Comme la plupart des artistes, tu portes un nom de scène, Zaho. Que signifie-t-il ? C’est le diminutif de mon vrai prénom, Zahéra, qui veut dire « chanceuse » en français. Donc, Zaho est mon surnom. Tu as pas mal de styles différents, alors comment peut-on définir ce que tu fais ? En effet, j’ai été influencée par plusieurs styles. Moi, je dis que je fais de la musique urbaine et que c’est un mélange de pop, de musique acoustique, de hip-hop et de Rn’b. 

Mais pour commencer, tu nous peux parler de tes débuts pas très banals ?

Tout a commencé en Algérie, mon pays natal. Mes débuts se sont faits à travers des cours de guitare, auxquels mon père m’avait inscrite. C’est à 18 ans que j’ai été au Canada. Là-bas, alors que je faisais des études supérieures, j’ai rencontré des musiciens, dans des studios, et j’ai réalisé des maquettes qui se sont baladées de mains en mains. J’ai eu des retours très positifs. C’est à ce moment-là que j’ai consacré ma carrière à la musique et au chant.

Tu retournes parfois en Algérie et au Canada ?

J’habite encore au Canada actuellement. Quant à l’Algérie, j’y suis retournée il y a deux mois, pour une émission très regardée mais je suis restée 24 heures ! Par contre, ce voyage m’a permis de faire l’émission, de retourner dans le quartier où j’ai grandi et de revoir mes voisins…

Des Algériens suivent ce que tu fais ?

Beaucoup. Ils sont contents de voir une meuf de leur quartier, qui a grandit près d’eux, à la télé sur TF1 ou France 2. C’est que qui les faisaient rêver !

Et la télé aussi, pour toi, c’était un rêve ?

Oui, mais je me disais que ça ne se réaliserait pas. Je rêvais. Mais étant quelqu’un de très lucide, je ne compte que sur ce qui est palpable, que sur du concret ! Le truc, c’est qu’il n’y pas vraiment d’écoles pour faire ça, c’est le hasard, des rencontres, du talent, de la volonté et de la persistance, qui font qu’un jour on y arrive !

A tes débuts, pour te faire connaître, tu as chanté avec beaucoup de rappeurs et tu as fait beaucoup de duos. Comment acquiert-on son indépendance ?

Si tu fais juste un refrain, que tu n’as pas d’identité vocale et qu’artistiquement c’est une voix de choriste, tu passes inaperçue et deviens la voix des refrains des rappeurs. Moi, à chaque fois que j’ai collaboré avec eux, j’ai rencontré l’artiste et il y eu un vrai échange. J’écris même en studio avec l’artiste et je propose des choses. C’est une collaboration, donc je n’ai pas souffert de cette image de « meuf à featuring » car, à chaque fois, j’explore une nouvelle facette de moi-même.

On va en venir à ton premier album, « Dima ». Il démarre bien ?

Ça démarre bien, j’en suis assez satisfaite. J’arrive à remplir des salles en une semaine. Je suis surtout contente que les gens réagissent positivement.

Pourquoi a-t-il mit autant de temps avant de sortir ?

J’aurais pu en sortir trois avant celui-ci, j’avais de la matière. Mais je voulais être sûr d’être entourée de la bonne équipe. Quand je démarchais les maisons de disques, il y avait une politique spéciale : il fallait faire du hip-hop, ou du rap, ou du Rn’b, ou de la pop, ou de la guitare voix, mais pour moi, qui ai beaucoup de facettes, c’était impossible. Une fois j’ai trouvé la personne qui a cru en moi, et j’ai sorti « Dima ».

Nous sommes venus à ton concert à la scène Bastille, à Paris. Il y avait beaucoup de drapeaux de ton pays, l’Algérie. Que ressens-tu sur scène quand tu les vois s’agiter ?

Je me dis que la communauté algérienne est derrière moi. Ça représente mes origines et avoir le soutien de ma propre communauté, c’est super touchant. Mais de voir aussi que je ne parle pas qu’à ma communauté, c’est aussi super touchant. Oui, lors de mon concert à la scène Bastille, il y avait des filles, des garçons de tous âges, avec des mamans et des ados, et c’est super important pour moi.

Et tu as fait ce fameux duo avec un grand chanteur, Idir. Tu pourrais nous en parler ?

C’était exceptionnel, car j’avais déjà écrit et composé la chanson avant de le rencontrer. C’était une chanson pour lui ! J’ai exprimé cette volonté et je me suis retrouvée en coulisses d’un de ses concerts, je ne le connaissais pas. Je lui ai exposé la situation mais il était très neutre. Une fois que j’ai commencé à interprété la chanson, il m’a tout de suite arrêtée et m’a dit : « C’est magnifique alors je la chante mais à une condition… » J’ai cru qu’il allait me parler de business. Finalement, sa condition c’était que je chante avec lui la chanson. J’étais très flattée. C’est un parrain pour moi. On se parle et on s’écrit des SMS pour avoir des nouvelles l’un de l’autre.

