C’est une sombre histoire de fantômes qui ne fait pas peur. C’est la drôle d’histoire d’un fantôme qui ne se sent à l’aise ni nulle part. « Le fantôme en a marre d’entendre dire qu’il n’existe pas. »* Venez, prenez notre main, nous vous emmenons dans le monde des apparitions. Un étrange bâtiment de Créteil (94), la Maison des arts. A l’intérieur, il fait aussi noir que dans la nuit. On marche lentement, par peur de cogner quelqu’un. Un pas après l’autre. Accrochée sur un mur, une mâchoire avec des dents et des gencives saillantes. Quand on s’en approche, un cri strident retentit. On s’en éloigne, à petits pas. On croise des fœtus enveloppés dans des paquets, comme des jouets. On se croirait au supermarché. Une dame dit : « Ils sont vivants. »

On voudrait fuir en courant. « Les images peuvent heurter la sensibi… » Il est 21h02. On prend place dans la grande salle. Les ouvreuses sont des fermeuses. Elles ne parlent pas, sont muettes et masquées. Asseyez-vous là ou où vous voulez … Une femme a ajouté des implants sur ses tempes. Un gamin dit qu’il voit Cruella d’Enfer. On entend le vent et l’aboiement d’un chien enragé.

La « Ceremony » de l’artiste couturier Jean-Charles de Castelbajac commence dans l’obscurité. Les doux chuchotements d’Edwige Malaval se mêlent à la voix de JCDC. Ils récitent « Le Fantôme » de Robert Malaval, préambule poétique. « Le fantôme en a marre d’entendre dire qu’il n’existe pas/ Il va leur faire voir à tous ces… » Le lourd rideau se soulève. Les musiciens du groupe Nouvelle Vague trônent dans un vaisseau de néons. Des fantômes dansent du hip-hop. Et les chanteuses, Mareva Galanter et Liset Alea, chantent.

Rien ne se ressemble, tout s’assemble. Les époques s’entrechoquent. La danse hip-hop, puis classique, rencontre la musique bossa-nova. JCDC mêle les styles, mixe les époques, brave les barrières et les frontières. On s’évade sous un cocotier, on court dans un champ, on erre. Rien ne se ressemble, tout s’assemble. Les fantômes hantent le plateau. « Le Fantôme est-il de droite ou de gauche ? Le fantôme s’en fout, il est de l’au-delà. »* Vous ne comprenez pas ? Laissez-vous guider… C’est un rêve dans la nuit. La fumée embaume le lieu. Des néons brillent, de toutes les couleurs, au son des chansons du groupe Nouvelle Vague. Et au rythme de la guitare électrique, d’un musicien en costume léopard. Il n’y pas de logique, juste des images.

Un squelette descend d’on ne sait où. Il mesure trois mètres. Feu d’artifice. Des danseuses classiques singent les petits ras de l’opéra, l’une en bleu, l’autre en blanc, une troisième en rouge. La quatrième est en noire. On plonge dans un rêve qui s’achève… Dernier air de Nouvelle Vague, « In a manner of speaking » à la guitare sèche. Le vaisseau des musiciens va s’envoler vers d’autres cieux et le Rubik’s Cube se détruire, revenir à l’état de poussière d’étoiles.

Il est l’heure de se réveiller. De sortir de notre « Paranoïa » maladive. Le cauchemar était assurément un rêve lumineux. Et les fantômes étaient des anges, comme vous et nous. Avant de partir pour de bon, JCDC s’empare d’un micro, et dit : « Il n’y a pas que dans les châteaux qu’il y a des fantômes, il y a en a aussi en banlieue. » Les voilà qui prennent la fuite. Contrairement aux vampires, les fantômes dorment la nuit et vivent le jour. Comme vous et nous.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah.

*Extraits du poème « Le fantôme » de Robert Malaval

Crédit Photos : © Yves Malenfer

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