Le film de Bahman Ghobadi tourné clandestinement avant les manifestations postélectorales de juin en Iran, a créé l’événement au dernier festival de Cannes en remportant le prix spécial du jury dans la catégorie Un certain regard. A la veille du réveillon, la salle du MK2 Quai-de-Seine à Paris fait le plein pour entendre les notes de ces jeunes rockeurs échappées des caves et des caches les plus improbables de Téhéran, où ils se terrent comme les chats de la Perse contemporaine.

« Les chats persans » raconte une histoire d’amour impossible entre des jeunes prêts à tout pour vivre leur passion et la musique rock dans un pays où elle est bannie. Negar et Ashkan, à leur sortie de prison décident de monter un groupe underground. Lassés de ne pouvoir s’exprimer librement et de risquer l’arrestation à chaque répétition, ils décident de se procurer des papiers pour rejoindre l’Europe. Ils rencontrent Nader qui tombe sous le charme de leur musique et propose de les aider dans leurs démarches. Commence alors un périple au cœur de la métropole iranienne à la rencontre d’autres musiciens pour essayer de les convaincre de quitter le pays avec eux et de monter un concert clandestin pour financer leur départ.

Tournant secrètement pendant 17 jours et nuits, l’équipe du réalisateur irano-kurde se fait arrêter à deux reprises et s’en sort en soudoyant les geôliers avec des cadeaux et des DVD des précédents films de Bahman Ghobadi, tout en prétendant réaliser un documentaire sur les ravages de la drogue en Iran. Pour les scènes de rue avec des policiers notamment, ce dernier emprunte des autorisations de tournage à des amis cinéastes. Loin de pâtir de ces conditions de tournage, se dégage des « Chats persans » un stress et une urgence qui sert au final la trame dramatique du film.

Inspirée d’événements et de personnages réels (les deux acteurs principaux interprétant leur propre rôle du groupe Take It Easy Hospital), l’œuvre oscille entre documentaire et fiction. Charge au spectateur de dénouer le jeu des scènes de la vie réelle. Elle permet aussi de découvrir un Téhéran différent des images qui nous parviennent et montrent habituellement les dirigeants du pays ou les rues en pleine ébullition insurrectionnelle.

On y voit comment les iraniens contournent le système pour vivre la vie dont on les frustre. Passeports, visas, DVD du monde entier, alcool, drogue : tout s’achète et se vend au nez et à la barbe des autorités qui pourtant ne relâchent jamais leur vigilance. Même promener son chien ou sortir avec son chat dans la rue est interdit, le régime ayant décrété que c’était impur. Un après-midi, Negar et Ashkan emmènent leur toutou avec eux en voiture : cruelle erreur. L’animal leur est arraché par la milice et ils ne le reverront jamais.

Devant de telles absurdités, le rock devient une échappatoire au quotidien étouffant et se transforme en espoir d’une vie ailleurs. Si le concert clandestin marchait et s’ils parvenaient à fuir le pays, Ashkan s’imagine réaliser ses rêves : offrir à Negar la tournée internationale qu’elle désire tant, et pour lui, voyager jusqu’en Islande pour voir sur scène son groupe cultissime, Sigur Ros.

Dans la fiction, rien ne va se dérouler comme prévu. Dans la réalité, les deux membres de Take it easy hospital sont devenus réfugiés politiques en Angleterre, enfin libres de vivre leur passion comme bon leur semble mais goûtant à l’amertume de l’exil, loin de leurs proches restés sous le joug d’un régime qui prive de liberté même les chiens.

Sandrine Dionys.

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Facebook de Take It Easy Hospital
Découvrir Sigur Ros : http://www.myspace.com/sigurros

Sandrine Dionys

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