Telle la madeleine de Proust, la mort du chanteur ravive des formidables souvenirs.

Avant 2003, je ne connaissais pas David Bowie. J’écoutais certaines chansons par hasard depuis ma chambre. À 14 ans, le rock était loin d’être ma préoccupation première. La magie se produisit soudainement avec l’album Reality et le tube New Killer Star, qui tourna en boucle dans la voiture et à la maison. Le rythme et la sonorité de ce morceau m’enthousiasmaient. Souhaitant prolonger mon éducation musicale, mon père eut cette idée de génie de m’emmener voir le concert de Bowie à Bercy. Il était fan du Thin White Duke.

httpv://www.youtube.com/watch?v=fwH1g2fW6Pc

Ce partage entre deux générations fut un moment extraordinaire. Notre excitation me reste en mémoire. La performance et l’ambiance électrique qui y régnaient me firent comprendre que je vivais quelque chose d’historique. Je fus surpris par l’arrivée du chanteur habillé d’une simple chemise rouge. Sa fougue et sa prestance résonnent encore dans mon esprit. Nous étions si contents que, dans une douce inconscience, nous essayâmes d’obtenir un autographe, en vain, car il avait déjà filé. Puis mon goût pour David Robert Jones s’accrut. En une année, j’écoutai tous ces tubes. Adolescent, je m’identifiais à Rebel Rebel, je tombais moi aussi amoureux de la China Girl. Je partais rejoindre dans mes songes le fameux Major Tom avec une fusée. Le saxophone de Young Americans et la ballade Life on Mars me donnaient des frissons. J’étais ému. Les larmes me montaient aux yeux devant sa sublime interprétation dans le film Furyo réalisé par Nagisa Oshima.  Son style et sa prestance devinrent le modèle du dandy idéal. Comme dans sa chanson Changes, je voulais être un homme différent. En y repensant, sa musique m’a toujours plongé dans mon imagination.

httpv://www.youtube.com/watch?v=U16Xg_rQZkA

Ce ne pouvait donc être que mon père pour m’annoncer sa mort par texto lundi matin. Ce fut comme un flash : je revoyais le mythique panoramique avec en fond sonore Modern Love dans Mauvais Sang de Léos Carax. La pochette de Heroes, mon album préféré. Les soirées où je dansais sur Let’s Dance. Le morceau The Next Day, que j’ai passé lors de ma première émission de radio. Je me remémorais ses yeux vairons ainsi que son costume bleu turquoise et son clip Under Pressure posté fièrement sur la page de mon compte Skyblog. En y réfléchissant, David Bowie a souvent été présent dans ma vie. Il fut mon premier guide dans le rock et restera l’une de mes seules icônes. Et, plus important que tout, il est le musicien qui  fait le lien entre deux générations et me rapproche de mon père.

Lloyd Chéry

Articles liés

  • Décoloniser les musées : « La question est éminemment politique »

    L'association Alter Natives a présenté les conclusions d'un programme d'échange entre musées européens et jeunes étudiants autour des objets spoliés pendant de la colonisation. La restitution des œuvres d’art à l’Afrique notamment reste un sujet brûlant. Il se heurte à de nombreux obstacles législatifs et aux mentalités. Reportage.

    Par Meline Escrihuela
    Le 07/02/2023
  • Sim Marek : Le street art comme échappatoire

    Des murs de Tunis à ceux de Paris, Sim Marek est désormais un street artiste reconnu dans le milieu. Graffeur, plasticien et tatoueur, il est aussi membre de L’atelier des artistes en exil. Entre les pschitts et l’odeur enivrante de la peinture, Sim revient sur son parcours. Portrait.

    Par Vera Fesquet
    Le 24/01/2023
  • Tirailleurs : projection exceptionnelle à Bondy, pour ne pas oublier

    Mercredi soir, le ciné Malraux de Bondy projetait le film Tirailleurs en présence de quatre anciens tirailleurs bondynois. Le réalisateur Mathieu Vadepied, l’acteur Bamar Kane, Aïssata Seck et Christiane Taubira étaient au rendez-vous. Un événement pour ne pas oublier ces soldats morts pour la France.

    Par Névil Gagnepain, Félix Mubenga
    Le 20/01/2023