C’est loin de la Tour Eiffel que le comédien passe sa tendre enfance. Ce Perpignanais a des rêves plein les yeux : il souhaite devenir champion du monde de karaté. Il remplace vite les coups de tatanes par les paniers à trois points. Le basket arrive et semble être un compromis moins idyllique.

Mohamed poursuit une scolarité sans trop d’entrain. C’est au collège, lors d’une rencontre inattendue, qu’il découvre sa véritable passion : le théâtre. Poussé par sa professeur de français, son pygmalion, une amoureuse de la dramaturgie. Elle leur demande un jour d’apprendre une scène classique. Personne dans la classe ne semble la connaître, sauf Mohamed. Conquis par la prestation de son élève, la professeur remarque que dans sa classe, la repartie est le maître mot ! Sans plus tarder, elle s’empresse de créer une classe théâtre. Elle investit et fait appel à des professeurs de théâtre classique et de comédie italienne. « Je sais que ça fait cliché hollywoodien, semblable au film Esprits rebelles,  mais il faut dire qu’avec le théâtre, elle a vraiment réussi à nous canaliser ! »

La passion se propage à demi-mot et lui fait oublier le basket. Il rêve à l’abri du regard de ses proches, les costumes et les collants sont difficiles à assumer ! « Ils l’ont découvert tard, j’appréhendais la réaction de ma famille ! Quand tu as des parents issus de l’immigration qui ont galéré, ils préfèrent te voir finir dans un bureau. » Après le collège, il commence par la filière littéraire avec l’option théâtre. Ne se sentant pas à son aise, il change et s’oriente en STT/Commerce. La tchatche, la mise en scène sont des rudiments du commerce qui vont s’avérer un atout pour le stand-up.

Sa prof  de français lui a  dit : « il faut faire un métier plus tard que tu aimes même si tu gagnes pas beaucoup d’argent, parce qu’il y a des gens qui se lèvent le matin  et qui n’aiment pas ce qu’il font, même s’ils gagnent beaucoup d’argent. » Après l’obtention de son Bac, il se lance dans une licence d’arts du spectacle à Montpellier, tout en continuant la tournée des cafés-théâtres. Il décide de monter à Paris, de continuer sa licence et en profite pour booster sa carrière théâtrale. Le quotidien n’étant pas facile, il jongle entre la fac, les cafés-théâtres et son travail dans un fast-food. «  Il fallait que je fasse un choix. Je devais continuer les cafés-théâtres pour améliorer mon style. Je devais également continuer le fast-food pour l’apport financier, j’ai donc arrêté la fac. »

Il continue de peaufiner son jeu de scène inspiré par Jerry Seinfeld pour l’élégance et la finesse sans vulgarité, les inconnus interprétant des personnages incroyables. Jamel Debbouze et d’autres ont ouvert des portes car avant, on ne parlait pas des jeunes de banlieue. Le dandy du rire fonctionne comme un radar scrutant la moindre chose qui pourrait lui servir pour un futur sketch. Loin d’être débutant avec sept ans de cafés-théâtres à son actif, il est considéré par le public comme un nouveau venu depuis son apparition au Comedy Club.

« Cinq minutes sur Canal Plus, ça vaut six ans de galère dans les cafés-théâtres ! » Toutes ces années d’expérience sont, chacune d’elles, une marche qui a permis de forger le charisme et le jeu scénique de l’humoriste que nous connaissons aujourd’hui. Mohamed Nouar nous livre ses péripéties, sa vision tous les mercredis soir à 19 heures au théâtre le Point Virgule.

Lansala Delcielo

Articles liés

  • « Reconnaître le 17 octobre 1961 c’est reconnaître les autres combats contre un système d’impunité »

    Le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 n'est toujours pas reconnu comme un crime d'État. Malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, la France ne se considère toujours pas responsable d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Fabrice Riceputi, historien, revient sur cette nuit sanglante et rappelle les enjeux d'une reconnaissance encore loin d'être gagnée. Entretien.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 17/10/2021
  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021
  • Swag Dance Studio : l’école des profs de danse étrangers

    Créé en janvier dernier, le Swag Dance Studio emploie des personnes immigrées : expatriés, exilés avec ou sans papiers dans le cadre de cours ouverts aux adultes débutants. Une initiative qui a pour but de démocratiser l’accès à la danse, tout en changeant le regard porté sur la migration. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 29/09/2021