Le festival de l’association 1.9.3 Soleil, destiné aux enfants et quatrième du nom, s’est tenu cette année du 26 mai au 5 juin, en partenariat avec le Forum de Blanc-Mesnil. J’ai assisté au spectacle « Petit bleu et Petit jaune », inspiré de l’album éponyme de Leo Lionni. Il a été publié en 1970 par l’école des loisirs, référence des livres destinés aux enfants. C’est une histoire qui parle d’amitié, de différence, de tolérance, à travers deux petits personnages, Petit bleu et Petit jaune. Ils sont très différents, mais aiment beaucoup jouer ensemble, un jour ils s’embrassent tellement fort qu’ils changent de couleur et deviennent tout vert, au point que leurs parents n’arrivent plus à les reconnaître…

Me voilà donc à l’entrée du forum, une classe de maternelle est déjà présente, certains enfants sont assis à côté de la maîtresse ou des mamans accompagnatrices, d’autres discutent entre eux ou s’amusent autour d’une petite table. Des professionnelles de la petite enfance sont aussi présentes dans le cadre d’une formation sur la sensibilisation au théâtre pour les tout petits. La programmatrice annonce le début imminent du spectacle, les enfants font la queue, chacun à son billet en main où est inscrit le nom du spectacle ainsi que la date, l’heure et le lieu de sa programmation. « On fait comme les grands », dit le petit garçon devant moi, fier de donner son billet à la guichetière.

Les enfants se sont installés sur des sièges ou sur les genoux des adultes. Avant que le spectacle commence, la programmatrice prend la parole et s’adresse au public pour lui dire « d’ouvrir grands les oreilles et les yeux » et « d’essayer de ne pas faire trop de bruit » ce qui leur laisse la possibilité de réagir à ce qu’ils voient. Puis silence. Une lumière vient d’éclairer le centre de la scène où se trouve un gros cube et pendant ce temps la lumière de la salle se tamise très progressivement…

Le cube bouge ! se font entendre alors quelques réactions des enfants : « Il y a quelqu’un dedans ? » Et tout doucement,  la comédienne commence à se dévoiler d’abord en montrant son bras puis l’autre, puis un pied puis l’autre jusqu’à ce qu’elle sorte complètement du cube. Elle nous présente Petit bleu et Petit jaune et, à travers son conte, nous guide sur le chemin de l’histoire en s’amusant à allumer et éteindre les cubes, à faire apparaître et disparaître la petite balle bleue et la jaune…

Son histoire se déroule avec des textes, des jeux de lumières et de couleurs, des déplacements rapides et lents, et une atmosphère musicale de flûte. Quelques réactions des enfants se font entendre, des interjections, des questions, des émotions, certains enfants qui ont l’air de connaître le livre parlent en même temps que la comédienne comme pour l’aider à ne pas perdre le fil. Le spectacle se termine au son de différentes voix qui donnent la couleur du petit cube qui s’éclaire dans une langue différente à chaque fois. Puis la lumière s’allume, et comme pour laisser la magie continuer à opérer les enfants réagissent à demi-mot : « Ah c’était bien ! », « c’est comme dans le livre ».

Une fois la salle vide, la comédienne Chiara Collet accepte de  répondre à nos questions. Elle explique qu’au début son choix de carrière ne s’orientait pas forcément vers un public aussi jeune, mais ce livre, qu’elle a connu grâce à son fils, l’a beaucoup inspirée. Alors avec Angélique Friant, sa metteuse en scène, elle a commencé à se poser des questions sur la façon de mettre en forme cette histoire tout en respectant l’âge et le développement psychologique des enfants concernés. Et dans un premier temps il y a eu une période test où elles proposaient ce spectacle aux crèches et les réactions des enfants et commentaires des professionnelles leur permettaient de réajuster.

Lorsque nous lui demandons d’où vient l’idée de ce grand cube où elle est cachée tout au début, « c’est une idée d’Angélique », dit-elle, « à l’intérieur de ce cube je suis recroquevillée en suçant mon pouce, comme un bébé pourrait le faire dans de ventre de sa maman et petit à petit je montre mes parties du corps jusqu’à en sortir complètement ce qui pourrait symboliser la naissance du conteur et finalement je commence l’histoire de ces deux personnages. »

Quant à savoir si la réaction des enfants la gêne, « au contraire, cela peut m’aider dans le sens où si j’entends qu’ils rient je peux faire durer un peu plus longtemps ce moment ou, à l’inverse, si je les entends pleurer j’essaie de réadapter ou d’écourter ce temps. Mais d’une manière générale, je vis très calmement ces interventions, l’écoute des enfants est très différente à chaque fois et je suis souvent très agréablement surprise. »

Charaf Abdelli

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