Un petit carreau de faïence émaillé et taillé à la main : le zellige séduit toujours plus de foyers, et pas seulement dans les banlieues. Dans l’entrée de chez Fatiha et Hichem, un couple de Parisiens, un guéridon de fer forgé au plateau de faïences annonce la couleur. Tous deux sont passionnés par l’art du zellige. « J’ai grandi dans des intérieurs décorés à l’occidentale, raconte Fatiha. Avant de quitter le domicile de mes parents, j’ai toujours imaginé ma future maison ornée de mosaïques, comme celles du bled. » Une envie que cette femme d’origine algérienne réalise et partage avec son mari. Tous leurs objets en zellige proviennent du Maroc. « C’est là-bas qu’on trouve la meilleure qualité », affirme le couple.

Les mosaïques ont coutume d’embellir les murs des hammams et mosquées et de la plupart des demeures traditionnelles dans les régions du Maghreb et d’Andalousie. Ces dernières années, ce style fait fureur au nord de la Méditerranée : tables, carrelages, fontaines, assiettes, bols, saladiers en zellige fleurissent en tout genre. On en parle de plus en plus dans les magazines de déco. Les supermarchés comme Carrefour et Leclerc mettent en place des rayons entiers dédiés à ces mosaïques. En cette période de fin d’année, les prospectus présentent les objets en zellige comme des idées de cadeau pour Noël. Vrai zellige ou imitation, toujours est-il que le goût de l’oriental est palpable.

Les deux boutiques d’Art & Sud déco, implantées en plein cœur de Marseille et Paris, sont spécialisées dans cet artisanat. Les modèles colorés forment un décor magique. Le client est roi dans ce palais du zellige, où il peut commander ses propres objets sur mesure et choisir des morceaux vendus au mètre carré ou au mètre linéaire pour les frises. « Les petites pièces en vrac intéressent beaucoup les clients », remarque Ryme Alaoui, la responsable de la boutique à Marseille.

Les amateurs d’architecture, eux, peuvent bénéficier des précieux conseils de cette zelligie qui a hérité d’un savoir-faire ancestral. « Quand j’étais enfant, je passais des journées entières à contempler les modelages de mon grand-père », se souvient Ryme. Les produits sont tous fabriqués à Fès dans l’atelier familial. La pratique de cet artisanat dure depuis plus de mille ans ; elle perdure depuis cinq générations chez les Alaoui.

Alors, comment sont conçues les pièces de zellige ? L’argile de départ, après avoir été trempée dans l’eau, malaxée et coulée dans des moules pour former les carreaux, est introduite une première fois dans un four de brique. C’est lors de cette cuisson qu’apparaît la couleur des motifs. « En plus des vingt-sept coloris que nous produisons déjà, nous essayons de créer des coloris plus originaux comme le parme, le turquoise et dernièrement, la couleur pêche », explique la zelligie.

Chez Art & Sud déco, d’autres produits fabuleux rappellent les senteurs du Maghreb, parmi lesquels des poteries, des tapis en laine de soie rouge, des poufs, des lanternes aux couleurs flamboyantes, des bancs et chaises en fer forgé. L’imagination s’éveille dans ce tourbillon de zellige. Fatiha et Hichem raffolent de ces objets et ne manquent pas de dénicher les bonnes affaires en la matière. Histoire d’emporter avec soi un pan de culture marocaine.

Nadia Boudaoud

Nadia Boudaoud

Articles liés

  • « Freda » : Ôde à la résistance haïtienne et féminine

    Présenté dans la catégorie Un Certain Regard et deuxième film haïtien à être présenté au festival de Cannes depuis 1993, Freda est un film important et immersif sur la jeunesse féminine haïtienne telle qu’elle est. Analyse et interview de la réalisatrice Gessica Généus.

    Par Farah El Amraoui
    Le 18/10/2021
  • « Reconnaître le 17 octobre 1961 c’est reconnaître les autres combats contre un système d’impunité »

    Le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 n'est toujours pas reconnu comme un crime d'État. Malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, la France ne se considère toujours pas responsable d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Fabrice Riceputi, historien, revient sur cette nuit sanglante et rappelle les enjeux d'une reconnaissance encore loin d'être gagnée. Entretien.

    Par Amina Lahmar
    Le 17/10/2021
  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021