Les cultures noires de la France au théâtre du Châtelet. Comme les Césars. Sauf que là, il s’agit des Césaire, troisième cérémonie du nom, qui affiche désormais de hautes ambitions. L’événement, qui s’était tenu l’an dernier au Casino de Paris, aura lieu le 23 septembre dans l’une des plus belles salles de spectacle de la capitale. Un décor grandiose au service d’une offensive consistant à installer durablement le fait culturel noir dans le paysage français. La mairie de Paris entre dans la danse, et généreusement. Elle a décidé d’allouer 100 000 euros à l’organisation des Césaire 2008, devenant le plus gros contributeur de la manifestation. Cette année, la cérémonie ne récompensera pas seulement des œuvres musicales, mais également cinématographiques et littéraires.

En 2006, le poète martiniquais Aimé Césaire avait donné son accord pour que cette cérémonie porte son nom. Sa mort, en avril, a fait office d’électrochoc. Elle a rappelé aux Français que la place des Noirs en France (originaires d’Afrique ou des DOM-TOM) était pour ainsi dire inexistante en termes politiques et culturels. Ensuite, et c’est déjà plus tactique, elle rend légitime la décision de Bertrand Delanoë d’ouvrir les portes du Chatelet aux Césaire, avec un joli chèque au passage.

La délégation générale à l’outre-mer et son responsable Jean-Claude Cadenet sont en charge du dossier à la mairie de Paris. Et c’est à l’Hôtel de Ville que l’annonce de tous ces changements a été faite hier, avec la participation des organisateurs, au rang desquels figure le CRAN (Conseil représentatif des associations noires). Le « pôle » anti-discriminations de la mairie de Paris était représentée par Yamina Benguigui.

L’adjoint à la culture de Bertrand Delanoë, Christophe Girard, a qualifiée de « très importante » la subvention accordée, et souhaité, en substance, que la manifestation permette la reconnaissance et l’entrée pour toujours des cultures noires dans le cadre parisien. Subventionner la cérémonie des Césaire, « ce n’est pas seulement se donner bonne conscience une fois », a-t-il dit.

Une nouveauté, une de plus : la mairie de Paris a exigé que les organisateurs des Césaire se dotent d’une charte éthique prohibant toute « œuvre » ou tout propos raciste, homophobe, antisémite, sexiste. Ainsi, l’artiste qui se sera fourvoyé dans ces directions ne pourra pas être « nominé » à la cérémonie. Plus encore : la personne primée par un Césaire devra rendre sa statuette s’il apparaît qu’elle a fauté sur ce plan-là dans les dix ans suivant la remise de son prix.

Cet effort de moralisation ne tombe pas du ciel. Dans un contexte revendicatif, emprunt de concurrence mémorielle, il arrive que des Noirs africains ou antillais, y compris des artistes, profèrent des propos anti-Blancs, anti-juifs ou anti-« pédés ». Et l’on sait qu’il est difficile d’être homosexuel en Guadeloupe et en Martinique. Le chanteur guadeloupéen Admiral T. ne fait rien pour que cela change. Récompensé aux Césaire 2007, il dit dans une chanson : « On est venu pour brûler les pédés qui restent près de l’hôtel de ville… Tu peux en être sûr, ils ne s’en sortiront pas sans bobos… Ce que je dis, c’est ce que je pense moi-même, je ne suis pas un menteur… Si tuer les pédés, c’était du sexe, je serais un nympho… » (A lire sur le site SOS-Homophobie.)

L’adjoint au maire Christophe Girard a eu cette petite phrase, comprise de tous : « Je lutte contre toutes les discriminations, à commencer par celles dont je fais l’objet. » Frank Anretar, l’un des organisateurs des Césaire, a affirmé que l’événement devait être à la hauteur des combats contre toute forme d’injustice menés par le poète.

Les Césaire, manifestation jusqu’ici connue de la seule communauté afro-caribéenne, devrait avoir cette année un retentissement beaucoup plus fort. On rêve d’une retransmission en direct à la télévision. On annonce, en guest-stars, Stevie Wonder et Quincy Jones.

Antoine Menusier

Légende photo : de gauche à droite, Frank Anretar, Yamina Benguigui, Christophe Girard.
Crédit photo : www.fxgpariscaraibe.com

Antoine Menusier

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