Si on pouvait faire une omelette forestière avec des films, Tarantino serait la poule aux œufs d’or. Un des génies du septième art. J’ai tellement de respect pour le personnage que si je le surprends au lit avec ma femme, je jure que je fais le café ! Et je sors l’expresso des gourmets pour l’occasion, l’Arabica des grands jours !

Quentin, maintenant que t’es un peu de la famille, faut que je te parle vrai. On ne dessine pas une bistouquette sur La Joconde, même si on est Picasso.

Once Upon a Time in Hollywood ? Un très bon film. Du cousu main. Leonardo Di Caprio et Brad Pitt sont sublimes, pas seulement grâce à leurs avantageux minois qui vieillissent comme du bon Petrus. Une magnifique déclaration d’amour au passé glorieux d’Hollywood.

Le souci, c’est que le film met en scène Bruce Lee, à l’époque où le cinéma américain le traitait comme du caca de chèvre. J’exagère mais c’est presque pire : les producteurs ne voyaient en lui qu’un petit chinetok au chapeau pointu. A peine assez bon pour jouer le chauffeur du Frelon Vert. Une infamie qui ne sera réparée que bien trop tard dans Opération Dragon, après que l’acteur est devenu une immense star mondiale grâce aux réalisateurs de Hong Kong.

Bruce Lee battu par Brad Pitt… No comment

J’aurai aimé que Monsieur Tarantino répare cette injustice, qu’il dise dans son film : « On avait Bocuse, on l’a mis à la plonge ». Au lieu de ça, Bruce Lee est dépeint comme un personnage ridicule, hâbleur et vantard persuadé de pouvoir battre Mohamed Ali en combat. Pire : Brad Pitt lui met une sévère rouste.

C’est assez désagréable à voir à l’écran. Bruce Lee n’est pas seulement une immense star partie trop tôt. C’est un monstre sacré. Comme Louis de Funès mais pour la terre entière.

Plus jeune, je me souviens d’un reportage où des journalistes vont au plus profond de la forêt amazonienne pour montrer des images de notre monde moderne à une peuplade indienne isolée du monde. Leur compatriote, le roi Pelé ? Inconnu au bataillon. Mickael Jason ? Kif kif. Neil Armstrong sur la Lune ? De la science fiction. Ce peuple reclus n’a reconnu que deux choses : Charlie Chaplin et Bruce Lee. Le rire et les arts martiaux ont traversé l’inexpugnable forêt amazonienne là où les mousquets des conquistadors avaient échoué. Un Juif et un Chinois comme ambassadeurs du monde moderne au moment où les superpuissances américaine et russe menaçaient de détruire le monde : la magie du cinéma.

Un exemple pour toutes les minorités du monde

Pas un salon en Algérie qui n’a son portrait de Bruce Lee dans un cadre à coté du diplôme du petit dernier. Et cette joie qu’on ressentait dans les années 1980, devant la 5 de Berlusconi, quand le puma noir de René Château Vidéo apparaissait sur le petit écran à 20h30.  René Château Vidéo c’était La fureur du Dragon, Big Boss, Le Jeu de la Mort. Des chefs d’œuvres tout simplement.

Les cow-boys, les soldats, le super flic, Bruce Lee battait en popularité tous ses personnages du grand écran. Il donnait envie d’être chinois, de pratiquer les arts martiaux, surtout de découvrir cette grande culture et tout son raffinement. In fine, Bruce Lee a réussi à se faire un nom à Hollywood. Un exploit dans un monde dominé par les producteurs et acteurs blancs. A l’époque, Chuck Norris avait été le seul « typé européen » à accepter d’apparaître à l’écran battu par un Asiatique dans La fureur du Dragon. Comme quoi l’humilité paye. Sa carrière était lancée.

Shannon, la fille de Bruce Lee, s’est plainte du traitement que le film réserve à son père. Je la rejoints dans la critique, même si Tarantino, qui a oublié d’être bête, affirme s’être inspiré de la biographie de l’acteur pour la scène où ce dernier se vante de pouvoir battre Mohamed Ali, certes une autre icône qu’il est difficile d’égratigner.

Je ne suis pas un idolâtre. On peut toucher à des monstres sacrés. Surtout quand on apprend, qu’au final, il n’était que des monstres tout court, sous leur couronne de roi du je sais pas quoi. Bruce Lee, lui, est mort en pleine gloire en montrant au monde qu’on pouvait se hisser au sommet sans être blond aux yeux bleus, en assumant pleinement sa culture d’origine.  En 2019, 36 ans après sa mort, il méritait un meilleur hommage.

Ceci étant dit, l’erreur est humaine. Quentin, tu passes à la maison quand tu veux. A l’heure du thé, je préfère…

Idir HOCINI

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