Le parcours de l’expo débute in medias res. Peut-être un moyen de convaincre les indécis ou les curieux se trouvant dans le hall principal… Mais la première surprise vient du titre du panneau qui accompagne la première « œuvre ». Jugez plutôt : « Prière de toucher ! » Il a fallu que j’y regarde à deux fois avant de me rendre compte qu’il ne s’agissait pas du sempiternel « Prière de ne pas toucher ». Ne souhaitant pas décliner une telle invitation, je caresse le tissu qui couvre le haut-parleur, tourne … Jusqu’à l’intervention du contrôleur de l’entrée. La mention du titre de la pancarte n’y fait rien : « Lui il est trop délicat. » Le deuxième des deux objets exposés que je qualifierai de prologue est présenté comme une photo de l’appel du 18 juin 1945 du général de Gaulle. Mais celle-ci est en relief. Le texte sur la pancarte ne se révèle pas très confiant et nous livre des informations pour le moins stupéfiantes : « Il est en train de parler, ses lèvres sont entrouvertes. » Trop fort…

Je n’ai pas accordé la même attention à toutes les parties qui composent l’exposition. J’ai privilégié ce qu’il y avait de plus ancien, c’est-à-dire les origines. Une telle expo n’a pas l’air bien grande de prime abord, mais ce genre d’observation peut se révéler piégeur. Une journée n’est pas de trop pour en faire le tour. Le nombre d’objets exposés est assez élevé. Ils sont répartis entre six périodes qui s’étendent de 1920 à nos jours, voire demain avec la RNT. Avant d’entrer dans la grande salle d’exposition, il y a un coin où est disposé le traditionnel livre d’or mais aussi ce qui semble être des recueils de coupures de presse ayant pour sujet la radio. Je n’ai vu personne s’y intéresser. Et pour cause, leur intérêt me paraît limité. Avant d’entrer dans la grande salle d’exposition on traverse une petite pièce sombre. Son seul intérêt se situe à vos pieds, c’est-à-dire la projection sur le sol d’une vidéo passant en boucle dont se servent les conférenciers pour expliquer le fonctionnement de base d’une radio.

A première vue, la salle d’exposition n’est pas bien grande. On n’a pas forcément l’impression que parcourir les moindres recoins de l’exposition va prendre du temps. Mais il ne faut pas se faire avoir par cette impression, puisque je n’ai pas eu le temps de tour regarder. Ou, devrais-je dire, écouter. Car la particularité de l’exposition Radio: ouvrez grand vos oreilles c’est que le silence n’y a pas sa place. Dès qu’on y pénètre, les haut-parleurs placés en hauteur nous inondent de différents programmes radiophoniques. Plusieurs murs de la grande salle à l’intérieur de laquelle on se trouve imitent des composants de radio. Face à l’un d’eux, j’ai cru avoir à faire à du matériel de cuisine. Il y a des murs sur lesquels on peut prendre des écouteurs pour écouter des programmes radios qu’on sélectionne. C’est l’occasion d’un retour en arrière, surtout quand j’entends Maurice Thorez qui, dans son « Discours de campagne électorale » milite pour le droit de vote des femmes ! Ça remonte quand-même à 1936…

Il y a huit salons d’écoute. Dans chacun d’eux figurent toutes sortes de documents. Mais le plus important c’est la diffusion d’une dizaine d’extraits de programmes radio assurée par un haut-parleur. On s’y sent bien et on y reste volontiers, histoire de se plonger dans une époque qu’on n’a pas vécu. Le premier salon d’écoute que j’ai visité était consacré aux feuilletons. J’ai pu entendre un extrait du quatrième épisode de Signé Furax. Cette série a connu deux vies. La première a duré deux ans : 1951 et 1952 sur la RTF. La seconde a duré plus longtemps : de 1956 à 1960 sur Europe 1. A une époque où il n’y avait pas de télé partout, il est facile d’imaginer le succès que devait avoir ce genre de programme.

En plus d’un passage en revue des principales œuvres, ainsi qu’une bonne présentation de la manière dont fonctionne différents objets, j’ai eu la chance d’assister à une conversation ayant pour thème la radio numérique terrestre (RNT). C’est la première fois que j’en ai entendu parlé. Un homme travaillant pour une radio nationale s’y montrait hostile. Avec 20 fréquences à gérer, le coût pour s’adapter à cette nouvelle technologie -qui ne l’est pas vraiment- s’élèverait à 300 000 euros.

Ce qui nous amène à la question du statut de la radio. Elle peut être considérée comme une sorte d’internet avant l’heure. D’où cette pub d’époque : « Un seul bouton à tourner, et toutes les émissions européennes à votre portée. » Vis-à-vis de la presse papier, la radio a toujours offert l’avantage de nous informer d’un événement assez vite. C’est notamment le cas des radioreportages, nés en 1923 avec la retransmission d’un match de boxe commenté par Edmond Dehorter pour Radiola. Si la presse papier doit actuellement affronter des défis de la concurrence d’internet et des journaux gratuits, à l’époque, des conflits ont eu lieu avec le monde de la radio. Elle est aujourd’hui le média préféré des Français.

Olufémi Ajayi

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