Est-ce que quelque chose pourrait t’arrêter un jour ?

J’espère que non ! Une fois que j’aurai fait le tour et que j’aurai tout exploré ou que je me répéterai, j’arrêterai. Mais j’espère que cela n’arrivera jamais !

Honnêtement, tu es assez mignonne, ta musique urbaine plaît, tes tubes passent à la radio et tu fais quelques « unes ». On sait que plusieurs nanas ont débutées comme toi mais ont vite disparus. Tu n’as pas peur de cela ?

La différence c’est que je compose et j’écris mes paroles, pour moi et pour d’autres. Je ne fais pas ça pour passer à la télé ni être dans les magazines, c’est seulement un moyen de communiquer mon art. Ce que les gens ne réalisent pas, c’est que le succès n’arrive pas du jour au lendemain. Mon titre passe partout, mais derrière ça fait sept ans que je bosse, que j’écris. De toute manière, je continuerai quoi qu’il arrive !

On pourrait parler de ton premier titre, « c’est chelou ». C’est autobiographique ?

Oh un petit peu, mais avec une mise en scène. Quand on est artiste il ne faut pas tout déballer comme ça, il faut que ça prenne une autre dimension et que le thème soit intéressant. Justement, ce que je trouve intéressant dans le thème du doute, c’est de le rendre un peu plus comique pour rire de notre propre comportement, lorsque nous allons fouiner dans les affaires de nos mecs, où dans leurs portables… Finalement, il faut renouveler le thème à sa façon.

Tu ne la trouves pas un peu vulgaire cette chanson, avec pas mal de violence ?

C’est que vous n’avez pas compris le titre, tout simplement ! Ensuite, je pense que si elle est vulgaire, des mômes de cinq ans ne la chanteraient pas. C’est du second degré ! C’est comme le film « Kill Bill » : tellement violent que c’est drôle ! Après, qu’elle soit vulgaire à vos yeux, j’assume, car je l’ai écrite. On ne m’avait jamais fait cette remarque. Au contraire je vois des mères l’apprendre à leurs enfants. Dans le clip, on voit que c’est un monde imaginaire !

Dans tes chansons, tu ne parles jamais de politique. Tu n’es pas engagée ?

Vu que j’ai trois cultures (Algérie, Canada, France), quelles politiques vais-je aborder ? J’aurais la prétention de parler politique le jour où un thème me touchera.

Tu veux dire que rien ne te touche actuellement ?

Si, mais je ne ressens pas le besoin d’en parler dans une chanson ! Une chanson c’est une rencontre entre un thème et une musique, cette rencontre ne s’est pas encore faite pour parler politique ! Maintenant, je parle plus des relations humaines que des relations politiques, car les relations sociales sont plus vraies !

Par exemple, tu pourrais nous donner ton point de vue sur le mariage de Lille ?

Je ne suis pas au courant !

Tu ne t’informes pas alors !

Je suis super occupée mais je ne sens pas le devoir d’être au courant de tout !

Tu es peut-être au courant que le président français est Nicolas Sarkozy ?

Oui.

Tu aurais des choses à dire à son égard ?

Déjà, je ne suis pas française. Mais je vois des gens en colère, alors j’imagine que ces engagements ne sont pas respectés. Sans vouloir être mauvaise langue, je ne sais pas ce qu’il a fait de positif, mais il n’a pas l’air de convaincre les Français.

Alors, tu pourrais nous parler de la politique algérienne, ta culture principale, celle de Bouteflika ?

Par rapport à l’époque où je vivais : là bas, il y une grande amélioration ! Par exemple, Bouteflika arrive à contrôler les dettes algériennes. Maintenant, je ne vis pas là-bas, il faudrait demander à ceux qui vivent là bas !

Quelles sont les artistes féminines que tu apprécies ?

J’aime beaucoup Souad Massi, ou Diam’s. Mais il y aussi les artistes masculins comme Sefyu, Kery James…

Dernière question. On trouve beaucoup de jeunes filles, en banlieue, qui voudraient s’en sortir comme toi. Quel conseil leur donnerais-tu ?

Ne pas faire ce métier pour être vue à la télé mais pour amour de l’écriture et de la musique. Il ne faut surtout pas copier quelqu’un !

Propos recueillis par Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Vous pouvez retrouver le premier album de Zaho, « Dima », dans les bacs et la (re)voir en concert au Trabendo, à Paris, le 23/06.

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