Ramener sa progéniture à la maison à tout prix : c’est la décision que prend Hakim, (Roschdy Zem) quand il apprend que sa fille ainée Leila – partie étudier la coiffure à Paris – ne rentrera pas pour Noël à la maison. Ce père de famille s’est installé dans une zone rurale du Jura après avoir fui la guerre civile d’Algérie au début des années 1990. Il y vit avec Latifa, son épouse et Nedjma (Natacha Krief), leur fille cadette.

Leïla Ben Yedder vous dites ? On ne connaît pas !

«  Tu veux m’accompagner ? », propose Hakim à sa fille. Nedjma est ravie, elle va enfin pouvoir découvrir la capitale ! Le duo père fille « descend » à Paris et se rend au salon de coiffure où Leïla est censée travailler : « Leïla Ben Yedder vous dites ? On ne connaît pas ! ». Ils essayent à son domicile mais trouvent porte close. C’est assis dans le cage de son escalier qu’ils s’assoient, désespérés, à attendre son retour. Heureusement, la gardienne de l’immeuble leur donne une piste. «  Allez voir le bar qui fait l’angle, le Select, elle y travaille de temps en temps ! ».

Dans l’établissement, le bruit des verres qui tapent les uns contre les autres se confond avec le brouhaha général des clients qui papotent. Hakim n’a pas l’habitude de fréquenter ces lieux. Le gérant du Select le rassure : c’est la première fois qu’il entend du bien de sa fille depuis son arrivée : « Dites-lui qu’elle peut revenir quand elle veut ! ».

Quête dans la nuit parisienne interminable

Hakim et Nedjma se perdent dans les rues de la capitale mais Nedjma réussit a faire le guide grâce à son smartphone. De fil en aiguille, le duo se retrouve devant un club à Pigalle où le videur propose à Hakim de repasser à 22h pour avoir plus d’infos. Cette fois, sans Nedjma. Hakim découvre le monde de la nuit, ses excès, ses codes. Une longue nuit commence alors pour lui.

« Taxi, au Pharaon club, rue de la paix ! », s’exclame Dounia au chauffeur d’un taxi qu’elle arrête d’un geste de la main. Cette prostituée cinquantenaire compatit à la douleur de ce père et l’envoie sur la piste d’un certain Mourad, le prétendu copain de sa fille. Hakim se retrouve dans un espace privé où femmes et hommes s’enlacent autour de verres alcoolisés et de chichas. Chevelure à l’italienne et chemise cintrée, Mourad est installé à l’étage, entouré de plusieurs jeunes femmes. Hakim demande à voir Leïla pour un prétendu client. Mourad lui rétorque qu’elle n’est pas là ce soir mais lui envoie Jessica, une amie de Leïla. Hakim convint cette dernière de l’emmener voir sa fille : « Je te paye tout ! ».

Jessica entraine le père dans un second lieu encore plus libertin mais plus chic. Robe très courte et regard aguicheur, Jessica ne tarde pas à abandonner ce père de famille au bar pour un homme qui la regarde fixement. Hakim se retrouve alors seul et son regard dévoile sa peur pour sa fille.

Amour et non dits entre un père et sa fille

Naidra Ayadi, César du meilleur espoir féminin en 2012 pour son rôle époustouflant de flic dans le film « Polisse » de Maïwenn, signe ici un premier long-métrage touchant sur les liens complexes familiaux, sur les non dits entre une fille et son père, sur le poids de l’ascendance et du respect des parents qui peuvent peser sur les épaules de enfants de l’immigration.  « Ma fille », tiré du roman « Le Voyage du Père » de Bernard Clavel, tente également de croiser plusieurs mondes, le rural et l’urbain, la famille rassurante et l’individualisme solitaire, le jour et la nuit qui intrigue. Ce film jongle également avec subtilité et intelligence entre moments de silence et instants de colère du père qui s’inquiète de sa longue quête dont il ne voit pas le bout. 

Roschdy Zem joue à merveille le rôle de Hakim, père bouleversant par sa pudeur, sa timidité ; un père immigré perdu dans un monde qu’il a fui et qu’il ne reconnaît plus, Paris où il a vécu il y a vingt ans. Regret, en revanche de voir la capitale un peu trop réduite aux images de débauche, d’excès et de violence.

Mohamed ERRAMI

« Ma fille », de Naidra Ayadi, sortie en salles le 12 septembre

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