Bron, dimanche soir, 21 octobre au cinéma Les Alizés. Soirée d’ouverture de Karavel, festival de la danse hip hop. A l’initiative, l’acteur incontournable en la matière, la compagnie Käfig: 10 ans d’existence (leur premier spectacle éponyme date de 1996), des représentations partout dans le monde, plus d’une dizaine de spectacles créés et de nombreux projets pédagogiques. Et tout ça grâce à un homme, Mourad Merzouki, le directeur artistique. Il s’est battu pour en arriver là, montrant sa détermination : « Affranchir le hip-hop, s’affranchir des clichés et des idées reçues et s’émanciper des poncifs du genre, hip hop mouvement social, pour ériger ce langage en mode d’expression artistique à part entière ». En résidence à Bron depuis 2006, Käfig revient aux sources en coordonnant le festival Karavel, avec comme maître mot: l’ouverture ! S’ouvrir aux autres disciplines, s’ouvrir à tous les âges (le public dans la salle du cinéma ne dément pas) et aux non-initiés.

Au programme, conférences, ateliers d’initiation, master-class et cette projection du film « Du lindy-hop au hip-hop », au cinéma Les Alizés. « Ce documentaire explique très bien d’où vient la danse hip hop aux connaisseurs comme aux non-connaisseurs ». Mourad insiste et justifie son choix : « J’avais pensé diffuser un film autour de la danse hip hop, que de la danse hip hop. Mais je trouve qu’on en a souvent une vision trop fermée. »

Au début, perplexe devant les images d’archives des années 30 de lindy-hop, danse qui s’est développée dans la communauté noire américaine de Harlem entre les années 20 et jusqu’en 1950, parallèlement au jazz et au swing. En couple ou séparé, c’est un mélange de danse, s’inspirant notamment du Charleston et des danses africaines, la salle se prend au jeu. Les extraits sont franchement impressionnants et on a l’agréable impression d’être en 1933, dans le club Savoy à Harlem, auprès de Duke Ellington et son orchestre, en train d’assister aux chorégraphies énergiques et contemporaines des danseurs. « Lorsque j’ai montré ce film à mes danseurs, beaucoup m’ont dit qu’ils retrouvaient des pas actuels du hip-hop », explique Mourad. Le message passe, et à chaque fin d’extrait, applaudissements spontanés dans la salle. « On n’invente rien, on prend l’existant, et on l’enrichit, on l’améliore. »

On prie ensuite le public de se rendre dans le hall du cinéma. En rond, assis ou débout, une petite scène s’improvise pour que les danseurs de la compagnie Käfig, habitués à des scènes mondiales prestigieuses, nous offrent une représentation, quelques extraits de leur spectacle «L’adapté». Le public est conquis, tellement conquis que s’ensuit un battle improvisé où des jeunes, avec énergie et bonne humeur, combattent en figure et en pas rythmés les danseurs pro (voir vidéo). Si l’objectif de la compagnie Käfig est d’ouvrir et partager la maladie du hip hop, on peut dire que c’est fait, le sourire et la passion de Mourad étant contagieux.

En rentrant, T2 arrêt des Alizés. Des mômes de Bron qui avaient brillé lors du battle improvisé à la soirée Karavel, continuent le show dans le froid. Une jeune fille à talons attend aussi le tram (15 minutes d’attente). Les mômes la chauffent, elle, se déchausse et commence à breaker. Etonnés, un échange scénographique s’installe. « Comment tu fais ça ? » « Ah ouais, mais ça, je sais pas encore le faire » « Et ça, tu sais faire ça ? » « Oh la la, elle t’a mis à l’amende. » Les pas de hip hop claquent sur le bitume et réchauffent les corps et les esprits en ce retour de l’hiver et ça fait du bien. Pour le partage et l’ouverture, Käfig a gagné !

Magalie Fargeix (BondyLyon)

Magalie Fargeix

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