Mon petit frère Mehdi, qui a 11 ans, entame sa 4e année de théâtre, à Bondy. Mes parents l’ont inscrit à cette activité pour qu’il « se défoule ». Après avoir testé le judo et le basket, ils ont pensé au théâtre pour canalise son énergie débordante. A la maison, ça n’a pas franchement marché à mon goût, mais en tout cas, ça lui plaît. Le trac en public et la voix qui ne porte pas assez, il ne connaît pas. Un avantage au théâtre, un calvaire le dimanche matin…

Comme toute grande sœur qui se respecte j’ai bien entendu le droit au fameux spectacle du mois de juin, tant préparé toute l’année. La première fois, Mehdi m’annonce tout fièrement son rôle : « J’ai eu mon texte, devine mon rôle ! Je suis le soleil, c’est le premier rôle ! » J’ai cru, pendant deux secondes, qu’il se moquait de moi, mais après vérification, il devait bel et bien interpréter un soleil.

Le jour J, mon petit frère est sur scène avec en guise de costume, un carton jaune représentant un soleil. Il y a également un nuage, une lune, une étoile… Je me raisonne en me disant que c’est sa première représentation. En effet, les années suivantes les spectacles ont évolué, plus de texte, plus de présence sur scène, environ une heure… Dans le dernier, par exemple, il y avait un prince, une reine… du royaume des grenouilles !

Une ou deux fois par an, la classe de théâtre organise un « cours ouvert », cours où les parents sont conviés. Les miens y ont assisté à plusieurs reprises, ma mère a trouvé ça amusant et très sympa. Je me suis motivée pour y aller le lundi précédent les vacances de Noël, entre 17h30 à 19h30. J’ai été très surprise par la teneur du cours. Je ne sais pas pourquoi, quand je pense au théâtre, j’imagine des choses, comment dirais-je… théâtrales ! Erreur de ma part.

« Allez ! On se met tous en cercle, lance la prof. Et hop ! On saute, on saute, on saute, on remue les épaules, fort, fort, fort ! On tire la langue ! On court dans tous les sens hop, hop, hop ! Et à mon top on crie : baaaaaaaaaaaaaaaaah ! » Les enfants hurlent, courent, sautent… Je me demande si je ne me suis pas trompée de cours. Puis la maîtresse leur ordonne de prendre place sur le sol, de s’allonger sur le dos, de fermer les yeux, de se détendre, en respirant la main sur le ventre. Silence radio. « Je leurs fais toujours en début de séance ce petit exercice pour qu’ils se détendent, explique-t-elle, c’est important après une journée d’école, et puis ça leur permet de canaliser un petit peu leur énergie parfois un petit peu trop généreuse. » On se demande bien de qui elle parle…

On passe au travail. Pour ce cours « en public », les élèves choisissent l’improvisation qu’ils vont interpréter. Le choix s’arrête sur « la surenchère ». J’explique : deux enfants entrent sur scène et l’un d’eux lance un thème : « Moi j’adore le chocolat. – Eh bien moi j’aime encore plus le chocolat que toi. – Ce n’est pas possible puisque j’ai des chocolatiers dans ma cave ! –Ah bon, eh bien moi j’ai des arbres à chocolats dans mon jardin. » Et ainsi de suite, jusqu’à ce que la prof mette fin à la surenchère.

Vient ensuite le « tableau ». La maîtresse de théâtre dispose un certain nombre d’éléments sur la scène : un banc, une chaise, un tapis de sol, censés représenter un cadre précis. Ce lundi-là c’était un square. Les enfants doivent se placer comme ils le souhaitent de manière à ne pas bouger pendant une minute. Un véritable arrêt sur image. Ah si seulement ça pouvait être pareil à la maison de temps en temps…

Sarah Ichou

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