Né à Perpignan en 1975 dans un quartier « pas spécialement bien doté » mais multiculturel , Hamé s’est beaucoup ennuyé. À l’époque, le racisme de cette ville catalane existait plutôt « de façon sourde », lourd héritage « pied-noir et revanchard quant à notre place dans la société ».

Avant-dernier d’une famille recomposée de six enfants, il suit une scolarité normale et obtient un Bac scientifique C. Parce que ses parents algériens, ouvrier et femme de ménage, sont analphabètes, lui se considère comme « un enfant de la balle, pas un ‘fils de’, sans piston ni prédisposition mais plutôt destiné à faire le contraire » de ce pourquoi on le connaît.

À 17 ans, bac et inscription à la Sorbonne en poche, il décide de « gagner la capitale » où « le hip-hop était très fort, j’avais envie de m’y mêler ». Excité par le bouillonnement culturel parisien, il développe un rapport « compulsif » à la culture, de la Cinémathèque Française au Forum des images, des concerts de hip-hop aux magasins de vinyles. C’est justement à Châtelet, dans la boutique LTD, qu’il rencontre son fidèle partenaire et ami de La Rumeur, Ekoué.

À l’époque, Hamé écrit dans un fanzine baptisé De l’encre, nom qu’il donnera plus tard à un téléfilm réalisé avec Ekoué. « Je rappais dans mon coin et j’avais envie de faire vivre ce fanzine ». Ekoué a déjà un groupe constitué de la plupart des membres de La Rumeur et Hamé l’interviewe. De fil en aiguille, il intègre le groupe, les albums, les concerts, les succès.

Son rapport à l’écriture est inné, instinctif, parce qu’« il n’y avait pas de livres chez moi ». Ado, ses références cinéphiles se résument à Bud Spencer et Terrence Hill, aux « western spaghettis. Je ne savais même pas ce qu’était la cinéphilie mais j’étais attiré par ce domaine. Mon bac scientifique a au moins eu le mérite de me prouver que cela n’était pas ma voie». À Paris, il étudie les lettres, le cinéma et la sociologie des médias jusqu’en DEA [Master 2, ndlr] car c’est dans l’artistique qu’il se sent le mieux.

En parallèle des huit ans de procès que lui intente le Ministère de l’Intérieur pour « diffamation publique envers la police nationale » – et dont il triomphera le 25 juin 2010 – Hamé obtient une bourse et s’exile un an à la New York University. « C’est tombé au bon moment. J’avais besoin de finir de me former. Intégrer l’école de cinéma de Scorsese me faisait rêver ». De retour à Paris, il démarche pendant deux ans des producteurs français. Un jour, Bruno Gaccio lui demande, avec Ekoué, « quelque chose autour du rap ». Diffusé en 2011 sur Canal +, le téléfilm De l’encre est ensuite présenté en festivals à l’occasion de master-classes promues par le CNC.

Dans le même temps, Hamé écrit en solo un court-métrage qui reçoit le soutien du CNC et d’Arte. Intitulé Ce chemin devant moi, le film retrace l’histoire d’un grand frère illégitime parti à la recherche d’un petit frère adoré. Interprété par son alter-ego Reda Kateb (« le meilleur acteur de sa génération ») – rencontré dix ans plus tôt à la Cité U de Nanterre lors d’un hommage à Kateb Yacine – ce film aborde l’illégitimité selon trois niveaux d’étouffement : l’asthme du personnage principal ; la relation qu’il entretient avec sa mère et celle des habitants de banlieue.

À Genevilliers, le film a connu un tournage chaotique. « J’ai foiré des scènes, j’ai du réécrire et retourner avec rien, sans argent. J’avais des associés qui m’ont lâché au moment où j’en avais le plus besoin ». Sa sélection à Cannes en compétition officielle est donc une grande surprise. Adepte de Renoir, Rossellini ou Tarkovski, Hamé cherche encore à « trouver mon geste artistique, ma façon à moi de regarder les hommes et le monde ».

Regrettant qu’ « il y ait beaucoup plus de raisons de ne pas être enthousiasmé par le cinéma français que de raisons de l’être », Hamé ne trouve pas souvent ce qu’il aimerait voir de la société française. « J’aime quand un film débouche sur une vérité humaine universelle pas quand cela débouche sur quelque chose d’hermétique et de coupé du monde ».

Aux jeunes qui aspirent à faire du cinéma, il conseille de « faire pour apprendre réellement ». Et s’engage : « Si sur notre route il nous est possible de donner un coup de pouce, on le fera ».

Lui qui ne se demande pas comment filmer la banlieue filme « d’abord des êtres humains, des personnages » qu’il rend « le plus crédible possible », pour ensuite poser « un curseur » sur ce qui lui paraît juste. « Tant pis si c’est cliché, mais honnêtement, je ne pense pas ».

Claire Diao

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