Quatre ans après avoir réalisé « Les mécaniques de l’ombre », Thomas Kruithof revient avec « Les promesses » sorti en salle le 26 janvier dernier. Isabelle Huppert et Reda Kateb interprètent une maire d’une ville de Seine-Saint-Denis et son directeur de cabinet, qui ont pour dernier objectif de boucler le dossier brûlant de la cité des Bernardins devenue symbole du mal logement. Porté par un duo complémentaire, ce film reflète les rouages cachés de la politique locale face aux aspirations individuelles, taboues parfois, des responsabilités nationales.


La bande-annonce du film « Les promesses ». 

Clémence Collombet est maire d’une ville anonyme du 93 depuis près de douze ans. Elle arrive au terme de son second mandat et malgré les élections municipales qui approchent, elle décide de ne pas se représenter. Elle souhaite céder sa place à Naidra, son bras droit politique, que Clémence a adoubé pour lui succéder.

Avant de tirer sa révérence, Clémence veut boucler un dossier urgent : celui de la cité des Bernardins devenu un quartier dégradé à tendance explosive. Son directeur de cabinet, Yazid Jabbi (campé par Reda Kateb) est son bras droit et confident, et pour qui la cité des Bernardins a une grande valeur sentimentale. Ce sont ces murs qui l’ont vu grandir et qui ont besoin d’être réhabilités, quitte à engager le rapport de force politique en interne.

La Seine-Saint-Denis : un terrain de jeu politique abandonné

Ce film nous amène au cœur de la cité des Bernardins : un quartier défavorisé aux appartements usés par l’humidité. C’est autour de ce territoire que convergent les conflits. Entre les habitants lassés par leurs conditions de vie inchangées, les élus dont on espère qu’ils tiendront parole face à des représentants nationaux qui font la sourde oreille.

Le malheur des locataires fait le bonheur des marchands de sommeil. Dans ce film, l’un d’eux est interprété par Soufiane Guerrab, vu dans le film La vie scolaire, dans la peau de M. Esposito. Il est payé pour louer à des prix démesurés, des appartements surpeuplés à des exilés. En dépit de leur sécurité et de leur bien-être, ces propriétaires véreux prospèrent en l’absence de mesures de rénovations et de prise en charge des personnes en situation irrégulière. Ces scènes tristes de réalisme sont entrainées dans une intrigue efficace et très bien ficelée.

Les promesses dépeint un cas qui n’est pas isolé, souvent chroniqué au BB. Il fait résonner les discours actuels trop peu écoutés par la représentation nationale de ces mêmes habitants. Les Bernardins reflètent un certain schéma de la banlieue. Une Seine-Saint-Denis si proche de Paris mais loin des ors de la République. Lassés des projets laissés en l’air, plus personne n’y croit, à commencer par les principaux concernés : les habitants. « Des plans ça fait 20 ans que j’en vois passer, l’Etat trouvera toujours une bonne raison pour ne rien faire », glisse l’un des personnages clés de la révolte citoyenne.

Dans ce marasme local, Clémence cache à son fidèle collaborateur la proposition de poste ministériel qu’on lui fait. Cette offre lui fait espérer un avenir plus grand après son mandat municipal, plaçant le cas des Bernardins au second plan…

Une situation qui profite aux marchands de sommeil

Ce long-métrage met le doigt sur un sujet aussi important que concret : les routes de l’ambition pour le  pouvoir qui mènent souvent aux désillusions citoyennes. Le réalisateur Thomas Kruithof illustre de manière brillante la complexité des relations entre l’élu, les citoyens et la quête toujours plus forte, presque absolue, d’un pouvoir plus grand. Le duo engagé Huppert-Kateb aura tenu ses promesses jusqu’au bout.

Inès Boudabbous

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