L’euphorie des Césars en plein mois de septembre, c’est possible ! Sauf que, hier soir, devant le théâtre du Chatelet, les flashs crépitaient moins et le tapis rouge répondait absent à l’appel des accessoires in-dis-pen-sables à une cérémonie. Pourtant, ça pousse et ça gueule pour pouvoir entrer aux Trophées des arts afro-caribéens (ex-Césaire). Les barrières vont bientôt lâcher et les mastodontes de la sécurité s’avoueront vaincus. Christophe, un spectateur que cette pagaille incroyable rend hilare, avoue « ne pas savoir en quoi consiste exactement la soirée » à laquelle il va assister. « Pour moi, c’est une découverte. »

L’organisation n’est pas parfaite, elle est même assez médiocre pour un événement qui s’annonce « exceptionnel ». Des robes ornées de brillants tentent de donner le change. Beaucoup ignorent que l’organisation de cette troisième édition fut très mouvementée. D’une part, la mairie de Paris qui pointe son nez et allonge 100 000 euros sur la table. D’autre part, les proches d’Aimé Césaire qui refusent que la cérémonie porte le nom du défunt. En 2008, on appellera donc ça « Les Trophées des arts afro-caribéens ».

Pour ne rien arranger, voilà le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) qui crie à la censure. D’après une feuille distribuée en salle de presse par Louis-Georges Tin, « le jury littéraire des trophées a découvert, à son insu, qu’un livre contre le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy (« L’Afrique répond à Sarkozy », éd. Philippe Rey) a été retiré de la sélection officielle, sûrement pour ne pas déplaire à la direction de France 2, qui enregistre la cérémonie ». L’ouvrage a été réintroduit in-extremis dans la sélection par le comité d’organisation pour éviter un clash dommageable. Mais ce jury-là a refusé de voter pour la catégorie « essais ».

Le prix a tout de même été attribué. Il est revenu à François Durpaire pour « L’Amérique de Barack Obama » (éd. Demopolis). Louis-Georges Tin, membre du jury en grève, un proche du maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë, dit ignorer qui a bien pu voter. Les organisateurs démentent catégoriquement les propos de Tin.

20h30 : quelques starlettes du petit écran suscitent l’excitation. Devant l’entrée dérobée pour VIP, le chanteur Willy Denzey avoue lui non plus « ne pas connaître le but de la soirée ». Pourtant, un peu plus tard, il recevra un prix. Dans la salle réservée à la presse, là encore, l’organisation laisse à désirer. Les journalistes, postés devant un téléviseur, sont dépités. L’un demande même « un boycott ». Le responsable com’ entre en action. Il rassure l’assistance et promet que les peoples viendront.

Quarante minutes de retard sur l’horaire prévu. Le jingle marquant le commencement de la cérémonie retentit enfin. L’animateur vedette de France 2, Olivier Minne (vous savez, le baraqué de Fort Boyad !), présente la soirée en duo avec Sonia Rolland, ex-Miss France. Sur scène, les prix se succèdent, les chansons aussi. Devant son poste, le bon téléspectateur se satisfera peut-être de cette cérémonie réglée comme du papier à musique.

La salle de presse pousse un « ouf » de soulagement quand quelques têtes connues font leur apparition pour se prêter au jeu des questions-réponses. Malamine Koné (trophée d’honneur), directeur de la marque ultra-connue Airness, juge cette cérémonie « importante ». Avant d’indiquer qu’il a « aidé financièrement ce projet ». L’homme, qui va « signer des contrats avec l’Oréal », part.

Puis, dans l’arène médiatique affamée, c’est le taureau Pascal Gentil, médaillé de bronze de taekwondo à Pékin, qui débarque. Lui aussi, peu bavard, estime que c’est « un événement rare ». Enfin, la réalisatrice Yamina Benguigui arrive. Mais aujourd’hui, Benguigui vient surtout en tant qu’adjointe au maire de Paris. Pour elle, « Paris doit être un leader en participant à de tels projets ». Dans les couloirs, on salue chaleureusement Lilian Thuram. On croise Soprano.

Ultime précision destinée aux mauvaises langues : cette soirée qui honore uniquement les artistes afro-caribéens, n’avait rien de communautariste…

Mehdi Meklat

C’est nettement plus sympa dans les coulisses


Trophées des arts afrocaribéens 2008
envoyé par Bondy_Blog

Vidéo réalisée par Widad Kefti

La cérémonie sera diffusée le 28 septembre à 20h40 sur France 0.

Légendes photos article, de haut en bas : hôtesses de la soirée; la slameuse Delphine II (à gauche) avec une amie; spectateurs dans l’entrée du théâtre du Châtelet.

A suivre en ligne : deux autres articles sur l’événement.

Mehdi Meklat

Articles liés

  • Amandine Gay, ‘une histoire à soi’ pour raconter les non-dits de l’adoption

    Dans son dernier film ‘Une histoire à soi’, la réalisatrice Amandine Gay propose cinq récits intimes de personnes adoptées à l'international. Sur fond d'archives personnelles, les protagonistes livrent leurs questionnements tout au long de leur parcours de vie, au sujet de leur adoption. Des témoignages forts qui ouvrent une discussion plus large sur la famille, la parentalité, l'acculturation ou encore la quête identitaire. Entretien. 

    Par Louise Aurat
    Le 13/07/2021
  • « Gagarine », cité céleste sur grand écran

    Une cité devenue film. Le premier long métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sort ce mercredi 23 juin au cinéma. À quelques jours de sa sortie nationale, le film était projeté en avant-première au cinéma le Luxy, situé à quelques mètres de l'ancienne cité Gagarine (Ivry-sur-Seine), au centre de cette histoire étonnante et poétique. Reportage et témoignages.

    Par Louise Aurat
    Le 23/06/2021
  • Kery James à l’INA pour guider les jeunes vers le « show-business »

    Accéder aux métiers de l’audiovisuel, sans diplôme, ni réseau : c’est la promesse de la classe Alpha, une promotion de 100 jeunes guidés par l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Et pour les aider à garder la motivation, qui de mieux que Kery James pour animer une master class attendue par tous. Le dramaturge, réalisateur et artiste a pu échanger avec ses jeunes sur son expérience et son parcours.

    Par Nolwenn Bihan
    Le 02/06/2021