Ce jeune homme d’origine haïtienne a un parcours très singulier. Parti d’un bac sciences médico-social, il devient chargé de communication, web-master tout en s’épanouissant dans l’écriture. Rencontre.

« Un pays où il pleut du soleil », c’est ainsi que Jean-Daniel Daumont décrit Haïti dans son dernier livre, Láska. Ce jeune homme a grandi à Haïti jusqu’à ses 17 ans, lorsqu’il part rejoindre ses parents à Paris où ils font des ménages. C’était l’hiver. « Je suis arrivé en tee-shirt, se souvient-il. Ma mère avait un gros manteau et je ne comprenais pas. Le froid est une sensation qu’on ne connaît pas ! »

Malgré un bon parcours scolaire dans son pays, il doit reprendre un cursus français à partir de la classe de troisième. « J’ai de la chance, je viens d’une famille qui accorde une grande importance à l’éducation », souligne-t-il. Il passe un bac sciences médico-social pensant pouvoir devenir médecin par cette voie. Mal orienté, il se dirige finalement vers le secrétariat médical. Il occupe son premier emploi en 2005 dans ce domaine à l’hôpital de la Salpetrière.

Le jeune homme se débrouille bien. Il continue le secrétariat médical pour la coordination régionale de lutte contre le VIH (COREVIH). Très vite il se fait remarquer et on lui propose un poste d’assistant de direction. « Peu de monde croyait que j’y arriverai », se souvient-il en rigolant. Il est ensuite promu au poste de communicant. Alors qu’il occupe ce poste, il s’inscrit parallèlement à une formation à distance pour obtenir un diplôme de webmaster. « Mais j’ai compris que ce n’était pas trop mon truc d’être employé », plaisante-t-il. Il a alors l’idée de devenir son propre patron et de créer son entreprise. Il lance alors en 2009 une auto-entreprise de création de sites internet. Contacté par la fédération des auto-entrepreneurs, il devient l’un des référents en Ile-de-France.

Même s’il aime la France et qu’il ne se voit pas rentrer à Haïti, il constate malgré tout avec impuissance l’importance de la couleur dans son pays d’accueil. « Je pense que les gens estiment qu’un Noir a moins de facultés intellectuelles qu’un autre, commente-t-il. C’est une réalité on ne va pas se le cacher. » Malgré ce sentiment de discrimination, il avance pas à pas. « Aujourd’hui mon entreprise se porte bien, confirme-t-il. J’ai une visibilité sur les cinq prochaines années. » Un bilan positif qui ne le satisfait pourtant pas encore totalement. « Mon objectif est d’embaucher au moins une personne, avance-t-il. Pourquoi rester sur place quand on peu aller plus loin ? »

Et pour aller plus loin, des projets, il en a en pagaille. Il espère notamment réaliser une base de données francophone sur la santé, Diapomed. Mais par dessus tout, il privilégie l’écriture. « Quand je suis arrivé en France je voulais écrire, se rappelle-t-il. L’écriture c’est ce que j’ai toujours fait depuis l’âge de 15 ans. » Il publie pour la première fois dans un ouvrage collectif en 2010, Le Damier 23. L’année suivante, paraît un ouvrage plus personnel, un recueil de poésie, A cœur ouvert. Son dernier livre, Láska, paru il y a peu, est cette fois une auto-fiction. « C’est une fiction inspirée de mes rencontres, explique-t-il. Je souhaitais partager une partie de mon histoire et ma vision de la vie. » Et comme le jeune homme n’est jamais sans projet, le prochain roman est déjà en cours d’écriture.

Charlotte Cosset

Articles liés

  • Sim Marek : Le street art comme échappatoire

    Des murs de Tunis à ceux de Paris, Sim Marek est désormais un street artiste reconnu dans le milieu. Graffeur, plasticien et tatoueur, il est aussi membre de L’atelier des artistes en exil. Entre les pschitts et l’odeur enivrante de la peinture, Sim revient sur son parcours. Portrait.

    Par Vera Fesquet
    Le 24/01/2023
  • Tirailleurs : projection exceptionnelle à Bondy, pour ne pas oublier

    Mercredi soir, le ciné Malraux de Bondy projetait le film Tirailleurs en présence de quatre anciens tirailleurs bondynois. Le réalisateur Mathieu Vadepied, l’acteur Bamar Kane, Aïssata Seck et Christiane Taubira étaient au rendez-vous. Un événement pour ne pas oublier ces soldats morts pour la France.

    Par Névil Gagnepain, Félix Mubenga
    Le 20/01/2023
  • Jok’Air de retour au collège pour offrir sa BD

    Le rappeur parisien était de retour sur les bancs de l’école dans le 13e arrondissement de Paris. Accompagné de l’association « La mélodie des quartiers », il a offert des exemplaires de sa nouvelle BD autobiographique aux élèves du collège Thomas Mann. Reportage.

    Par Félix Mubenga
    Le 20/01/2023