Le réalisateur, scénariste et directeur photo signe un film, La Vie en Grand, une comédie dramatique qui suit deux adolescents dans la débrouille.
Mathieu Vadepied n’est pas Pierre Moscovici. Il en a pourtant certains traits, certaines ressemblances dans le regard et peut être dans le fouillis des sourcils. Peut-être aussi dans la forme du crâne. Pourtant, il ne parle pas comme un homme politique, mais comme un homme qui regarde ce qui se passe. Comme un réalisateur, depuis qu’il a délaissé sa carrière de chef opérateur pour écrire et monter son premier long métrage, La Vie en Grand.
Le film, en mai, était présenté à la semaine de la Critique à Cannes. Il se regarde comme un conte qui raconte l’histoire d’un enfant, dans une cité de Stains (93), entre l’école et la tentation de l’argent facile. C’est aussi l’histoire d’une amitié, entre lui et un autre gamin. Ils deviendront, lentement, des enfants attachants, parfois flirtant avec l’illégalité, la fureur de la cité et de l’école qui les tient debout. « Ma première envie, c’était de filmer l’enfance. Et c’est une forme d’hommage à cette jeunesse », raconte Mathieu Vadepied.
Avant cette cité de Stains, Mathieu Vadepied a traversé d’autres décors en tant que photographe. Et plus tard, en tant que chef opérateur. « Je n’étais pas très bon à l’école, alors j’ai fait de la photographie. Ça m’a permis d’accéder au monde, de créer un rapport à l’espace ». Il voit les photos de Raymond Depardon. Ses temps de pose infinis pour raconter un endroit, une personne, une ambiance, un paysage. Ses noirs et ses blancs pour graver le temps, l’époque, le moment. « Plus tard, je l’ai rencontré et on a travaillé ensemble ».
« Feel good movie »
Mathieu Vadepied a donc traversé les décors de vies et de cinéma. Quand il devient chef opérateur, il travaille avec Jacques Audiard. Il apprend le doute parce que « les plus grands metteurs en scène ne font que douter ». Et puis, il travaille sur le film « Intouchables » de Nakache et Toledano qui, aujourd’hui, coproduisent La Vie en Grand. « J’ai travaillé sur Intouchables en grande partie pour Omar. C’était pas forcement mon genre de cinéma, mais je me suis laissé tenter ». Il continue : « C’est sur le tournage du film à Bondy que j’ai voulu faire le mien. Je voulais creuser ».
image1-2Il regarde les cités, les barres, les immeubles crasseux ou les tous de banlieue qui font tourner la tête. Il s’arrête finalement à Stains pour tourner son histoire. « Je voulais un endroit qui pouvait être n’importe où », détaille Mathieu Vadepied. « C’était comme un décor de film : il y avait beaucoup de lointains, de couches d’époques… ». Il aime bien cette cité comme « un village ». Et ils rencontrent ses acteurs qu’il ne lâchera pas : leurs gestes, leurs délicatesses, leurs sourires, leurs émotions.
Le film ne plait pas forcément à tout le monde. Certains y voient « une caricature », Mathieu Vadepied répond qu’il faut le regarder « comme un conte politique et poétique ». « À 13 ans, on s’invente le monde et l’injustice est insupportable, il y a l’idée d’une prise de conscience ». L’école joue son rôle aussi. Elle garde, dans le film, les petits hommes debout. Elle est surement la réponse aux tentatives de dérives. « Je voulais être optimiste ».
Il lui aura fallu un an et demi de casting dans les écoles, les collèges, les rues, pour trouver l’acteur qu’il lui fallait. La vie en grand, d’autres le qualifieront de « feel good movie ». Pour la drôlerie de certaines scènes, ainsi que pour la force de vie que dégagent certaines répliques. À écouter son message et ses intentions, on croirait que tout était calculé pour Mathieu Vadepied : « Aujourd’hui, il y a un besoin d’exprimer que les différences sont notre richesse. Parce que les vents mauvais soufflent. »
Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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