Premier long-métrage de la réalisatrice Kaouther Ben Hania, Le Challat de Tunis, sélectionné à l’ACID du Festival de Cannes 2014, sort aujourd’hui sur les écrans. Et aborde avec humour la misogynie de la société tunisienne.
Kaouther Ben Hania ne s’arrête pas de décrocher des prix. Avec son court-métrage Peau de colle (Tanit d’or des Journées cinématographiques de Carthage 2014) comme avec Le Challat de Tunis (Bayard d’or de la meilleure première œuvre du festival de Namur 2014).
Tourné dans la Tunisie post-Ben Ali avec le chef opérateur d’Abdellatif Kechiche et d’Abderrahmane Sissako, Sofiane El Fani, Le Challat de Tunis est un long-métrage jouant sur les rouages du documentaire. Actrice principale de son film, Kaouther Ben Hania campe une étudiante qui, avec son cadreur, part à la recherche du Challat, un homme qui aurait tranché des fesses de femmes à l’aide d’un rasoir mais que personne n’a vu.
Des prisons d’État aux bars de Tunis, des quartiers de la ville à la scène d’un théâtre, Kaouther Ben Hania va à la rencontre des hommes de sa société pour découvrir qui est ce misogyne souhaitant rétablir l’ordre en punissant les femmes au fessier trop moulé.
Interrogeant tour à tour des femmes victimes du Challat et de potentiels coupables, la réalisatrice nous mène dans une enquête où mensonge et vérité se mélangent au même rythme qu’humour et absurdité. Qu’est ce qui a pu conduire un homme à commettre pareil acte ? Quelles ont été les victimes de ces méfaits ? Quel regard les hommes portent-ils sur les femmes dans la société tunisienne contemporaine ? sont autant de questions auxquelles la réalisatrice, son cadreur et les protagonistes de ce film tentent de répondre, jouant sur l’ignorance et les croyances du spectateur, les fantasmes et les réalités des personnes interrogées.
Si le procédé du film dans le film a été maintes fois utilisé, tout comme l’interrogation de la place de la femme en Tunisie, il demeure dans Le Challat de Tunis une fraîcheur et un regard « culotté » sur ce que l’occidentalisation d’une société réveille de conservatisme dans les actes et la pensée. Soyez-en sûr, une cinéaste est née. Et les réflexions sur nos sociétés en constantes mutations ne sont pas prêtes de s’arrêter.

Claire Diao

Le Challat de Tunis de Kaouther Ben Hania – Tunisie – 2013 – 1h30 – Avec Jalel Dridi, Moufida Dridi, Mohamed Slim Bouchiha…
httpv://youtu.be/qnbEWcxxHsM

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