Au milieu des stands, un espace aux murs roses vante les mérites des internats d’excellence. Je vais à la rencontre de Pol Creignou, responsable de la mission internat d’excellence à l’ANRU. Il s’occupe de tout ce qui concerne les bâtiments, de trouver les emplacements qui abriteront ces établissements hors normes. Il est aussi celui qui cherche des financements en lien avec la région et le département. Très vite, il enchaîne et s’attarde sur le concept: « c’est avant tout un projet pédagogique qui s’occupe du temps des jeunes après l’école (17h / 21h) où les internes peuvent découvrir des activités comme le théâtre, plein de sports mais surtout  bénéficient de l’aide aux devoirs ». Les parents pour faire bénéficier leurs rejetons de ce dispositif doivent débourser 150 euros par mois.

L’initiative est destinée «  à priori aux élèves en difficulté du fait de leur milieu familial c’est-à-dire ceux qui n’ont pas la place pour travailler chez eux. On pense souvent aux jeunes des cités, mais ça concerne aussi les jeunes issus de milieux ruraux où l’appartement est trop petit. Il y en a qui ont besoin d’être déconnectés de l’ambiance du quartier. » Bien entendu, ces havres de paix scolaire ne naissent pas en un clin d’oeil. Pol Creignou insiste sur la lenteur de l’entreprise et de la rénovation des bâtiments.

Pour autant cette initiative n’est-elle contreproductive? Un moyen d’ôter tous les bons éléments des quartiers? Il rejette cette objection. D’après lui: « à  partir du moment où ils sont bons, c’est qu’ils y arrivent et qu’ils n’ont pas besoin d’internat, on prend les jeunes qui ont besoin de nous, qui ont envie de travailler mais qui ont des résultats très moyens »

Je rencontre ensuite Jean-Michel Colonna, son collègue qui lui s’occupe du « recrutement » des jeunes puisqu’il travaille pour le ministère de l’Education nationale. Il insiste sur le fait qu’il faut que les élèves soient volontaires et que pour trouver ces élèves, il faut que l’information circule (CPE, Professeur principal, proviseurs…).

Ces deux responsables m’ont en quelque sorte vendu du rêve pendant une demie-heure en soulignant le fait que les internats d’excellence ne sont pas des pièges à bons élèves. A la fin de l’entretien ils m’interrogent « Et vous, vous venez de quel établissement? – Jean Renoir, à Bondy ».  – «  Ah. » Sans commentaires.

Sarah Ichou

Articles liés

  • Amandine Gay, ‘une histoire à soi’ pour raconter les non-dits de l’adoption

    Dans son dernier film ‘Une histoire à soi’, la réalisatrice Amandine Gay propose cinq récits intimes de personnes adoptées à l'international. Sur fond d'archives personnelles, les protagonistes livrent leurs questionnements tout au long de leur parcours de vie, au sujet de leur adoption. Des témoignages forts qui ouvrent une discussion plus large sur la famille, la parentalité, l'acculturation ou encore la quête identitaire. Entretien. 

    Par Louise Aurat
    Le 13/07/2021
  • « Gagarine », cité céleste sur grand écran

    Une cité devenue film. Le premier long métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sort ce mercredi 23 juin au cinéma. À quelques jours de sa sortie nationale, le film était projeté en avant-première au cinéma le Luxy, situé à quelques mètres de l'ancienne cité Gagarine (Ivry-sur-Seine), au centre de cette histoire étonnante et poétique. Reportage et témoignages.

    Par Louise Aurat
    Le 23/06/2021
  • Kery James à l’INA pour guider les jeunes vers le « show-business »

    Accéder aux métiers de l’audiovisuel, sans diplôme, ni réseau : c’est la promesse de la classe Alpha, une promotion de 100 jeunes guidés par l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Et pour les aider à garder la motivation, qui de mieux que Kery James pour animer une master class attendue par tous. Le dramaturge, réalisateur et artiste a pu échanger avec ses jeunes sur son expérience et son parcours.

    Par Nolwenn Bihan
    Le 02/06/2021