Le mariage pour tous a fait beaucoup de bruit en ce début d’année 2013. Des humoristes ont choisi l’homosexualité comme fil directeur de leurs sketchs. Lansala s’y est intéressé de plus près. Interview.

En cette période où l’amour divise, l’humour est le seul rempart à l’anarchie ! Je suis parti à l’assaut de Steeve (Hughes) et Rayan (Magid), autrement dit : les lascars gays, pour un entretien en coupe-vent, alors qu’ils sont en ce moment en tournée dans toute la France ! Entre rires, jeux de rôle, intimidations, l’interview va-t-elle se noyer dans l’hilarité chronique ou avancer vers de meilleurs auspices ?

 Pouvez-vous m’expliquer pourquoi avoir choisi comme pseudo les lascars gays ?

 Hughes : Alors les lascars gays, ça vient d’une rencontre. Magid et moi, on bossait ensemble, on sortait ensemble, on s’amusait ensemble (rires), on allait dans des bars lounge ! Un jour, on s’est retrouvé dans l’un de ces bars, il y a mec qui nous regardait de façon très insistante …

Magid : C’est le genre tu le vois, tu as peur, tu sais que tu vas mourir (rires)! C’est le gars balafré, le mec de banlieue ! C’est un dangereux donc tu baisses les yeux !

Hughes : Tu te dis c’est chaud, ça va mal finir ! Il y a moment vers la fin de la soirée, il s’approche de nous. Je me dis : « ça y’est Magid, il y a une embrouille, c’est mort (rires) … »

Magid : On va mourir, il faut que j’appelle mes parents pour leur dire que je les aime (rires) !

Hughes : Il faut que j’appelle du renfort ! Il arrive, il me tape sur l’épaule et il me dit :

« Il n’est pas mal ton blouson, tu l’as acheté où ? », avec une voix maniérée. Tu vois, on s’était arrêté sur des apparences, des préjugés …

Magid : En fait c’était un lascar gay, c’est ça qui est incroyable !

Hughes : Voilà, on s’était trompé sur le mec ! On a trouvé cette personne très intéressante ! On l’a mis sur scène. Lascar gay : une victime de toutes les discriminations : la banlieue et l’homosexualité !

 

Comment le couple ou le duo s’est-il formé ?

 Hughes : On s’est rencontrés au FIEALD (Festival International d’Expression Artistique Libre et Désordonnée)

Magid : C’est une scène ouverte, qui a lieu tous les dimanches au théâtre Trévise ! Nous, on faisait partie de l’équipe d’animation, on était là tous les dimanches, c’est comme ça qu’on a appris à se connaître !

 

Quelles sont vos influences scéniques ?

 Magid : J’aime bien les Inconnus, pour moi  c’était les plus forts ! Ils faisaient des sketchs, ils rentraient toujours dans des rôles de composition.  Il y a aussi Élie et Dieudonné à la grande époque, c’était un des duos les plus balèzes.

Hughes : Moi, c’est pareil, les Inconnus et avec en plus les Nuls !

 

Avec votre pseudo, qui est en quelque sorte une prise de position, peut-on vous définir comme des artistes engagés ?

 Hughes : Artistes engagés, c’est-à-dire ?

Lansala : Dans le sens, il y en a pour faire rire, ils prennent des scènes de la vie courante ! Vous, avec votre pseudo « les lascars gays », vous prenez l’homosexualité en quelque sorte comme cheval de bataille !

Magid : Moi, je pense que tous les spectacles sont faits par des artistes engagés, comme tu fais de l’humour, tu t’engages. Tu prends des points de vue que tu essayes de rendre drôles à travers des spectacles, chaque sketch est un pseudo message ! Nous, l’engagement qu’on a, c’est que c’est un message de tolérance pour les gens qui viennent nous voir ! Ce n’est pas parce que tu as une casquette à l’envers que tu roules des joints, ce n’est pas parce que tu es gay que tu roules du cul ! C’est un message d’union, de tolérance, de solidarité, c’est contre le racisme !

Hughes : C’est un message contre le communautarisme!

 

Justement vous dites que c’est un message contre le communautarisme, à qui s’adressent vos spectacles ?

 Hughes : On a un public super-varié, on a des enfants …

Magid : On a des mamies, on a un public populaire. Ruquier nous disait qu’on avait le même public que les Inconnus. Ce qui fait notre fierté aujourd’hui, c’est qu’il y a vraiment des gens de tous les horizons !

 

Vous êtes des artistes mais également des citoyens, que pensez-vous du « mariage pour tous » ?

 Hughes : J’ai l’impression qu’on revient 50 ans en arrière, on repart avec des problèmes de racisme, de ségrégation. Il faut que la société avance, si deux êtres qui s’aiment ne peuvent pas se marier aujourd’hui en 2013, franchement, je trouve ça dommage. J’ai l’impression qu’on régresse ! Je trouve  qu’on prend un petit sujet comme ça et on oublie tous les sujets importants qui touchent la France ! On nous a parlé du mariage pour tous pendant trois mois, pendant que des pays étaient en guerre et le sont toujours d’ailleurs. On nous endort avec des faux problèmes, moi je suis pour le mariage gay, je suis pour l’amour !

 

Pensez-vous que grâce à vous des homosexuels peuvent plus s’affirmer dans les quartiers ?

 Magid : Je pense qu’inconsciemment oui c’est fort possible ! Il y a des gays qui sont venus nous voir et  qui nous ont dit à la fin d’un spectacle : « C’est gentil et ça fait plaisir qu’on parle de nous ! »  Ça fait du bien, mais je pense pas que ça change ! On entend souvent dans des reportages des mecs qui se font violer dans les caves. J’ai vécu en banlieue toute ma vie, j’ai jamais vu moi des mecs qui se sont font violer par 14 mecs dans une cave !

Lansala : Parce qu’ils sont gays ?!

Magid : Ouais parce qu’ils sont gays …

Lansala : Ils sont contre les gays, mais ils violent des gays, c’est très bizarre !

Magid : C’est carrément bizarre !

Hughes : Il y a un juste milieu, c’est difficile d’être homosexuel en banlieue tout  comme dans un village du fin fond de la France !

Lansala : Ça doit sûrement être pire dans un village ?!

Hughes : C’est pire, je me souviens que dans le Nord, il y a 5 à 6 ans, dans les faits divers, un gay s’était fait brûler ! En campagne, il y a eu aussi cette histoire de bébé congelé dans le frigo ! Tout ça pour dire qu’ il se passe des choses aussi en dehors des cités ! Nous, on combat les idées reçues sur la banlieue …

Magid : On finit toujours dans Confessions intimes, Enquête exclusive, 7 à 8 …

Hughes : On a l’impression d’évoluer, mais aujourd’hui, dès qu’on parle de la banlieue, c’est de façon négative !

 

Y-a-t’il un dernier message que vous voulez laisser à nos lecteurs ?

 Hughes : On est en tournée dans toute la France, et les dates sont sur le site : www.leslascarsgays.fr

Magid : On revient très prochainement avec un film, notre histoire sur grand écran et que le bang soit avec vous !

 

Lansala Decielo

 

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