C’est le film qui tombe à pic. Après (pendant) les révolutions arabes, Radu Mihaileanu rend hommage, à sa façon, à la femme arabe. Car s’il a choisi de ne pas définir géographiquement le lieu de La Source des Femmes, c’est bien d’une région du monde arabe dont il s’agit. « Quelque part entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient » précise le synopsis. Quelque part dans l’Atlas marocain laisse deviner le Darija, l’arabe dialectal marocain utilisé dans la version originale du film.

Le pitch : les femmes du village choisissent de prendre leur destin en main. Depuis toujours, elles sont vouées à accomplir la tâche quotidienne : aller chercher l’eau. Denrée rare au village puisque l’administration refuse gentiment d’installer un système de canalisation. La source se trouvant en haut de la montagne, cette corvée devient un moyen de contraception indésirable. Plusieurs habitantes enceintes perdent leur enfant en chutant sur les pentes rocailleuses, des sceaux d’eau plein le dos.

Leila (jouée par Leïla Bekhti), l’étrangère du village, la « pestiférée », n’a toujours pas donné d’enfant à son mari. Sa grossesse a en effet été compromise par l’un de ses incidents de parcours. En plus d’être vue comme stérile et bonne à rien par sa belle-mère, Leila est une étrangère. Elle vient d’ailleurs. Du sud. Du désert. C’est elle qui met en marche le train de la révolution : faire la grève des câlins. Elle convainc ses camarades de se refuser à leur mari tant qu’ils n’iront pas chercher l’eau à leur place.

Sami, l’instituteur du village interprété par l’acteur Palestinien Saleh Bakri, a épousé Leila par amour, refusant le mariage arrangé, légion dans la région. « Un peu cliché, mais c’est beau », chuchote une spectatrice, lors de l’avant-première du film. Beau. Qualificatif qui ressort le plus dans la bouche des spectateurs. Conquis par les couleurs, les paysages ocres et orangés à l’écran, les chants traditionnels. Le jeu des comédiennes également, aussi excellentes les unes que les autres.

Oui mais voilà, l’histoire va decrescendo au goût de Samia, « vers la fin, d’une histoire à la base sociétale, on passe au religieux. Les femmes du village, bien que courageuses, s’érigent en donneuses de leçon envers l’imam. J’ai trouvé dommage cette remise en question du port du voile. Comme si tous les films traitant de près ou de loin l’arabo-musulmane ne pouvait pas se retenir d’en parler, ou de le remettre en cause… » Surtout que durant tout le film, la majorité des femmes ne portent pas le voile islamique devant les hommes, mais des fichus traditionnels sur la tête ne couvrant qu’une partie de leur chevelure. Détail paradoxal. Mais simple broutille pour Sabrine et Sonia, littéralement charmées par l’histoire. « Un chef-d’œuvre, un hymne à l’amour ! » dit en souriant Sonia, « une tuerie, demain, j’emmène ma mère voir le film en VO ! » promet Sabrine en partant.

C’est surtout dans le pari d’en faire un film féminin et non féministe que réside la réussite de La Source des Femmes. Car si ces dames s’élèvent contre ces messieurs, ces derniers ne sont pas érigés au rang des mâles mysogines. Pas un soupçon de manichéisme mal placé ne vient entacher le scénario. Et c’est tant mieux.
Reste que le film en rappelle un autre. De la même eau. Absurdistan. Un long-métrage allemand de Veit Helmer sorti en 2007. Pas un succès. Un film discret, du moins pas très remarqué, racontant l’histoire (presque analogue) d’une grève de l’amour après une panne de canalisation dans un village reculé. À ceci près que celle-ci se passait en Azerbaïdjan. Et qu’elle n’a pas côtoyé le box-office.

Hanane Kaddour

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