« Le Slam n’est pas une musique, c’est un tournoi de poésie », défend Pilote, de la Fédération Française de Slam. Ce jeune homme au dynamisme saisissant et à l’art de la rhétorique animera jusqu’à samedi les ateliers du festival Grand Slam de poésie à Bobigny. Les deux compétitions phares de l’événement poétique : la Coupe du monde de Slam-poésie où s’affronteront des poètes venus entre autres du Mexique, des États-Unis, du Canada, de Hollande, d’Afrique du Sud, de Madagascar, et le concours Grand slam national destiné exclusivement aux poètes français.

Sur scène, devant un jury et le grand public, les compétiteurs diront leur texte a capella, sans costumes ni accessoires mais avec juste le ton et les gestes accompagnant les paroles. L’émotion pure est donc au rendez-vous. Chaque étape de ces deux tournois portera le nom – pas très poétique – de « round ».

Moi qui connaissais le Slam comme un genre musicale à travers les artistes tels que Grand corps malade et Abd Al Malik, je me demande où se trouve la frontière entre le Slam et la musique. Occupé à préparer la soirée de mardi après l’inauguration officielle du festival, Pilote me répond en deux temps trois mouvements : « La frontière est très claire ! Si ce n’est pas un tournoi où les meilleurs poètes sont sélectionnés par le public, il n’y a pas de Slam. » J’ai donc tout à découvrir de cet art. Alors que je m’interroge encore sur les vertus du Slam et me promène dans la salle Pablo Neruda, je croise Sari, une poétesse concourante finlandaise de 31 ans dégustant ses tranches de jambon et sa salade prises au buffet. Elle présentera six poèmes qui fluctuent entre les thèmes de la honte, la jalousie, la colère et l’amour. Pour elle, « le Slam est une façon de libérer ses émotions et sentiments. »

Les affiches de ce festival sont immanquables dans les rues de Bobigny et les abords de l’Hôtel de ville. Reconnaissez des affiches à fond rose duquel se détache la silhouette d’un homme à casquette, son bras droit levé vers une étoile verte et tenant une plume et un marteau entrecroisés qui rappellent la faucille et le marteau du drapeau communiste.

Catherine Peyge, la maire de Bobigny, prend également l’apéro après son discours d’inauguration, accompagnée du sous-préfet de Seine-Saint-Denis, Philippe Piraux. Je m’avance vers elle : « Nous avons accepté d’accueillir ce festival, dit-elle, car il correspond à l’esprit frondeur de la ville de Bobigny, une ville où on aime les mots et où on cherche à en créer d’autres. »

A quelques pas du buffet, des petits livres roses sont disposés en vrac sur un guéridon de bois blanc. La page de couverture reprend le même dessin que celui des affiches à fond rose. En s’approchant, on peut lire le titre 1re Coupe du Monde de Slam de poésie, aux éditions Le Temps des Cerises. Cette anthologie réunit les poèmes mis en scène en juin 2007 lors de la première coupe du monde de Slam à Bobigny.

Francis Combes, le directeur des éditions Le Temps des Cerises – la maison d’édition qui contribue à l’affichage des poèmes dans le métro parisien – créée il y a 15 ans par un collectif d’écrivains et de poètes comme Eugène Guillevic et Jean-Pierre Siméon, annonce que le livre est disponible dans la grande distribution à partir de cette semaine. Selon Francis Combes, « le Slam est une poésie populaire » et estime qu’« il faut faire sauter cette muraille de Chine qui existe entre la poésie, dite littéraire, et le Slam qui est très souvent laissé de côté ». En tout cas, ce festival haut en jeux de mots et mimiques promet de dégourdir les neurones.

Nadia Boudaoud

Rendez-vous samedi soir avec les finales de la Coupe du monde de Slam poésie et du Grand Slam en vidéo.

Nadia Boudaoud

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