le parcours scolaire ne correspond pas aux critères d’éligibilité du concours général de La Fémis ont bénéficié d’une formation privilégiée composée de cours de cinéma et de masterclasses. A la clé, l’incroyable soutien auquel tout cinéaste précaire aspire : le financement d’un film de fin d’année avec apport financier (10 000€) soutien technique et humain de l’école puis envoi en festivals.
Rendue possible grâce au soutien de la Fondation Culture et Diversité, La Résidence tente une fois de plus (comme le programme Égalité des Chances, lancé en 2008 par l’école, ndlr) d’ouvrir les portes d’une école élitiste considérée comme « le fleuron du cinéma français », où les origines sociales des élèves ne sont pas toujours très variées.
Au programme de ce 13 juin, quatre courts-métrages réalisés par la première promotion, dont 3 élèves (sur 4) étaient issus de l’association Mille Visages fondée par la Caméra d’Or 2016 Houda Benyamina et Eiji Ieno.
Arrache de Samuel Germelus aborde avec tendresse la vie d’un petit garçon inattentif en cours et amoureux d’une fille de sa classe, dont les parents tentent de fuir les huissiers. Si le fond du film traite de la précarité et des disputes parentales en fond sonore, l’intrigue est centrée autour de ce garçon prêt à tout pour séduire sa collègue de classe. Son amitié avec un autre camarade de classe n’est pas sans rappeler les courts-métrages produits par CitéArt il y a quelques années (La guerre des bonbons, Mon école à moi) dans l’Essonne.
D’une rive à l’autre de Ivo Da Silva évoque quand à lui l’univers de L’Apollonide de Bertrand Bonello à la différence près que l’intrigue est centrée sur la vie hors maison close de l’héroïne. Faisant croire à ses parents qu’elle a un métier respectable qui lui rapporte beaucoup d’argent, la jeune femme oscille entre son travail de nuit et ses mensonges de jour.
Dans Na tout pour elle, réalisé par Djigui Diarra (voir Portrait Bondy Blog), c’est l’univers de la boxe qui nous est présenté. Alternant combat de salle et combat de rue – plus réaliste que De rouille et d’os de Jacques Audiard et non sans rappeler les tristes paris misés par des grands sur des jeunes dans certaines cités – Djigui Diarra (héros principal du film) défend les aspirations d’un fils pour financer le voyage de sa mère malade au pays.
Rageuses de Kahina Asnoun, qui rappelle quant à lui la rage de l’héroïne de Divines d’Houda Benyamina (et dont l’un des acteurs joue également dans le film), met lui aussi en scène la réalisatrice. Criant tour à tour sur ses copines, sa sœur ou des petits du quartier, Kahina Asnoun bouillonne d’énergie et de colère face à une situation familiale compliquée où le père est absent et la mère (Baya Belal) travaille de nuit.
« On a beaucoup parlé de la polémique des Oscars mais je crois qu’en France, le problème est loin d’être réglé », soulignait le cinéaste haïtien Raoul Peck lors de son discours d’ouverture. Avec cette première fournée de films ne manquant pas de qualité, La Fémis émet un signe favorable en direction d’un cinéma français ouvert sur d’autres classes sociales de la société. Les prochains candidats sélectionnés pour les oraux de la Résidence seront quant à eux annoncés le 21 juin prochain.

Claire Diao

Photo : De gauche à droite Florence Auffret, Djigui Diarra, Kahina Asnoun, Ivo Da Silva, Samuel Germelus et Marc Nicolas

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