Le département n’est pas qu’une friche industrielle parsemée de tours ou de pavillons, nombres d’artistes à l’étroit dans la capitale l’ont compris. Des événements destinés à les faire connaitre et reconnaître se multiplient.

Il y a comme un parfum d’été, le printemps pointe le bout de son nez faisant éclore une ribambelle d’expositions culturelles. Après le Printemps des poètes et le salon du livre, c’est au tour de l’art contemporain d’être à l’honneur avec « Open your Art » qui s’est déroulé au coeur du Nord-est parisien. L’événement s’est décliné sur 14 lieux de création et de diffusion où se sont déroulées les visites, la découverte de coulisses, des rencontres, des parcours artistiques… Faites l’amour pas la guerre, l’art murmure même à ceux dont la sensibilité est enfouie sous une armure.

Dimanche 6 avril a marqué la fin de 3 semaines sous le signe de l’art contemporain d’une façon insolite. Ne soyez pas contents pour rien… On n’est pas là pour s’amuser, mais pour la visite-performance d’un musée par un artiste plasticien : François Durif. Passionné d’histoire et des mots il nous a convié à le suivre dans ce lieu où le silence est roi, le musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis (93) implanté dans un couvent carmélite.

logo_OPEN_YOUR_ART_VERTC’est un lieu oppressant, l’architecture, les murs semblent vous juger constamment. L’artiste par sa volonté et sa bonhomie désacralise cette bâtisse. Le chemin de croix dans cette prison spirituelle commence par la découverte d’une apothicairerie, une pharmacie d’antan. Dans ce lieu de recueillement, de foi et de pénitence, les mots sont d’or et le silence est d’argent. Tapissées sur les murs et sur les sols des phrases sont à méditer, des sentences comme le mentionne notre guide. Ce sont des phrases chocs et existentielles qu’on appellerait aujourd’hui des punchlines.

« Vous serez justifiés ou condamnés par vos paroles ». Une phrase qui prend tout son sens dans ce couvent. On arrive aux chambres, une pièce rudimentaire qu’il nomme cellule. L’artiste nous donne une anecdote pour illustrer cet endroit signé Madame Louise (maîtresse des novices) :

« Une carmélite dans sa cellule est mieux qu’une princesse dans son palais. » La traversée continue avec des sentences de plus en plus complexes. « On passe toute sa vie à se projeter, il en faudrait une autre pour exécuter. » Au détour d’une pièce il nous fait plonger dans l’art contemporain avec son oeuvre sous forme d’une vidéo. Le but est de transmettre un message avec une action-geste pour exprimer un sentiment. Avec Trop de clefs, la vidéo du plasticien, il dénonce un enfermement qui fait écho dans ce couvent.

Avant le terme de la visite, on découvre une partie du musée dédié à l’illustre Paul Éluard. Étant originaire de Saint-Denis, le musée lui rend hommage. La fraternité avait un sens autre à l’époque… Les artistes s’entraidaient au lieu de cette vaine rivalité actuelle, confie François Durif. Pablo Picasso était l’ami de Paul Éluard, et on peut voir le vase que lui a confectionné son camarade et des ébauches de son poème phare, Liberté :

Et par le pouvoir d’un mot 

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer : Liberté 

L’artiste conclut avec une sentence qui l’interpelle particulièrement et qui d’après lui, fait écho avec Saint-Denis : « Les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel leurs nids, mais le fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. »

Lansala Delcielo

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