Œuvre du célèbre architecte Rudy Ricciotti, le centre socio-culturel Aimé-Césaire de Gennevilliers (92) est un bâtiment emblématique du projet de renouvellement urbain du quartier du Luth. Construit avec l’aide de la Région, il s’affirme déjà comme un lieu de rencontre entre culture, habitants et générations. 

Passé la façade imaginée par Rudy Ricciotti, une bonne odeur de café se dégage. Dans le grand hall d’entrée meublé dans un style néo-ethnique conçu par Hervé Di Rosa, des collégiens font leur devoir de géométrie, des Chibanis discutent autour d’un thé, des vieilles dames jouent aux dominos. « Bonjour André ! » Le directeur du centre salue un nouvel arrivant. Jeune, dynamique, Sébastien Manier semble mener son centre de manière très active. Il organise de nombreux ateliers, sorties et s’associe avec les associations locales pour les activités que le centre ne peut pas organiser lui-même.

Ali accompagne sa petite Lena, déguisée en fée : « On vient souvent car en général ils font des supers trucs pour les enfants : les choco-contes, les magiciens, le maquillage… » Et de rajouter : « Je suis content de ce que l’on propose et on est très bien accueilli. » Un clown entre comme par magie dans le hall. Des grands-mères cessent leurs jeux de société, les enfants se réunissent autour d’eux.

En plus de la bibliothèque et des diverses activités proposées par le centre (conférences, karaoké, cours d’anglais, ateliers socio-linguistiques…), Agnès travailleuse au centre et référente famille-parentalité, organise deux types d’ateliers : un premier pour améliorer le lien parents-enfants et un second centré sur la personne. Il est particulièrement tourné vers les femmes du quartier : « L’image c’est compliqué, souligne-t-elle. L’objectif de ces ateliers et qu’elles prennent soin d’elles et pour revaloriser leur estime d’elle-même. » Aujourd’hui, le créneau est animé par une socio-esthéticienne et propose un soin du visage de deux heures pour seulement 3 euros.

« Ces femmes ont souvent l’impression d’être perçues comme des femmes soumises, qu’elles ne sont là que pour s’occuper des enfants et faire la cuisine, explique Agnès. Ces ateliers leurs permettent de se sentir mieux, d’être écoutées. On y échange sur les choses de la vie de tous les jours. » La jeune femme nous explique le cas d’une « petite-mamie » très seule qui vient régulièrement aux ateliers. Retraités, femmes au foyer, mamans seules composent la majorité du public.

« Tester, c’est adopter »

Dans la petite salle où s’est déroulé l’atelier, une dizaine de femmes papotent. Certaines ont encore leur charlotte sur la tête et leurs serviettes. Les produits cosmétiques traînent sur les tables ainsi que du café et des petits gâteaux. « Je ne pars pas en vacances donc je préfère être là qu’à la maison, explique Catherine, secrétaire dans un ministère. On apprend des choses, on partage ici, c’est bien. » Une de ses copines plaisante : « C’est une fidèle, elle a une carte de fidélité. » Pour Delphine secrétaire dans deux associations, l’important est de venir passer un moment de détente.

Karima est ravie de rencontrer des mamans hors du contexte de l’école et apprécie les ateliers d’Agnès. « On est chouchouté ici, se réjouit-elle. Aujourd’hui, chacune a parlé des soins que l’on fait à la maison et on a partagé nos astuces. » Sa copine Amal s’amuse : « Tester, c’est adopter ! » Elle est ravie : « C’est super ! C’est comme dans un institut. » Toutes parlent du quotidien et de la routine, le travail, les enfants, l’entretien de la maison. Elles sont toutes ravies de pouvoir s’accorder cette pause qu’elles ne pourraient pas s’offrir dans un institut.

Avec près de 400 adhérents officiels au centre social après un peu moins d’une année d’ouverture, le directeur Sébastien Manier est ravi de voir que la greffe prend dans le quartier.

Charlotte Cosset

Vous pouvez aussi retrouver cet article dans le magazine réalisé en collaboration avec la Région Ile-de-France : Les mots de la banlieue

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