C’est autour de grands gâteaux à la crème qu’un tromboniste entonne à l’aide de son instrument la mélodie du « joyeux anniversaire ». L’orchestre de la jeune philharmonie de Seine-Saint Denis chante en chœur. C’est  comme ça qu’on fête, ici, l’anniversaire d’Henri-Claude Fantapié, l’un des trois chefs d’orchestre de la troupe. Ils viennent de finir leur première représentation de la journée de leur Concert du Nouvel An, la deuxième du week-end. Il est midi trente et Henri-Claude ouvre ses cadeaux puis prononce un discours devant plus de cinquante musiciens.

Le musicien a beau avouer ne pas beaucoup aimer cela, l’ambiance est à la détente et au repos. L’orchestre doit rejouer à seize heures. Tandis qu’Henri déballe ses cadeaux, un violoniste lâche : «  Oh, on t’a offert un gilet jaune ! » Des rires résonnent dans toute la salle à l’allure de gymnase. Ce que fête la jeune philharmonie du 93 ce jour-là, c’est l’anniversaire d’un de ses chefs d’orchestre mais aussi ses cinquante ans.

Ses membres n’ont pas tous un demi-siècle, eux, loin de là. « Il n’y a pas d’âge minimum, rappelle Jean-Philippe Dejussieu, chef d’orchestre de la troupe et directeur du Conservatoire de Noisy-le-Sec. Il n’y a pas non plus de limite d’âge, d’ailleurs ! Les gens qui veulent venir  peuvent venir à partir du moment où ils savent jouer d’un instrument. »

Pour beaucoup, la troupe est une histoire de famille

C’est le cas de Lola, une trompettiste de  10 ans, intégrée à l’orchestre cette année. À ses côtés, ses parents Gaëlle et Vincent ont intégré la troupe il y a… onze ans.  Autant dire que la petite Lola est tombée dedans quand elle était toute petite, comme Obélix avec la potion magique. Alors, pendant les concerts, Gaëlle et Vincent sont les « collègues » de Lola… mais pas de quoi leur faire oublier leur rôle de parents. « Pendant qu’on joue, on jette toujours un œil sur Lola pour voir si tout va bien, s’amusent-ils. On pense à nous mais surtout à elle ! ». 

Lola n’est pas la seule enfant de l’orchestre. Il y a aussi Luc, le trompettiste et David, le tromboniste. Leurs parents sont aussi musiciens dans l’orchestre. Pour ces derniers, c’est important de transmettre la passion de la musique car les enfants sont la relève.

Les musiciens de la troupe viennent tous de Noisy-le-Sec ou du département de Seine-Saint-Denis. « Le département n’est pas plus pauvre que les autres culturellement, assure Jean-Philippe De Jussieu. Les gens sont mêmes nombreux à vouloir apprendre à jouer d’un instrument ».  Pour preuve, affirme-t-il, il y a plus de 800  élèves inscrits au conservatoire de la ville.

Normalement, à mon âge, tu écoutes du rap… mais là, c’est plus profond

Cet orchestre amateur et non rémunéré se rend une fois par semaine pour répéter, dans une salle d’école primaire que la ville met à leur disposition. Pour Philippe, 18 ans : « La musique classique c’est de la musique différente car quand tu écoutes de la musique normalement à mon âge, c’est plus du rap des trucs comme ça mais là, c’est plus profond. » Le jeune homme, habitant de Neuilly-sur-Marne, est passionné de batterie.

La troupe, il l’a rejointe il y a cinq ans lorsqu’un beau jour, sa mère lui propose de remplacer un batteur absent. Sauf qu’en arrivant sur place, Philippe et sa mère apprennent que le batteur est finalement bien présent. On lui suggère alors… les timbales. Il ne connaît pas cet instrument mais adore tout de suite. Après une répétition et un concert, il finit par revenir et intègre définitivement la troupe. Même après cinq ans, Philippe continue donc de jouer de la timbale… avec le chœur.

Mohamed ERRAMI

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