Votre librairie est joliment meublée…
Ça a paru un peu luxueux à nos clients au début… Ça leur a fait un peu peur pour  nos prix mais ils ont vite réalisé que nos tarifs sont très raisonnables.

Quand avez-vous ouvert votre librairie ?
J’ai ouvert la librairie en juin 2008. C’était une création de clientèle : auparavant se tenait ici une boucherie.

Que faisiez-vous auparavant ?
Je travaillais dans la presse, au Tabac du Vert Galant, juste à côté de la librairie. Auparavant il y avait la librairie Pasteur mais elle a fermé fin 2006. Il n’y avait  plus rien pour la remplacer. On avait beaucoup de demandes de livres. Mais la presse ne fonctionne pas de la même manière qu’une librairie. On ne commande pas les livres aussi facilement, ce n’est pas le même circuit d’approvisionnement. Et puis ce local s’est libéré. Ici c’est mon quartier d’enfance… Le besoin d’une librairie me semblait réel : j’ai donc changé de métier.

Votre librairie accueille-t-elle des stagiaires ?
En principe, j’accueille un stagiaire par an, dans le cadre du stage d’une semaine  des élèves de 3e. Mais cette année, on me l’a demandé avec beaucoup d’insistance et j’ai accepté deux stagiaires fin janvier et une autre en février. C’est exceptionnel. Ça demande du travail si je veux que ça soit utile au  stagiaire.

Qui sont vos clients ?
La majorité de ma clientèle est prescrite par le secteur public. Je travaille avec beaucoup d’établissements scolaires : écoles primaires, collèges, lycées. Je reçois aussi les commandes de la médiathèque et de la mairie. J’ai mené une activité d’animation autour des livres avec le collège Camille Claudel  et ma commande a augmenté. Côté privé, mes clients viennent de Tremblay, de Villepinte et de Vaujours. Mes clients, c’est un peu tout le monde : des petits papys et mamies aux jeunes des cités. Les grandes occasions d’achat, c’est pour l’esprit cadeau, tout au long de l’année : pour Noël, les anniversaires, les fêtes des mères et des pères… aussi bien pour les adultes que pour la jeunesse. Il faut arrêter de penser que la banlieue et la littérature font deux ! Les gens lisent dans le 9-3 !

Quels sont les goûts de vos clients ?
Un rayon qui tourne très bien, c’est celui du polar. Pour les jeunes, les histoires de vampires, la fantasy et les séries des Twilight. Je n’ai pas la vente pour les rayons spécialisés du type droit, économie, sociologie… Les étudiants achètent à proximité de leurs lieux d’études.

Que remarquez-vous concernant le comportement de vos clients ?
Souvent les clients s’adressent encore à la presse pour commander des  livres et on les renvoie ici. Il y a une confusion des rôles. Le libraire est spécialisé dans la commande des livres. Les clients aimeraient être amenés par la main. Ils ont pris l’habitude de l’amalgame des activités dans les grandes surfaces. Certains enseignants, sur leur commande, indiquent « prix Fnac » : ça me choque ! Il n’y a pas de vraie information sur le prix du livre. Depuis 1981, la loi Lang fixe le prix unique du livre. Ce prix est fixé par l’éditeur, il est imprimé sur la couverture et le vendeur a le droit de proposer une réduction de 5 %. Cette disposition a été prise pour protéger la filière professionnelle du livre. Les libraires sont encore actifs aujourd’hui, tandis que beaucoup de disquaires se sont fait manger par la grande distribution.

Quelle a été l’évolution de votre activité ?
Au bout de 3 ans, on a encore besoin de la commande publique des écoles, mairie et médiathèque. Pour la clientèle du magasin, on progresse mais on n’est pas auto-suffisant.

Est-ce qu’Internet menace votre activité ?
C’est sûr, le web nous fait concurrence. Mais si la crise reste présente et dure, les gens vont revenir à des méthodes moins coûteuses. Il y a un problème de coût avec Internet : on fait payer le transport. Le web est un complément. Ce qui me gêne profondément, c’est quand on oriente le choix des jeunes : on leur présente des livres qu’on ne peut pas feuilleter. A force de tout consommer sur Internet, on va perdre le lien social et tout ce qui va avec… On va trop vers Internet : c’est un outil, pas une fin en soi.

Comment envisagez-vous l’avenir ?
J’ai le projet de trouver un magasin plus grand. Je bénéficie d’une grande réserve mais la boutique est un peu petite. Je suis convaincue d’avoir un potentiel pour vendre plus,  mais  j’ai besoin d’une plus grande offre de choix pour étaler un maximum de livres. Si je trouve un commerce présentant une plus grande surface de vente, je l’achèterai s’il correspond à mes moyens financiers.

Marie-Aimée Personne

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