La Caution, Gérard Baste, DJ Fab, Grems, Cyanure, le rap alternatif s’est donné rendez-vous à La Belleviloise à l’occasion de l’avant première du film Un jour peut être. Une autre histoire du rap français. Une reconnaissance pour cette scène oubliée.

22h. Paris. 20e arrondissement. Une bonne partie de la scène hip hop « alternative » s’est donnée rendez-vous à la Belleviloise pour un show inédit à l’occasion de l’avant première de Un jour peut être. Une autre histoire du rap français, ce jeudi 13 février. « Ce documentaire montre une réalité que certains n’ont pas voulu rendre visible ! », balance DJ Fab, l’animateur de la soirée. Avec sa casquette sur la tête et ses platines au bout des doigts, il enchaîne les pics contre contre une industrie musicale qui les aurait lésés, lui et ses acolytes du rap alternatif. « Dans le film, on voit Fred Musa [animateur Skyrock, ndlr]. Il joue l’expert, mais il n’est jamais venu nous voir en concert. Et Cachin [journaliste, spécialiste rap, ndlr], si t’es dans la salle, toi même tu sais que tu n’es jamais venu écouter nos mixtapes ! ».

IMG_4778IMG_4778Dj Fab a la rage et le doigt levé contre les grands médias Hip Hop, auxquels appartiennent les deux journalistes. Depuis qu’il a commencé la musique dans sa chambre, avec les moyens du bord, Dj Fab s’est forgé une solide réputation dans le petit milieu du rap anti-système, mais jamais vraiment aux yeux du grand public. Romain Quirot et François Recordier, deux des réalisateurs du documentaire, abondent. « C’est quand même des mecs qui sont dans le rap depuis 20 ans ! Pourtant, ils restent confidentiels par rapport à des Maître Gims ou des Stromae. » Lorsqu’ils ont eu l’idée du film, ils savaient que personne n’avait défriché le sujet. Leurs explications transpirent l’admiration, « ils ont plus de couilles que la plupart des rappeurs actuels ! C’est des mecs qui se sont levés un matin et qui ont décidé de changer le monde ! Ils voulaient s’exprimer, créer une nouvelle musique aussi. Mais ils se sont heurtés à d’innombrables obstacles. »

« On ne nous a jamais laissé la parole finalement », valide Nikkfurie, moitié du duo La Caution. « Cela ne nous a jamais empêché de faire de la musique. Et on a pas fini. On est encore là », lance t-il avant de grimper sur scène sous les cris du public. A l’autre bout de la salle, Valentine, grande brune élancée, décolle du comptoir du bar sur lequel elle est accoudée, pour ovationner le rappeur. La jeune femme de 25 ans est une fan d’antan. « J’écoutais ça quand j’avais 17 ans ! » Elle n’a pourtant pas l’allure d’une fan de hip hop au premier abord. Rouge à lèvre discret et manucure rose bohème, elle arbore fièrement son look mi-Bcbg mi-street : sneakers au pied, jean et chemise fluide. Une dégaine semblable à la plupart des personnes présentes.

Entre défilé de New Balance et arc-en-ciel de bonnets Carhart, le profil des spectateurs est varié. Parmi eux, Antoine, étudiant en école de commerce : « ces rappeurs, ce sont des mecs hors jeux. Ils ne viennent pas répéter tous les malheurs des banlieues comme la grande majorité des rappeurs français », s’égosille-t-il pour se faire entendre, sans cesser de sautiller énergiquement. Sac à dos et sweat branchouille sur les épaules, le jeune homme de 24 ans se reconnaît plus volontiers « dans ce genre de délire ». En transe juste devant la scène, il renverse la moitié de sa bière sur son voisin. Ce dernier le remarque à peine, absorbé par le show. DSL déambule sur scène, bonnet et solaires Ray Ban sur le nez. Défoncé, il arbore un énorme sourire.

995850_743848492292651_134732809_nEn retrait, Gauthier semble dubitatif. « Celui-là, il a une dégaine étrange quand même avec ses chico en moins. » Lui, il n’y connait rien au rap. Issu du milieu restreint de la production musicale, « plutôt électro », il est venu par curiosité. Et il est ravi. « Avec le docu, j’ai appris pas mal de trucs. Ca permet d’ouvrir les yeux sur comment le rap s’est démocratisé surtout. »

Un avis partagé par les réalisateurs, « ces mecs ont ouvert la voie à un rap différent. Orelsan, les 1995, ils ont tous profité de la brèche ouverte par cette scène de la fin des années 2000. Et grâce à eux, aujourd’hui, c’est devenu possible de faire du rap bizarre. » Quand ils parlent, Romain Quirot et François Recordier décollent difficilement les yeux du spectacle. Grems y enchaîne les morceaux, sous les acclamations du public qu’il ne cesse de chauffer, entre deux gorgées de la bière qu’il tient à la main. Entre deux punchlines, il revient sur le documentaire. « On s’en fout de si c’est bien ou pas. L’important c’est l’initiative ! » A James Delleck, surexcité à la coupe de cheveux approximative, d’ajouter : « maintenant, grâce à ce documentaire, notre histoire est gravée dans le marbre. Cela fait quinze ans qu’on fait ça, quinze ans qu’on adore ça ! Et on compte bien continuer encore un peu. »

Inès Belgacem

 

Un jour peut être. Une autre histoire du rap français est présentée en ce moment dans toute la France et la tournée repasse par Paris le 14 mars à la Gaïté Lyrique.

Bruxelles – 7 Mars – Cinéma Galeries – Back In The Dayz

Rennes – 9 mars, Festival Urbaines – Ciné TNB

Paris – 14 mars : La Gaieté Lyrique – FAME Festival

Bruxelles – 19 Mars Lézarts Urbains

Lille- 26 avril – « Musical Stories » à L’Hybride

 

 

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