Un casting cinq étoiles, des scènes d’anthologie et une réflexion sur la place des Noirs dans la société française. Le film de Jean-Pascal Zadi, sorti le 8 juillet, présente tous les atouts pour cartonner au box-office. Malgré le message militant porté durant le film, et la volonté des réalisateurs d’aborder sans tabous les maux rongeant les Noirs de France qui s’inscrivent dans une triste actualité, le film divise parmi les premiers concernés.

Il faisait partie des films qu’il me tardait de voir dès sa sortie. « Tout simplement noir » s’annonçait déjà comme la comédie de l’été. Dès la publication des bandes-annonces, j’ai immédiatement compris qu’on avait affaire à une pépite, avec un casting composé à grande majorité d’acteurs et actrices noirs. Que cela fait du bien ! Loin de moi l’idée de véhiculer un message ethno-centré mais à titre personnel, j’estime que la représentation des minorités que composent notre société compte ; n’en déplaise à certains.

J’avais au préalable regardé les interviews de Jean-Pascal Zadi et des différents acteurs présents dans la distribution afin de réellement comprendre la démarche et le message derrière le film. Ici le pitch est assez simple : tourné sous la forme d’un documentaire, le spectateur suit Jean-Pascal, un comédien raté qui approche la quarantaine et qui a pour projet d’organiser une marche pour dénoncer la situation des hommes noirs dans le pays.

Pour ce faire il va tenter de rallier les personnalités de la communauté à sa cause avec l’aide précieuse de Fary. Cela va donner lieu à des scènes mémorables dont celles entre Lucien Jean-Baptiste et Fabrice Eboué ou celle avec Soprano.

Un casting 4 étoiles

A titre personnel, j’ai passé un très bon moment en visionnant le film. On enchaîne les fous rires tant les scènes et les répliques sont plus loufoques les unes que les autres. Le gros plus du film est bien évidemment son casting dans lequel on retrouve entre autres Eric Judor, Omar Sy, Fadily Camara ou encore Ramzy Bédia, qui interprètent tous leur propre rôle.

Ce caractère authentique ajoute sans aucun doute une plus-value au film, les acteurs évoquent parfois les polémiques auxquels ils ont réellement dû faire face dans leur carrière à l’image de Claudia Tagbo, à qu’il fut reproché de trop souvent caricaturer à l’extrême la femme noire. Le film met également en exergue les difficultés auxquelles fait face la communauté noire en son sein : la non-considération de la femme noire dans les combats antiracistes, le discrédit auxquels certain.e.s Noir.e.s sont confrontés au motif qu’ils auraient oublié d’où ils venaient.

Le format est une autre des réussites du film. Tout le long de l’œuvre, Jean-Pascal Zadi brise ce fameux quatrième mur pour s’adresser directement aux spectateurs, parfois via des jeux de regards astucieux vers la caméra. Cela ajoute du comique à une situation qui l’est déjà assez et à ce petit jeu, notons que Fary est très fort.

Le film aborde aussi de manière assez juste les questions de représentation et de racisme notamment lorsque Jean-Pascal évoque le fait qu’on lui propose toujours les mêmes rôles lors des castings. Ou encore les scènes de violences policières qui font écho sans le vouloir à l’actualité et au décès de Georges Floyd. Néanmoins, on peut reprocher au film sa durée relativement courte (1h30) qui a pour conséquence regrettable de se contenter d’effleurer les thématiques précitées.

A la sortie du film, je me suis empressé d’aller voir les réactions sur les réseaux sociaux ; une vilaine habitude pour moi en sortant du cinéma. Et quelle ne fut ma surprise en lisant certaines critiques assassines qui reprochaient au film d’être beaucoup trop caricatural. En lisant certains commentaires, je me demandais même si nous avions tous vu le même film, ou que peut-être m’étais-je laissé endormir par les blagues à répétition pour voir que le film pouvait poser problème par moment.

 

Néanmoins, on ne peut que saluer la démarche de Jean-Pascal Zadi d’avoir posé les termes d’un vrai débat à l’heure où il est encore difficile pour les personnes noires de France d’avoir de la visibilité et des opportunités. Saluons également sa performance de haute volée qui démontre l’étendue de son talent. A l’arrivée, que vous adoriez ou non, « Tout simplement noir » ne vous laissera pas indifférent ; et ça, je peux vous le garantir.

Félix MUBENGA

Articles liés

  • « Freda » : Ôde à la résistance haïtienne et féminine

    Présenté dans la catégorie Un Certain Regard et deuxième film haïtien à être présenté au festival de Cannes depuis 1993, Freda est un film important et immersif sur la jeunesse féminine haïtienne telle qu’elle est. Analyse et interview de la réalisatrice Gessica Généus.

    Par Farah El Amraoui
    Le 18/10/2021
  • « Reconnaître le 17 octobre 1961 c’est reconnaître les autres combats contre un système d’impunité »

    Le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 n'est toujours pas reconnu comme un crime d'État. Malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, la France ne se considère toujours pas responsable d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Fabrice Riceputi, historien, revient sur cette nuit sanglante et rappelle les enjeux d'une reconnaissance encore loin d'être gagnée. Entretien.

    Par Amina Lahmar
    Le 17/10/2021
  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021