Elles utilisent l’humour pour faire avancer la cause des femmes. Les militantes du collectif Georgette Sand se battent pour l’idée qu’on ne « devrait plus s’appeler George pour être prise au sérieux. » Quoi de plus logique pour Ophélie Latil et Caroline Henimann que de venir parler de la « valorisation de la puissance des femmes » à la librairie… des 2 GeorgeS, à Bondy ? Les deux femmes étaient accompagnées, ce samedi 16 février, de Rachele Belavicqua, directrice éditoriale des Editions du Portrait et traductrice de Gloria Steinem en France.

Le credo partagé : déconstruire les stéréotypes sur les femmes et renverser les mécanismes de domination. C’est de cela dont il devait s’agir ce jour-là, et de bien plus encore. « Nous travaillons sur la question du genre, la lutte contre les préjugés qu’on pose sur les femmes, expliquent Ophélie Latil et Caroline Henimann. On utilise l’humour car il nous permet de sensibiliser le plus de monde possible. » A leurs côtés, Rachele Belavicqua raconte ce qui l’a amené à traduire le livre de Gloria Steinem, Actions scandaleuses et rébellions quotidiennes, un totem du féminisme américain depuis les années 1960.

On lui demande d’ailleurs pourquoi cette traduction est venue si tard. « Gloria Steinem est tellement connue aux Etats-Unis, souffle-t-elle. Je pense sincèrement que ça ne résonnait pas en France. » Préfacé par Emma Watson, ce livre a pour fonction de dépasser les stéréotypes accrochés à la compréhension du féminisme. « L’idée est d’apporter une approche singulière, un nouvel angle sur ce sujet de la femme et de ses droits, explique l’éditrice. Ma rencontre avec Gloria Steinem m’a permis de passer d’une connaissance cartésienne du féminisme à une compréhension concrète et efficace. »

L’importance d’avoir des modèles féminins est cruciale

Les Georgettes viennent, elles, présenter Ni Vues, ni Connues, un ouvrage dans lequel elles présentent 75 figures de grandes femmes méconnues pour expliquer comment l’histoire, la grande, regorge de mécanismes qui font disparaître ou passer au second plan les figures féminines. Dans un style empli d’humour et de références à la pop culture, ce livre en forme de devoir de mémoire affirme s’adresser aux plus jeunes, les aider à se construire une identité propre au travers de personnalités féminines fortes. Une vulgarisation de l’histoire des femmes à portée de tous, voilà l’objectif, pour poser les bases d’une bibliographie du féminisme plus accessible.

En face, le public est essentiellement composé de femmes. Parmi les rares hommes présents, un de ceux que l’on dénombre fait partie du mouvement, mais il se met volontairement en retrait, laissant la pleine lumière à ces deux collègues féminines. «  C’est important qu’il y ait des hommes pour nous soutenir dans ce combat », assure Ophélie Latil. Et la figure de proue du collectif de poursuivre avec une touche d’humour : « On le dit tous les ans et on y travaille, on veut atteindre la parité dans notre groupe. »  Elle qui a co-dirigé le travail collectif d’écriture du livre en raconte la genèse : « L’’importance d’avoir des modèles féminins est cruciale. Ce genre de livre, on aurait bien voulu l’avoir quand on était enfant.  Je juge que c’est important de publier des auteurs tel que Steinheim pour comprendre que le féminisme concerne tout le monde en réalité. » Les deux autrices déplorent qu’au 21e siècle, il faille encore singer les codes de la masculinité pour se faire une place parmi les grands. « L’auteur du manga Full Metal Alchemist, Hiromi Arakaw, a dû changer de prénom pour ne pas être blacklisté auprès des lecteurs. »

La sororité, pour que les femmes s’entraident dans les cercles de pouvoir

Dans le viseur au fil des prises de parole, l’invisibilisation des femmes dans l’histoire. La préface du livre étaye ce propos. On y parle principalement d’une invisibilisation volontaire due aux pouvoirs coercitifs qu’exercent les codes masculins dans la société. Mais il y a aussi l’invisibilisation par le mensonge, avec la volonté de réécrire l’histoire en diabolisant le personnage de la femme, voire en l’excluant. Pour répondre à ces actions, nos trois invitées appellent à la construction d’une sororité, pour voir les femmes s’entraider dans les différents champs d’activités. « Lorsqu’une femme rentre dans un cercle de pouvoir essentiellement masculin, il est plus important pour elle de se faire une place, rappelle Ophélie Latil. Elle aura plus de mal à faire changer les mentalités par elle seule du fait d’être isolée. Il faut déjà qu’elles soient plusieurs, qu’elles s’aident mutuellement pour valoriser leur propre travail. C’est ce que l’on nomme l’amplification. » Un concept issu des États-Unis, valorisé par les conseillers de Barack Obama, qui a un corollaire : détruire la rivalité entre femmes à des postes décisionnels.

Au-delà du livre et d’internet, le collectif met en place des ateliers spéciaux pour lutter contre le harcèlement de rue ou s’imposer par la parole en entreprise. « Le harcèlement dans les transport en commun reste un chantier, souligne Ophélie Latil. Il y a des techniques que l’on partage pour sortir de situation de harcèlement en douceur sans violence, par exemple. La réaction des autres, des gens autour, est également décisive. Il ne faut pas hésiter à filmer. » Une question se pose, enfin, sur la place des hommes dans ce combat. « Dans les grands groupes, pour parler de ce que je vis au quotidien, la politique de discrimination positive instaurée a un revers, déplore Caroline Henimann. J’entends beaucoup d’hommes dire que tel femme a été choisie par rapport à son sexe, et non pas uniquement sur ces compétences. J’ai l’impression d’une histoire sans fin. »

Jimmy SAINT-LOUIS

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