DU GLOSS SUR DES ECORCHURES. Cherlinertha est une jeune femme de 19 ans qui n’a pas totalement évolué avec son temps. D’origine guyanaise, elle nous donne l’impression, avec son haut rose bonbon sans manches,  d’être restée dans le monde de Walt Disney. Un univers sur lequel la crise n’aurait pas déteint. Quelque part entre le monde adulte, où il faut tous assumer soi-même, et un monde enfantin. Toujours besoin de papa maman pour tout. Un sourire de Bambi.

Sur cette photo, elle m’apparaît comme une femme-enfant. Négligée et coquette à la fois. Pas trop maquillée, juste un peu de gloss sur la lèvre inférieure. Pour valoriser la part de féminité qui est en elle. Deux colliers jamaïcains autour de son cou. Les Jamaïcains ont la réputation d’être cool, et d’écouter de la musique, de préférer le naturel au superficiel. Les Jamaïcains ne se prennent pas la tête, selon l’expression consacrée. Cherlinertha fait bonne figure devant le photographe mais on sent qu’elle n’est pas si heureuse que cela.

Dans son regard, on peut lire que d’être jeune aujourd’hui, c est plus difficile qu’en d’autres époques. Et pour mieux échapper à cette réalité, rien de mieux que la musique. Pour s’évader, voyager ou simplement prendre un peu de recul. D’où l écouteur à l’oreille droite. Pour cette femme-enfant, la France c’est « La France, c’est ma terre d’accueil. Mais nous les jeunes, n’avons  pas confiance dans cette France qui est dirigée par des personnes qui ne nous comprennent pas, qui ne cherchent pas à nous comprendre. Pourtant, la France c’est nous, car nous sommes l’avenir. On a besoin de la France, comme la France a besoin de nous pour avancer, pour faire en sorte que la France soit meilleure. »

Irène Alambwa

SOUS LES ETOILES EXACTEMENT. Un ancêtre plus qu’un homme. Voila l’impression que me donne ce visage. On ne connaît pas son âge mais il semble avoir beaucoup vécu et beaucoup voyagé. Des rides. Il a énormément de rides qui me font penser à un parchemin, le parchemin de sa vie, dont il est prisonnier. Sa vie a dû être pénible. Il a dû connaitre le grand amour et puis la misère. Je pense même qu’il connu la rue est ses difficultés. Et pour sans sortir, il a dû faire des pieds et des mains.

Mais ce Robinson est avant tout amour de la vie et des aventures. L’état sauvage doit bien lui convenir. Placer sa tente où bon lui semble, sans taxe d’habitation à payer. Chasser le gibier. Profiter de la récolte, autour d’un feu de bois, dormir à la belle étoile. Se réveiller au chant du coq, et non être réveillé par cette sonnerie de réveil, symbole d’un monde qui dysfonctionne. Marcher pieds nus sur le sol ferme, sentir la chaleur de le nature sous la plante.

La misère et la pauvreté ne font pas peur à Michel. Il en sourit, même. Ce n’est pas un amoureux de la vie des quartiers bobo-chic qui ne pensent qu’à manger dehors et s’offrent goulument aux regards des passants. Il pense à soi-même. Mais tout le monde sait bien que le temps de la Mésopotamie et des gourous errants est révolu. La France pour Michel, c’est : « En Inde, je marche pieds nus avec mon bâton. Les gens, ils m’embrassent les pieds.  Je vais en Australie, ils me donnent à manger. En  France, ils appellent la police. »

I. A.

L’OBSCURE CLARTE DE LA REUSSITE. De la détermination dans les grands yeux sombres de Sofiane. Une barbe de trois jours et des sourcils fournis, accentués par le cliché noir et blanc, évoquent la nostalgie en même temps qu’un combat pour « la réussite ». Une partie du visage est dans l’obscurité, l’autre est caressé par une lumière douce. Un léger sourire se dessine, comme une certaine satisfaction. Pour lui, comme pour beaucoup, issus ou non de l’immigration, tout n’est pas gagné d’avance. Sofiane n’est pas complètement sorti de l’ombre. Une partie de lui a réussi, celle du travailleur brillant, mais une autre partie, celle de l’homme maghrébin, reste effacée. Une histoire qu’on devine douloureuse, la question pesante de l’immigration, des origines en débat… Et des gens qui préfèrent se crever les yeux devant les problèmes, se réfugier dans un bunker.

Pour Sofiane, la France « c’est Zinedine Zidane en finale de la Coupe du Monde, Jamel Debbouze faisant pleurer… de rire des millions de gens. » « Mais c’est aussi… Cécile rêvant de casser la baraque mais ne se faisant que casser la gueule. » L’œil brillant dans le noir, il attend avec impatience de pouvoir baigner dans la lumière.

Aude Duval

SI UN JOUR… De petites mèches d’un blond effacé encadrent le visage de Véronique. Cette septuagénaire paraît perdue dans ses souvenirs, dans un flot d’émotions contradictoires. Les sourcils épars, froncés, trahissent une inquiétude. Pense-t-elle à l’avenir d’une France qui se déchire ? Pour Véronique, qui a vécu mai 68, la révolution des slogans, dont le célèbre « nous sommes tous des juifs allemands », « La France, c’est la couleur des peaux, les mille et une langues croisées dans la rue, dans le métro », la « diversité dans la tendresse ». Tournée vers la lumière, sa peau fraîche et légèrement rosée, le regard dans le loin, elle espère peut-être que cela devienne un jour plus qu’une vérité, une évidence.

Sa bouche en cœur encore bien dessinée semble vouloir dire cette espérance. De petites rides prennent ses yeux verts en otages. Ses boucles d’oreilles aux couleurs des 70’s paraissent deux petits soleils pour un combat qui, croit-elle, un jour portera ses fruits.

A. D.

Le site de l’expo : http://www.etpourtoicestquoilafrance.com/

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