Si son rôle dans les interminables Taxi lui colle à la peau, Samy Naceri, l’écorché vif  du cinéma français, sait apparaître là où on l’attend le moins. Il est de retour aujourd’hui dans les salles avec la sortie du film Tip Top. L’occasion de faire un auto-reverse sur sa carrière.

Ah Samy, tu nous avais manqué ! Depuis Taxi où tes yeux bleus et ta balafre avaient crevé l’écran, on se demandait un peu ce que tu devenais. C’est vrai que ta carrière a vraiment décollé avec ton rôle de tox’ dans Raï de Thomas Gilou (1995) – d’ailleurs heureusement que t’étais déjà beau gosse parce qu’avec ton bob beige, tu risquais pas de serrer.

Avant ça, tu t’étais tapé – comme tout débutant qui se respecte – des rôles de figurant dans des films comme Inspecteur la bavure de Claude Zidi (1991) ou Léon de Luc Besson (1994) , même si, avec une cagoule sur la tête, on risquait pas de te reconnaître.

De 1995 à 1998, tu as enchaîné des rôles dans des films peu connus avec des acteurs incroyables : Mickey Rourke dans Love in Paris d’Anne Goursaud, Ophélie Winter dans Bouge ! de Jérôme Cornuau, Guy Bedos dans Sous les pieds des femmes de Rachida Krim et dans un film de 60 minutes sur la banlieue passé presque inaperçu, Malick le Maudit de Youcef Hamidi.

Comme toujours, on t’a refilé des rôles de dealer, de banlieusard, de rebeu de service quoi. D’ailleurs, comme beaucoup de mecs de ta génération, tu apparais dans la série PJ où les Arabes sont plutôt castés pour des rôles de délinquants que pour des rôles de commissaire. Elle en dit quoi ta mère Jacqueline ? Parce qu’à la base – et c’est ce que beaucoup de gens oublient – c’est qu’il y a aussi 50% de sang Normand qui coule dans tes veines ! Mais bon, « pas de bol », ton père algérien s’appelait Naceri. Alors un jour, t’as décidé de changer ton prénom Saïd en Samy… et ça a marché.

L’année Black-Blanc-Beur où la France a accepté d’avoir d’autres couleurs t’a porté chance. Alors que les Bleus remportent la Coupe du Monde de football, Luc Besson te tend la perche d’un rôle prénommé Daniel dans un film réalisé par Gérard Pirès : Taxi. Est-ce que tout le monde se rappelle qu’à l’époque tu roulais des pelles à la nouvelle star française d’Hollywood, Marion Cotillard ? C’était bien avant le succès de La Môme (2007), ton réal’ a eu du flair. À l’époque d’ailleurs, Marseille pesait autant que Paris au niveau du hip-hop. IAM, le 3e Œil, la Fonky Family… Ils étaient tous dans la BO qu’on écoutait sur nos platines CD.

Taxi a eu un tel succès que même les russes t’adulent. On attend d’ailleurs le jour où ils te feront interpréter un Vladimir fou de vitesse. Mais bon, comme beaucoup de succès inattendus, l’argent t’a brûlé les doigts. Pour toi qui avais arrêté l’école à 16 ans, bossé comme peintre en bâtiment et t’étais pris un pare-brise de R5 un soir de bringue, c’était la consécration.Ça l’aurait été pour n’importe qui d’autre d’ailleurs. Mais voilà, t’as déconné Samy.

T’as déconné et la justice t’a arrêté. Plusieurs fois. Pour avoir conduit une voiture accompagnant un braquage (1984), injures (2002), voies de fait (2003), violences volontaires avec récidives (2005), outrages et injures (2006), agressions (2007 et 2008), violences volontaires (2009), blessures, menaces de mort et harcèlement (2011), dégradation volontaire de bien privé (2013). On t’a même hospitalisé d’urgence en psychiatrie en 2011. Qu’est ce qui t’as pris Samy ? Elle était pas bien ta vie ?

Un jour, Jean-Paul Belmondo t’as dit : « J’ai eu le même problème que toi. Comme beaucoup d’acteurs, à un moment donné tu as beaucoup de parasites autour de toi ». Lui avait acheté un extincteur pour asperger ces parasites, toi tu as raccroché les gants. Pour un temps. Tu as tourné avec des réalisateurs comme Olivier Dahan, Lætitia Masson et Rachid Bouchareb. Décroché un Prix d’interprétation collectif à Cannes pour Indigènes en 2006 – tu avais d’ailleurs été nominé pour le César du meilleur espoir masculin en 1999.

En 2010, tu as décidé de faire le point et publié l’histoire de ta vie Naceri rose, Naceri noir aux éditions Le Cherche Midi. Mais les démêlés avec la justice – et donc l’attrait des médias pour toi – ont recommencé. Et puis, comme la vie se ponctue aussi (surtout?) de rencontres avec des gens qui un jour te tendent la main, tu as rencontré ce réalisateur un peu barré pour tenir tête à toute son équipe et vouloir t’embaucher. Serge Bozon. Dans un film complètement loufoque où finalement il ne faut rien chercher à comprendre sinon se délecter de voir François Damiens et Isabelle Huppert parler arabe, Sandrine Kiberlain mater son voisin d’en face et Isabelle Huppert cogner. Tip Top.

Bozon a été assez fou pour te proposer de jouer le mari d’Isabelle Huppert. Isabelle Huppert ! La star du ciné français. Pour le coup c’est une vrai perche qu’il t’a lancé. Et elle n’a pas eu peur Huppert, malgré ses centimètres et ses kilos en moins par rapport à toi. Toi, tu joues son mari, qui la cogne non par plaisir mais parce qu’elle aime ça. Et toi tu l’aimes, ça se voit. Apparemment vous avez tous les deux kiffé la scène où tu lui serres les joues avec les poings et la colles contre le mur. C’est quand même dingue de reprendre ta carrière de cinéma avec un rôle aussi décalé ! Et en même temps, ça passe bien. Parce que malgré tes kilos en trop et tes seins qui tombent, t’as de beaux yeux tu sais. Ah Samy, si tu passais aux choses sérieuses, les médias te remettraient direct dans leurs pages ciné plutôt que dans leurs colonnes fait divers. On parie ?

Claire Diao

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